Alix chez les Bretons

16 juin 2014 2 commentaires
  • Le deuxième tome d'Alix dessiné par Marc Jailloux raconte la seconde tentative de conquête de l'Angleterre par César. Après "La Dernière Conquête", "Britannia" ouvre une nouvelle perspective à la série créée par Jacques Martin.

"Quel avenir pour Alix ?" titrions-nous l’année dernière. Après bien ]des déboires et des approximations, le jeune héros gallo-romain (qui avait tout de même fêté son 65e anniversaire) retrouvait paradoxalement un nouveau souffle avec une série le présentant plus âgé Alix Senator.

Mais cette nouvelle jeunesse est également le fruit des efforts conjugués de l’éditeur Jimmy Van Den Haute et du Comité Martin composé de Frédérique et Bruno Martin, de Jimmy Van Den Haute et de Simon Casterman. Cette commission se réunit tous les quinze jours. Les auteurs lui soumettent chaque étape de la création : le synopsis puis, pour chaque planche le crayonné, l’encrage et les couleurs. Il y a en général très peu de retour. La couverture , en revanche, reste importante. C’est le moment où il y a le plus d’aller-retour.

L’Ombre de Sarapis par Corteggiani & Venanzi avait constitué un premier retour en grâce de la série avant cette prise en main de Marc Jailloux dans La Dernière Conquête dont on sent bien, avec cet album, une maîtrise de plus en plus affirmée. Enfin, Jacques Martin tient son successeur !

De tout le monde antique, l’Angleterre restait Terra Incognita pour Alix. "L’idée d’envoyer Alix chez les Britons a germé en deux temps, raconte Marc Jailloux. Tout d’abord, un voyage en Écosse où j’ai visité le Museum of Scotland (Edimbourg).Les objets romains (dont certains avaient été trouvés dans un marécage) étaient évidemment postérieurs à Alix mais ont éveillé ma curiosité. Qu’y avait-il à Britannia à l’époque d’Alix ? L’idée étant toujours pour moi de l’envoyer où il n’est jamais allé. Plusieurs films ont suivi dont « Centurion » et L« es Aigles de Rome ». Je me suis replongé dans la Guerre des Gaules. César évoque dans le livre 5 qu’il emporte avec lui des chefs gaulois prisonniers de peur qu’un soulèvement de la Gaule ait lieu en son absence. Si on ajoute à cela le fait que l’île était méconnue des Romains et que les Britons venaient en aide aux Gaulois, cela constituait suffisamment d’éléments pour que je m’attelle à ce nouveau récit."

Est-ce la vague anglo-saxonne d’Astérix (la sortie en salle de l’adaptation d’Astérix chez les Bretons : Au Service de sa majesté, suivie de l’épisode écossais d’Astérix chez les Pictes) qui est à l’origine de ce projet ? "Non, répond Marc Jailloux, en raison des procédures évoquées plus avant, à l’époque où j’ai proposé mon projet au comité Martin, rien ne filtrait sur le nouvel Astérix et le film était à peine annoncé."

Grâce à un dessin forgé auprès de Gilles Chaillet, un élève de Martin à qui l’on doit une remarquable évocation de Rome (Dans la Rome des Césars, Ed. Glénat), profitant d’un scénario dense, plein de rebondissements, cet album tend vers titres-phares de la série. On le doit à un récit linéaire qui raconte les ambitions de César sur l’île de Britannia, attiré par les richesses supposées qu’elle recélait : "Une armée coûte cher, comme toutes les guerres, raconte Jailloux, et la Guerre des Gaules a duré plus longtemps que ne l’avait imaginé César. Sans leur solde, les soldats risquent de déserter. L’appât du gain "facile" que lui promet un marchand peut tout à fait justifier cette expédition. On lui connaît tout de même deux expéditions sur Britannia, celles qu’il relate. Comment les justifier ? C’est ici que la BD, l’oeuvre de fiction, peut s’immiscer dans la grande Histoire."

Alix chez les Bretons

Jailloux et Bréda font franchir à Alix et Enak la Mare Britannicum (la Manche), aux côtés du général romain. Sept légions et des centaines de navires débarquent en force sur l’île. Si nos deux héros se décident ainsi à accompagner le proconsul dans cette campagne, c’est surtout pour épauler Mancios, un jeune prince de Britannia dépossédé de ses terres par un puissant chef de guerre, et qui s’est offert de guider l’expédition des forces romaines dans l’île en échange d’un soutien pour reconquérir son trône perdu. Mais il y a aussi parmi les alliés Britons du général romain un certain Viridoros, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’inspire guère confiance à Alix…

Les ingrédients de la réussite

L’album est dense sans jamais paraitre lourd à la lecture. Ainsi, l’armada des bateaux appareille en une seule case, commentée de trois lignes de récitatifs. L’ensemble dégage de une force incontestable. Même constat dans l’évocation du passé du jeune chef briton qu’Alix et Enak entreprennent d’accompagner, un passage obligé. En une seule planche, dans une scène qui prend place dans une taverne, les auteurs retracent la vie du jeune homme et les raisons qui le poussent à combattre auprès de César.

L’aspect vintage de l’album joue également en sa faveur dans le traitement de l’intrigue. On retrouve le fameux rebondissement de fin de page qui icnite à lire la page suivante. « En se forçant à maintenir un style qui aurait pu coller à une parution dans le journal de Tintin, cela impose un certain rythme dans le récit », nous explique Marc Jailloux.

Ce nouvel album d’Alix se situe bien au-dessus de La Dernière Conquête : moins d’erreurs de perspective, une action tonique à chaque page, même s’il reste des maladresses dans la gestion des plans et dans le dessin des anatomies. Là où la fin du récit précédent avait tendance à s’affadir, Britannia au contraire arrive à tenir l’intérêt du lecteur jusqu’au bout.

