Alias T3 : Reviens, Rebecca - Bendis, Gaydos & Mack - Marvel France, Panini comics

16 mars 2004 3 commentaires
  • La détective ex-super-héroïne se met au vert, pour une petite ville où une ado a disparu. Kidnapping ou fugue ? Dur de démêler le vrai du faux dans ce noeud de rumeurs et de fantasmes.

Loin de New-York, la mégapole aux super-héros, Jessica Jones est appelée pour une affaire des plus ordinaires : la disparition d’une adolescente. La mère soupçonne son "ex" d’avoir kidnappé et violé sa fille Rebecca. Hélas ! l’enquête démarre mal : quand Jessica débarque dans cette petite ville, tout le monde sait pourquoi la détective est là. Dans ces coins reculés où rares sont les distractions, les rumeurs vont vite, ce qui est plutôt pour lui déplaire... Les éventuels kidnappeurs savent qui leurrer. La détective privée va vite comprendre que certains petits secrets se font pesants. Et que "les gens du coin" n’aiment pas les mutants, oh non !...

Munie du journal de la disparue, Jessica va plonger dans son intimité. Les dessins et découpages (de David Mack, créateur de Kabuki) nous plongent dans cette atmosphère oppressante d’isolement. La détective aura-t-elle les interlocuteurs fiables qui lui permettront d’y voir clair ? Un environnement glauque où le père se saoule à la trash-tv, haï par la mère-poule qui connaît mal sa fille mais partage tout avec sa soeur.

Le tout sur fond racisme aigu... Délires, mythomanie, haine d’autrui et l’ennui des petites bourgades repliées sur elle-mêmes, quel coin agréable pour les vacances ! Et si ce n’était qu’une bête fugue ?

X-Men’s school of pathos

Les thèmes abordés tiennent plus des X-Men que des 4 Fantastiques : l’association du spleen de l’adolescence et de la découverte de pouvoirs mutants. La construction de l’histoire par l’opposition graphique entre Gaydos (le réel) et Mack (le fantasme) fait admirablement douter le lecteur. Comme quoi, une histoire de pouvoirs mutants peut mettre en relief le banal et montrer les contradictions d’une société.

Alias a cette intelligence surprenante qui interpelle le lecteur averti : vous connaissez tout des superhéros : l’identité secrète de Captain America (tome 1), Spiderman qui a un patron qui rêve de le démasquer (tome 2)... Mais cette héroïne secondaire a abandonné son super-rang pour les enquêtes à la Marlowe, nous montrant le revers sombre de la médaille. Rafraîchissant et troublant.

Michael Gaydos aime les histoires sombres : il fut l’illustrateur attitré des éditions White Wolf, éditeur des jeux de rôles Vampire the masquerade et Werewolf : lutte de clans et super-pouvoirs plus vécus comme une malédiction. Alias est sa première série bd.

David Mack s’était fait connaître en remportant un Eisner Award pour son travail d’étudiant, Kabuki, mélange furieux de culture japonaise et de comics dans un découpage délirant. Si l’oeuvre est admirable, la traduction française par Génération Comics mérite un blâme par son chaos.

(par Xavier Mouton-Dubosc)

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3 Messages :
  • "Si l’oeuvre est admirable, la traduction française par Génération Comics mérite un blâme par son chaos."

    Chaotique en quoi ?
    Pour ma part j’ai adoré la qualité de présentation des deux recueils publiés à ce jour.

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    • Répondu par Laurent Queyssi le 16 mars 2004 à  14:40 :

      Disons qu’en général, les traductions de Panini ne sont pas terribles. Elles sont souvent faites par des gens qui ne connaissent pas la bédé américaine et le prouvent.

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      • Répondu par Xavier Mouton-Dubosc le 16 mars 2004 à  20:37 :

        Non, je ne suis pas d’accord : Nicole Duclos fait un excellent travail.

        Ce que je blâme, c’est d’avoir commencé la traduction en milieu de série, et non pas par le tout premier, parce qu’il était en Noir & Blanc (ah ben oui, c’est moins sexy) et qu’il n’était pas publié aux USA par Image Comics. Et d’avoir sorti en guise de second tome, une compil qui reprends une partie du premier. Je trouve ça cavalier.

        La traduction, je n’ai rien à dire, car reprendre le travail de lettrage furieux de Mack est un travail de Titan. Et il a été très bien fait.

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    • Répondu le 16 mars 2004 à  16:26 :

      Ce serait bien de donner des exemples...

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    • Répondu le 17 mars 2004 à  14:16 :

      Ouhla, tu mélanges plusieurs choses.
      La traduction dont tu parles, c’est en fait le travail éditorial de Panini sur Kabuki. C’est la même chose que Delcourt est en train de faire pour Sandman et je suis d’accord avec toi pour dire que le procédé est "cavalier".
      D’autre part, la traduction n’a rien à voir avec le lettrage, tu devrais féliciter le lettreur plutôt que le traducteur en l’occurrence.
      Quant aux exemples, je me souviens par exemple du premier volume de l’intégrale Spiderman qui était traduit d’une façon ridicule, des mots contemporains faisant "djeuns" étant utilisés dans une bédé bien marquée par son appartenance aux années 60. C’est personnel, bien sûr, mais j’ai souvent l’impression que les traducteurs de Panini ne connaissent que modérément les personnages qu’ils traduisent (mais certains sont plus compétents que d’autres et Duclos ne fait pas partie des pires, loin de là). Mais il ne s’agit là que d’une impression que je ne peux prouver mais que je ressent fortement lorsque je lis les publications PAnini et j’en lis pas mal.

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      • Répondu par Julien Coufière le 28 juillet 2004 à  23:00 :

        Oui, absolument. Les traductions de Panini sont pitoyables. Pourquoi ne demandent-ils pas à des gens compétents de traduire les comics Marvel ? Au moins, Semic a compris ce point crucial et ne travaille plus qu’avec de vrais spécialistes.

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