Alice in Murderland ou quand la Tea Party dégénère

25 juillet 2016 0 commentaire
  • Folie meurtrière et déclinaison aussi violente que baroque d' "Alice au Pays des Merveilles" pour ce shojo un brin dérangé mais pas trop dérangeant. Car c'est à nouveau à un Survival que nous avons affaire, en mode gothico-girly cette fois.
Alice in Murderland ou quand la Tea Party dégénère
Une mère méchamment frappée qui se prend pour la Reine de Cœur
© Kaori Yuki

La famille Kuonji n’est pas n’importe quelle famille. Son influence sur le Japon, considérable, pousse les autorités à tolérer de ses membres les plus folles extravagances voire les pires atrocités. Ses neufs enfants se retrouvent dans la demeure familiale chaque mois pour une rituelle "Tea Party" qu’ils se doivent impérativement d’honorer de leur présence. L’occasion pour leur mère de retrouver ses enfants tous ensemble et de leur prodiguer conseils, soin et affection.

Sauf que cette fois-ci, la démence la plus pure semble s’être emparée de la matriarche qui annonce à ses enfants qu’ils doivent à présent s’entretuer. L’ultime survivant deviendra alors le chef de la famille, appelé à en perpétuer les traditions, à en préserver les secrets et à en cultiver les pouvoirs. Car, bien sûr, le fantastique est de la partie et nos enfants se découvrent d’étranges facultés en lien étroit avec la folie qui les habite.

Un nouveau Survival, donc, que ce Alice in Murderland signé par Kaori Yuki, reine du shojo gothique, qui s’inscrit ainsi dans un créneau assez surchargé en termes d’offre. Mais le titre a cependant pour lui quelques spécificités déterminantes.

Stella, notre héroïne, transformée en "Bloody Alice", son alter ego dément et violent
© Kaori Yuki

Tout d’abord, son identité shojo, à destination d’un public féminin adolescent, assez marquée, là où le reste de la production apparaît plutôt shonen ou seinen. Aussi bien graphiquement dans la caractérisation des personnages masculins (et dans la construction des relations à Stella, l’héroïne que nous suivons) que son appartenance au shojo le plus typique, virant gothique lorsque les personnages se métamorphosent.

La nature du huis-clos créé démarque également un peu la série du Survival habituel. Ici, tout se joue au sein d’une structure familiale, ce qui colore bien évidemment le récit et les drames qu’il entend déployer d’une ambiance inédite. Même si pour le moment cette dimension, potentiellement intéressante, nous semble bien mièvre et finalement très peu exploitée.

Stella, une héroïne qui en pince pour son beau grand frère
© Kaori Yuki

Enfin, c’est l’intertexte cultivé avec la fameuse Alice de Lewis Carroll qui intrigue et rend curieux de la suite. Il y a sans doute, de la part de l’éditeur français, une volonté de surfer sur l’actualité et la sortie d’une nouvelle adaptation cinématographique des aventures de l’héroïne classique. Et rappelons à ce propos que Pika n’est pas le seul sur le créneau de l’usage d’une Alice en shojo puisque Kazé avait ouvert le bal cette année avec Are you Alice ?.

Mais le travail mené ici qui emmène le lecteur du côté de la folie et de violence dans la réappropriation du conte interpelle, dans le bon sens du terme. D’autant que d’autres personnages du folklore populaire semblent devoir être convoqués à leur tour, laissant espérer quantité de bonnes surprises.

Reste que, si l’ensemble fait preuve d’un solide dynamisme et offre quelques moments sympathiques, on demeure dans un récit pour le moment assez balisé et peu original dans sa mécanique de fond, en dépit d’un enrobage plutôt séduisant. Les codes du shojo tournent à plein, avec des effets d’exagération qui conduisent parfois à décrocher de l’action. Dommage que les marqueurs du genre l’emportent sur l’inspiration particulière du titre, pour l’heure davantage un prétexte qu’un filon pleinement exploité par l’auteur.

Chevelure blonde et robe bleue : tous les attributs d’Alice... plus quelques autres !
© Kaori Yuki

(par Aurélien Pigeat)

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Alice in Murderland T. 1. Par Kaori Yuki. Traduction Léa Le Dimna. Pika, collection shojo. Sortie le 1er juin 2016. 192 pages. 7,20 euros.

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