Les Voyages d’Alix remaniés

La série-mère semblant avoir trouvé son nouveau souffle, Casterman est également décidé à reformater les albums didactiques qui gravitent autour d’elle : les guides historiques illustrés, Les Voyages d’Orion étaient rapidement devenus Les Voyages d’Alix et ont pu s’imposer, en dépit d’une qualité graphique inconstante qui n’était pas toujours à la hauteur des premiers albums réalisés par Jacques Martin, Raphaël Moralès et Gilles Chaillet. Avec une quarantaine de titres, il devenait intéressant de remettre la maquette à plat.

L’éditeur Jimmy Vanden Haute a donc décidé de rationaliser la collection, en représentant les albums dans un format un peu plus grand que le format précédent, ce qui permet de mieux profiter de la richesse graphique des illustrations. Il a également retiré la tête d’Alix de face, finalement peu reconnaissable, pour mieux l’imposer en bandeau de titre Bien entendu, l’historique « dos rouge » est resté, comme véritable repère historique de la série.

Pour les albums dont le fond n’a pas vraiment changé, tels Pétra (qui profite de cette nouvelle maquette dix ans après sa première édition) ou le plus récent mais déjà épuisé Ludgunum (– Lyon). Les cartes ont été retravaillées, éclaircies, pour les rendre plus claires, tandis que certains schémas de disposition internes ont été supprimés. Les photos ont parfois été réactualisées, mais le texte n’a pas subi de grande modifications.

La nouveauté vient essentiellement de la nouvelle mise en page : les illustrations pleines pages, souvent hors texte, se retrouvent maintenant intégrées à celui-ci, parfois un peu réduites. L’ensemble est plus harmonieux, et alterne naturellement les dessins avec les évocations historiques et les documents authentiques. Certaines adaptations de ton mises à part, on ne retrouve pas de modifications notables dans les illustrations.

Deux fois plus dans chaque album

Cette nouvelle refonte a également permis de rationaliser la collection, les diptyques thématiques se retrouvant publiés en un seul volume : Les Mayas 1 et 2, La Grèce 1 et 2, etc. Les couvertures rendent mieux hommage à l’esprit du voyage et l’on a remplacé celles où Alix n’était pas toujours à son avantage comme dans Les Mayas, tome 1.

L’album qui sort sans doute le plus du lot est celui consacré à la Grèce. Regrouper tant d’éléments archéologiques dans un seul album tient de la performance. Les reconstitutions sont aussi minutieuses qu’imposantes, en dépit parfois de la faiblesse de l’encrage. Avec Rome et L’Égypte, c’est sans conteste l’un des meilleurs albums de cette collection.

Dans cette nouvelle version, une dernière page pratique vient apporter des compléments de visite : des conseils pour votre voyage, les musées incontournables, des conseils pratiques et les sites Internet utiles.

Que cela soit pour les albums de la série-mère ou pour la collection des Voyages, les errements des années 2000 semblent être derrière nous. Alix redevient une collection vivante.

Pour ceux qui souhaitent découvrir le travail de Marc Jailloux sur les planches originales, sachez que la Galerie Oblique à Paris les expose du 17 juin au 26 juillet 2014. Le vernissage aura lieu le 16 à 18h30, en présence de l’artiste. Une dédicace supplémentaire aura lieu le 21 juin 2014.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Lire l’interview des auteurs de "Alix - Britannia".

Alix, T33 : Britannia - Par Marc Jailloux & Mathieu Breda, d’après Jacques Martin - Casterman

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Lire notre chronique du précédent Alix réalisé par Marc Jailloux : La Dernière Conquête ainsi que notre article sur les avenirs d’Alix.

Exposition "Alix - Britannia" à la Galerie Oblique - Village Saint-Paul • 17, rue Saint-Paul 75004 Paris • 01 40 27 01 51 du mercredi au samedi 14 - 19 h et sur rendez-vous • Métro : Saint-Paul, Bastille, Pont-Marie, Sully-Morland • Bus : 69, 76, 96. Le site de l’événement
• Parking : Pont-Marie.

 
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2 Messages :
  • Alix chez les Bretons
    18 juin 2014 19:00, par Jean-Claude

    C’est dommage que Enak reste constamment en arrière plan,un erreur selon moi,,un défaut dans le scénario. Enak au cours de la série avait pris de plus en plus d´importance au côté d´Alix,que les deux font la paire.Le dessin est pas mal .mais il faut remettre leurs héros dans leur contexte.Alix sans Enak,ou en faire une statuette de décoration est une erreur.il s
    Suffit de voir la série dont Jacques Martin en
    Était le scénariste....

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    • Répondu le 19 juin 2014 à  00:52 :

      Pas d’accord. Enak n’a jamais été l’égal d’Alix mais son gentil compagnon un peu nunuche. Alix le traîne comme un boulet, et se montre souvent méprisant voire méchant à son égard. Un exemple : dans "Le tombeau étrusque" (p. 27, case 7), quand Enak a peur de sauter dans une chute d’eau avec son cheval, Alix, plutôt que de l’encourager, marmonne : "Mais que fait-il encore, celui-là ?... Jamais capable de suivre !". Sympa !

      Sinon, "Britannia" est effectivement un bon album, même si le lettrage microscopique en rend la lecture pénible, même si on reconnaît le traître dès son apparition à sa sale bobine et à son air sournois, et même si le dessinateur nous prive de grands plans d’ensemble (pas de mer envahie de centaines de vaisseaux, pas de plage sur laquelle débarquent des centaines de soldats, pas de champ de bataille sur toute la largeur de la planche), préférant presque exclusivement les plans moyens et les gros plans. Ce qui est dommage pour un album racontant l’invasion d’un pays.

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