Alexandre Jacob. Journal d’un anarchiste cambrioleur - Par Gaël et Vincent Henry - Éd. Sarbacane

23 février 2016 0
  • Le « sous-sous-titre » de cette pure merveille aurait pu être {Ceci n’est pas une biographie imaginaire d’Arsène Lupin}, mais au contraire belle et bien celle — dessinée et scénarisée par Gaël et Vincent Henry — du militant anarchiste illégaliste, individualiste et altruiste, ayant réellement existé dont Maurice Leblanc se serait peu ou prou inspiré dans ses romans !

Marius Alexandre Jacob est né en 1879, à Marseille d’un père alsacien — « réfugié de l’intérieur » vraisemblablement peu après la défaite de Sedan et l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne — et boulanger, et d’une mère… femme du boulanger, toute « pagnolade » mise à part ! Enfant de chœur athée, il rêve de voyages et d’aventures autour du monde.

Pitchoun de Marseille

À onze ans, le certificat d’études primaires en poche, il devient mousse sur les paquebots des Messageries maritimes puis déserte et rejoint un équipage de forbans opérant sur un baleinier. Il voulait découvrir le monde et sa beauté. Il n’en vit que la face la plus abjecte : des riches dépravés et bigots, l’opulence arrogante des uns et la détresse des plus misérables : esclaves du sultan de Zanzibar embarqués à fond de cale, bagnards enfuis de Nouméa et repris en Australie, ou équipages exécutés sans faire de quartier par ses compagnons pirates ; la réalité de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Alexandre Jacob. Journal d'un anarchiste cambrioleur - Par Gaël et Vincent Henry - Éd. Sarbacane

Laide Belle Époque

De retour à Marseille, il commence à militer. C’est ainsi qu’à seize ans seulement, de simple spectateur de la cause anarchiste, il en devint acteur tant par ses articles dans la presse libertaire que par la « propagande par le fait » : d’abord avec l’humour d’un potache qui balance des boules puantes en pleine messe puis en devenant un esthète de l’illégalité et de la « reprise individuelle », c’est-à-dire en détroussant les riches pour redistribuer tout ou partie du butin aux pauvres. Il s’agit donc de voler ceux (capitalistes, politiciens, clergé…) qui tirent profit de l’exploitation des travailleurs, puisque selon le précepte proudhonien : « La Propriété, c’est le vol. »

Adepte de l’« illégalisme », c’est-à-dire du recours à des actions interdites qui doivent mener à la révolution, il passe successivement du vol avec ruse au vol en bande organisée, avec ses fameux « Travailleurs de la nuit », des monte-en-l’air qui maniaient la pince-monseigneur, le pied-de-biche et les passe-partout avec dextérité.

Et si le produit de leurs cambriolages est partagé avec équité entre les membres de la bande, une partie est systématiquement réservée au financement de la presse militante. Cambrioleur ? Assurément ! Les coffres-forts n’avaient plus de secret pour lui. Gentleman ? Itou ! Il signait chacun de ses forfaits d’une carte de visite établie au nom « d’Attila » et s’interdisait de cambrioler poètes et artistes. C’est ainsi qu’il pria l’écrivain Pierre Loti de bien vouloir l’excuser d’avoir brisé sa fenêtre en tentant le cambrioler, avant de lui laisser un billet de dix francs (une somme pour l’époque !) en dédommagement, juste après s’être aperçu de sa méprise.

Planches 46 et 47

Espiègle et rigolard

Cet album aurait pu tomber dans le travers de l’ouvrage militant plan-plan « tristounet mais sincère », et il n’en est absolument rien ! Bravo à Gaël et Vincent Henry qui ont su nous tenir en haleine en nous projetant dans la vie de cet anarchiste cambrioleur, espiègle et rigolard mais sérieux en ce qui concerne son idéal, qui survécut au bagne de Cayenne et donc à tout.

Signalons qu’un dossier complet, réalisé par Jean-Marc Delpech, historien et biographe d’Alexandre Jacob, est disponible en fin d’ouvrage.

Planches 16 et 17

(par Charles HAM)

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