Alvar Mayor - Les cités légendaires – par Carlos Trillo et Enrique Breccia – éd. iLatina

25 juillet 2020 0 commentaire
  • Après avoir publié dans la revue argentine "Skorpio" en 1977 puis dans le magazine français "Pilote" en 1983, Alvar Mayor fait son grand retour en format intégral aux éditions iLatina. Première apparition pour Enrique Breccia au catalogue, tandis que l'éditeur poursuit la republication de l'œuvre de Carlos Trillo, après "La Grande Arnaque" et "Bolita".

Alvar Mayor, accompagné de son ami Tihuo, est l’un des premiers enfants d’Espagnols à voir le jour en Amérique latine. Il n’est autre que le fils du cartographe du célèbre Pizzaro. Une caractérisation préalable des plus astucieuses qui permet à Trillo de justifier la fine connaissance du continent par Alvar Mayor et donc, par extension, son activité de guide. Partant de ce personnage principal, le scénariste va conter et documenter l’imaginaire colonial espagnol.

Alvar Mayor - Les cités légendaires – par Carlos Trillo et Enrique Breccia – éd. iLatina

Lister les différentes thématiques abordées par Carlos Trillo et Enrique Breccia dans l’intégrale Alvar Mayor, les Cités légendaires semble insensé tant elles sont nombreuses : cupidité coloniale, esclavagisme, conséquences sanitaires de l’arrivée des Espagnols, recherche du siphilo…


Ces aventures sont aussi l’occasion pour les auteurs de dresser un véritable panorama du continent sud-américain. En tant que meilleur guide de la région, Alvar Mayor nous mène jusqu’aux confins de l’empire inca où vous gravirez le mont Machu Picchu, vous vous égarerez en forêt à la recherche de l’Eldorado et resterez bouche bée face à la majesté du lac Titicaca.

Alvar Mayor est donc un de ces personnages-guides oscillant entre deux mondes, sans réel point d’ancrage, condamné à l’errance éternelle. Chacune des tentatives de l’aventurier pour se fixer le rapproche un peu plus de Charon. Le lecteur en vient à douter de l’existence d’Alvar Mayor lui-même, figure mystérieuse dont le passé comme le futur semblent d’ores et déjà déterminés bien que dissimulés.

Le doute insinué par Carlos Trillo quant à la nature même de son personnage est renforcé par le caractère désintéressé de son activité de guide. Elle lui suffit à vivre tant physiquement que spirituellement. Si ce désintérêt est construit pour démarquer Alvar Mayor des cupides Espagnols, il est partie prenante d’une mise en exergue du cheminement aux dépens de la finalité, dont Alvar Mayor serait parvenu à s’émanciper. Ce faisant, Trillo et Breccia insufflent une toute autre dimension à leur personnage, faisant de son essence même la source de son intemporalité.

Ce second niveau de caractérisation du personnage d’Alvar Mayor est d’ailleurs confirmé par la mobilisation de l’onirisme dans certaines historietas présentées. Les rêves et songes aux origines diverses permettent au duo d’auteurs d’alimenter l’ambivalence désormais caractéristique d’Alvar Mayor : la porosité entre l’imaginaire et le réalisme, entre ce qui existe et ce qui est révolu, entre ce qui vit et ce qui a vécu.

On soulignera le talent d’Enrique Breccia qui parvient à magnifier le contraste induit par Carlos Trillo en adoptant un trait minutieux et réaliste dont la précision historique est tout bonnement impressionnante. Le talent conjugué des deux artistes argentins vient finalement questionner le principe même de construction d’une légende. Alvar Mayor - Les cités légendaires, tout est dans le titre…

(par Thomas FIGUERES)

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Alvar Mayor, Les cités légendaires – par Carlos Trillo et Enrique Breccia – éd. iLatina - 224 pages - Prix : 30 euros

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