Alix, T.25 - C’était à Khorsabad - par Martin, Maingoval, Hervan, Simon - Casterman

30 octobre 2006 5 commentaires
  • Tout ça pour ca? Cette excellente série, riche de 25 volumes, classique parmi les classiques, a été confiée à une nouvelle équipe de pas moins de trois personnes sous la supervision du créateur d'Alix, Jacques Martin. Cela fait beaucoup de monde pour produire un album qui se solde par un échec.

Ah qu’il est ardu de succéder au vieux maître, Jacques Martin ! Cela fait plusieurs années que ce dernier forme une équipe de jeunes dessinateurs destinés à reprendre ses séries. La plupart d’entre eux ont eu à faire leurs premières armes sur la collection Les voyages d’Alix. Le plus doué, Christophe Simon a déjà pu illustrer un épisode de Lefranc et un d’Orion. La série phare de Martin, Alix, était confiée à Rafael Morales. Le graphisme de celui-ci, tout en raideur, n’a jamais réellement convaincu les amateurs malgré la méticulosité qu’il apportait aux décors. En 2005, Morales est débarqué et une nouvelle équipe est mise en place avec comme objectifs, une plus grande régularité dans le rythme de parution et un retour au style graphique de Martin période La griffe noire. Ce team est composé au dessin de Christophe Simon et Cédric Hervan et au scénario de François Maingoval, ce dernier travaillant sur des idées de Martin. A charge pour eux de relancer Alix vers les voies d’un succès qui avait tendance à s’étioler.

Le résultat de leur travail est donc ce 25ème album et est, comment dire ? désastreux. Les deux dessinateurs n’ont visiblement pas travaillé de concert, chacun se réservant une moitié d’épisode. La différence de style est flagrante et offre une rupture de ton inadmissible dans une histoire complète. Le début de l’histoire renoue graphiquement avec le style de Morales (pourquoi l’évincer alors ?), accumulant les mêmes défauts. Et puis, à la moitié de l’album, le style change, les personnages sont mieux campés, les cases s’aèrent et malheureusement les planches aussi, la densité des pages s’amenuise : six à sept cases pour une page d’Alix, c’est du jamais vu ! Christophe Simon renoue avec le dessin de Martin de la grande époque et on en vient à rêver à un livre entier dessiné, sans contrainte de temps, par ce jeune auteur qui tient ses promesses !

Le scénario de cet album est, quant à lui, affligeant de platitude. Les retrouvailles d’Alix avec ses racines sont étouffées dans l’oeuf. Les dialogues sont de plus en plus théâtraux. La trame est simplissime, loin des formidables ouvrages du maître tels Le Dernier Spartiate ou Le Prince du Nil qui offraient des intrigues puissantes, construites avec rigueur et avec un souffle antique qui permirent à Martin de devenir la référence que l’on connaît. Maingoval accumule les maladresses et ridiculise Enak, un personnage certes pas facile à animer sans tomber dans la caricature. Comme de bien entendu, il tue le personnage féminin ; il n’est pas bon être une femme dans les oeuvres de Jacques Martin ! Le bad guy de service est interprété par l’inévitable Arbacès qui a autant perdu de sa superbe que de sa faculté de nuisance. Il serait peut-être temps de supprimer la récurrence de l’ennemi de service.

On pourrait aussi mentionner la laideur de la mise en couleurs, loin, bien loin, de la chatoyance des anciens albums.

Ce 25ème album qui devait relancer la série, annoncé comme un événement, est donc un naufrage dont seul peut être sauvé le graphisme prometteur de Christophe Simon. La série Alix est aujourd’hui un classique en péril !

Alix, T.25 - C'était à Khorsabad - par Martin, Maingoval, Hervan, Simon - Casterman
C’était à Khorsabad - par Martin, Maingoval, Hervan, Simon
(c) Casterman

(par Erik Kempinaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
5 Messages :
  • Fan d’Alix depuis vingt ans, moi aussi j’ai été déçu par cet album, mais moins que vous, on revient de loin par rapport aux cinq derniers récits. C’est finalement un album agréable à lire, j’ai tout espoir en l’équipe Simon-Maingoval, qui reprennent les rênes. Et puis rendons à César ce qui est à César, comme le dit François Maingoval dans un interview sur l’excellent site Alix l’Intrépide : il n’est intervenu qu’à la page 28 de l’histoire, le début est encore de la main de Jacques Martin, qui a vieilli, c’est sûr. Et l’histoire était déjà terminée, il a dû suivre le scénario. Espérons qu’il aura plus les mains libres pour le prochain récit.

    Voir en ligne : Alix l’Intrepide

    Répondre à ce message

  • Très bonne critique, dure mais juste : cet album semble s’adresser aux 10-12 ans ! Où sont passés le souffle et les scénarios d’avant ? Roma, Roma avait lui un bon scénario, comme quoi il ne faut pas reculer trop loin.
    Simon est excellent mais on lui a offert un scénario indigne d’une telle série.
    Je ne suis donc pas confiant pour la suite, contrairement au critique précédent et c’est très dommage !

    Répondre à ce message

  • Et bien moi, cet album ne m’a pas déçu, sans être un chef-d’oeuvre, mais voilà, je ne me suis pas ennuyé.
    Je suis toujours étonné entre les critiques professionnelles et celles des lecteurs. C’est souvent le jour et la nuit, notemment pour ce nouvel Alix...Les critiques professionnelles sont purement négatives, celles de lecteurs, moins.
    Comment l’expliquez-vous ?

    Répondre à ce message

    • Répondu le 2 novembre 2006 à  21:51 :

      En ce qui me concerne, pas de divorce entre les critiques (en tout cas celle de ce site) et le lecteur que je suis : cet album est un naufrage total. Deux styles de dessins différents et tout aussi éloignés l’un que l’autre du style de Martin. Une histoire ridicule, vide, lamentable pour le grand raconteur d’histoires tragiques qu’était Martin.
      Bref, une immense déception. Et pourtant, je suis un fan de Martin. Le précédent, même dessiné de façon un peu raide, avait au moins le mérite de présenter une ultime véritable histoire de Jacques Martin, dense et construite, comme au temps de ses meilleurs récits.
      Bref, en ce qui me concerne aussi, pas de quoi s’extasier sur ce 25e album, pourtant présenté par une pub dans "Bo-Doï" comme un grand retour. Et dire qu’il a fallu trois auteurs pour réaliser cet album ?
      Alors que Dargaud réussisse toutes ses reprises (Lucky Luke, Boule et Bill, Achille Talon, Blake et Mortimer), Casterman n’y parvient pas avec l’une de leurs rares séries "classiques"...

      Répondre à ce message

  • Avec cet album, je crois qu’on a touché le fond !
    j’achetais Alix depuis quelques années par habitude, en espérant à chaque nouvelle parution une amélioration (scénario et dessin)mais là, c’est terminé, je n’y crois plus. Je viens de relire "la griffe noire" qui vient de ressortir en fac similé. Il y a un différence qualitative monumentale entre ces 2 albums.

    Répondre à ce message