Alix, T29 : le Testament de César - Par Marco Venanzi - Casterman

22 octobre 2010 11 commentaires
  • Malgré une couverture aussi alléchante que son titre, la tragédie annoncée se transforme dans un polar plus ou moins réussi. Une fois de plus, c'est la hâte à sortir les albums qui leur nuit le plus.

Alix et Enak répondent à l’énigmatique invitation d’un vieil ami, le général Galva, un fidèle de César. À l’heure où celui-ci va fêter un heureux événement, le mariage d’une de ses filles, les souvenirs de sa propre destinée se rappellent à lui, le poussant à boire sans répit.

Peu après, Alix est d’ailleurs mystérieusement agressé dans les jardins de la villa de Galva. Le jeune gaulois ne pourra pas repousser le sort plus longtemps, car un meurtre atroce et incompréhensible est commis en pleine célébration du mariage. Ce secret serait-il en lien avec les prêtresses du temple de Vesta, à qui César a confié un mystérieux document avant de partir en guerre vers l’Hispanie ? Et son neveu Octave se faisant porter pâle comme Lydia semble l’affirmer, est-il partie prenante dans cette sombre machination qui s’est mise en place... ?

Alix, T29 : le Testament de César - Par Marco Venanzi - Casterman

Près de quinze ans après le dernier album ’complet’ de Jacques Martin, Ô Alexandrie, voici qu’un auteur ose s’attaquer seul au scénario et au dessin d’Alix. Cet exploit se double d’un point de départ particulièrement bien choisi et dans la lignée de la série : une source authentique, le testament de César confié aux Vestales, sur lequel une trame romanesque vient se greffer.

Malheureusement, la médaille a son revers ! Alors que d’excellents albums comme la Griffe noire dans sa première partie ou le Tombeau étrusque étaient des merveilles de suspense et d’action, le soufflé retombe rapidement dans ce nouvel opus. À commencer avec l’alcoolisme de Galva qui donne une atmosphère plus malsaine que lourde, puis les attaques dont Alix fait l’objet et pour lesquels il ne réagit pas directement.

Plus qu’une tragédie lors de laquelle les protagonistes évoluent souvent en lieu clos, c’est alors un polar qui nous est livré, dans lequel Alix joue le rôle du détective : parfois charmé par une belle intouchable, parfois assistant à un meurtre sordide et découvrant des indices lors d’une autopsie, parfois trahi et tombant dans un piège qu’il n’a pas su voir venir, parfois écumant les bars sordides à la recherche d’indices, parfois interrogeant son vieil ami militaire à la retraite qui se noie au fond d’une bouteille.

Dans son ensemble, cette transposition de genres n’est pas dénuée de sens, car elle permet de nous intéresser aux Vestales, ainsi qu’aux licteurs et au système judiciaire de l’époque, mais les personnages semblent s’ébattre dans un monde qui ne leur est pas propre : entre Galva qui sort une famille complète de son chapeau, et Alix réagissant en dépit du bon sens, on s’égare plus qu’on participe à l’intrigue.

Sans être malhabile, le dessin de Venanzi souffre de quelques approximations : de personnages souvent raides, dans des positions figées sans impression de mouvement, des bouches régulièrement ouvertes et dont les traits ne correspondent alors plus vraiment aux expressions portées par le dialogue. Mis-à-part quelques cases d’Ostie, de temples et de lieux publics, l’album manque de plans larges, qui auraient permis de mieux mettre en avant le fabuleux décor qu’est Rome, tout en permettant par après d’accentuer l’étouffement volontaire des personnages.

Qu’on prenne le verre à moitié plein ou à moitié vide, le constat ne change pas beaucoup : on est bien loin de la fameuse pièce de Shakespeare, et même si ce n’était pas le but premier, on demeure mitigé après sa lecture, sentant le potentiel de l’auteur, tout en regrettant ses approximations.

On en vient alors à mettre en cause les diverses équipes d’édition qui tournent autour de ces projets. Depuis leurs mise-en-place, rares auront été les titres de qualité. Pourtant, peut-être qu’en prenant le temps de mieux suivre les auteurs, le rendu final s’en retrouverait sans doute bonifié ? Mais en décidant de sortir absolument un album de chaque série par an, tout en multipliant les équipes, en pressant les auteurs, quitte à bouleverser profondément le planning de parution, on en oublie de relire le scénario complet ou de regarder attentivement les planches. Le dernier Lefranc et cet Alix sont des preuves patentes de cet empressement.

Ce qui est certain, c’est que le personnage secondaire qui décède dans ce Testament de César ne méritait pas un enterrement aussi terne.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire les chroniques des tomes précédents : 23, 25, 26 et 28.

 
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11 Messages :
  • C’est quoi le dürum géant sur la couverture ?

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  • Alix, T29 : le Testament de César - Par Marco Venanzi - Casterman
    22 octobre 2010 20:16, par Oncle Francois

    Vous êtes bien sévère avec l’éditeur historique de Tournay, monsieur Detournay. Mais vous avez parfaitement raison ! Cet album est bien vilain (à commencer par sa couverture d’ailleurs. C’est quoi ce gros plan style Jacques Martin vers 1955 (période épurée, presque ligne claire, peut-être à la demande de monsieur Hergé ??).

