"Amen", Joseph Conrad réinterprêté en version SF par Georges Bess

27 avril 2021 1
  • Après avoir signé une brillante et somptueuse adaptation du chef d’oeuvre de Bram Stoker : "Dracula", le dessinateur Georges Bess est de retour avec "Amen", une relecture originale du roman de Joseph Conrad : "Au Cœur des ténèbres". Dans ce diptyque, le dessinateur transpose le récit culte et sombre de l’auteur polonais en un Space Opera anarchique et complexe.

S’approprier un texte aussi incontournable que celui de Conrad n’est pas chose aisée. De nombreux cinéastes s’y sont essayés avec brio quand on pense à Coppola ou à Herzog, des dessinateurs également, notamment le projet de Jean Phillippe Stassen et Sylvain Venayre chez Futuropolis en 2006. Ici, il n’est pas question d’une adaptation académique et rigoureuse de Au Coeur des ténèbres, mais bien d’une interprétation libre dans laquelle l’auteur opère un changement de registre radical.

D’un roman sur fond de périple colonial aux accents anti-totalitaires paru en 1899, Georges Bess arrive à une odyssée de science-fiction épique. C’est le schéma devenu classique d’une troupe de missionnaires à gros bras qui va être envoyée par une entité appelée la Coalition sur la mystérieuse planète Arcadia afin de reprendre contact avec l’intrigant colonel Kurtz devenu incontrôlable. Les deux expéditions précédentes ayant disparu, le projet relève de la mission-suicide. Emmenée par Ishoa, un paria affranchi, la troupe, composée de personnages plus caricaturaux les uns que les autres, va se décimer au fur et à mesure qu’elle progresse sur cette planète hostile et luxuriante. L’issue de ce curieux diptyque semble indubitablement fatale.

"Amen", Joseph Conrad réinterprêté en version SF par Georges Bess

Avec Amen, Georges Bess utilise le roman de Conrad pour raconter son histoire. Il y livre une critique acerbe de la religion et du fanatisme -ferment de l’aventure coloniale occidentale- tout en décrivant des systèmes sociaux hiérarchiques et fermes qui font écho à certaines réalités actuelles. En dépit d’un récit un peu confus, on comprend plutôt bien les enjeux de cette histoire dont le point fort est définitivement le dessin de Bess. Enchaînement d’exploits graphiques, il est plus que plaisant de voir l’auteur dessiner une histoire de science fiction -il ne nous avait pas habitué à cela- avec ses vaisseaux spatiaux, ses personnages stylisés, et surtout, cette planète-jungle abondante aux autochtones mystérieux et au bestiaire fabuleux. Un premier tome d’exposition un peu long, où Bess prend le temps de décrire son univers.

Ce tempo lent correspond à celui du roman d’origine qui aboutit à au sentiment de chaos et de noirceur si caractéristique du roman de Conrad dans la seconde partie du diptyque. Rendez-vous en juillet 2021 pour connaître la suite et la fin de cette histoire.

(par François RISSEL)

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