    Comme vous l’avez habilement remarqué, il y a quelques lourdeurs et raideurs dans le trait (les pages que vous nous proposez suffisent hélas à s’en rendre compte). Ce n’est pas la première déception dans les prolongations de séries crées par Jacques Martin, il faut croire que lui succéder avec brio est bien difficile, pour ne pas dire impossible. Tant qu’à faire, j’ose espérer que l’on rappelle Messieurs Pleyers et Chaillet qui eux savaient prolonger dans l’imitation, de façon quasi-conforme.

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    • Répondu par Jacques le 23 octobre 2010 à  08:47 :

      Rappeler Pleyers ou Chaillet a un prix. Casterman veut vendre beaucoup, vite, et à moindre coût. Ce qui explique le choix des dessinateurs et des scénaristes qui se relayent et coulent la série depuis que Martin n’est plus aux commandes. Moralès a dégoûté une partie des lecteurs par des personnages hideux, quand Simon est arrivé, il y a eu une nette amélioration et au lieu de profiter de cet élan, on a amené Ferry, pire encore que Moralès qui, lui, faisait de très beaux décors. On continue dans l’improvisation en confiant un scénario à un dessinateur très moyen qui n’en a jamais fait aucun. Petit coup de chance : l’histoire est pas mal, sans plus, mais le dessin est nettement insuffisant. Et si les décideurs de Casterman avaient pris la peine de se renseigner, ils auraient bien compris en lisant la reprise de Masquerouge, dessinée par Venanzi.
      Alix est devenu une série "fast food" : une qualité de bas étage, on y revient forcément, mais on sait ce qu’on va y trouver. Et puis, à force, on n’y revient plus !

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      • Répondu par Oncle Francois le 23 octobre 2010 à  22:05 :

        C’est alors un mauvais calcul, messieurs de Casterman ! Car si l’album était signé Chaillet ou Pleyers, je l’aurai acheté sans même le feuilleter. Alors qu’en nous proposant des "suites" rapidement réalisées, vous incitez l’acheteur avisé à se renseigner. Mauvais calcul, mes bons amis ! Changez vite de formule avant qu’il ne soit trop tard. Chat échaudé craint l’eau froide, c’est connu !

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  • Petite rectification : le dernier album d’Alix entièrement réalisé par Jacques Martin est "le cheval de Troie" (1988). "O Alexandrie" est réalisé en collaboration avec Rafael Morales et Marc Henniquiau.

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 23 octobre 2010 à  20:35 :

      Tout-à-fait.

      Merci de votre attention.

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  • Je n’ai pas lu cet album, je ne peux donc me prononcer mais si ce que vous affirmez est exact, qu’en sera-t-il de la reprise de Corto Maltese chez Casterman ??? Hugo Pratt espérait Lele Vianello ou Milo Manara au dessin. On parle beaucoup de l’excellent Marini mais sont style graphique n’est-il pas trop éloigné de celui du Maestro ? Et le scénario ?

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 24 octobre 2010 à  17:44 :

      À mon avis, aucune chance que Manara ou Vianello ne reprenne Corto. Quant à Marini, je ne pense pas que cela se fasse. De toutes façons, n’oublions pas que contrairement à Jacques Martin, la gestion des affaires de Pratt se réalise par la Cong SA qui a la mainmise exclusive sur le label, Casterman se ’contentant’ d’éditer ce qu’on leur donne. Je ne pense donc pas qu’il faille voir une généralisation du procédé dont nous parlons ci-dessus.

      Toutefois, le scénariste pressenti pour la reprise de Corto n’est peut-être pas aussi charismatique que l’original. Mais, rien n’est définitivement signé, et Cong va encore ’valoriser’ les anciennes bandes de Pratt avant d’oser ce pari risqué. D’ailleurs, on peut s’étonner de l’avalanche d’albums de Pratt parus l’année dernière, alors que cette année a été plutôt calme, et que rien n’est prévu pour les fêtes, une première depuis longtemps.
      Wait and see...

      Plus d’infos dans trois articles publiés l’année dernière : La ballade d’Hugo Pratt et Les secrets d’Hugo Pratt dévoilés et l’interview de Florian Rubis.

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      • Répondu le 26 octobre 2010 à  01:12 :

        Merci beaucoup pour les infos !

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        • Répondu par Alix Mag’ le 9 novembre 2010 à  19:32 :

          A quand votre madeleine de Proust, votre interview de Jacques Martin en ligne ????

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          • Répondu par Charles-Louis Detournay le 9 novembre 2010 à  20:02 :

            Ah, ce n’est pas du tout oublié.
            J’ai passé la semaine dernière deux incroyables matinées avec Roger Leloup, assistant et collaborateur de Martin (et au sein du Studio Hergé) pendant plus quinze ans, et j’ai pu rassembler des informations fondamentales pour avancer sur ce projet.

            Merci de votre patience et de votre attention.

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