Amerikkka - T6 - par Martin et Otéro- Ed. Emmanuel Proust

27 novembre 2007 0
  • Depuis ses origines la série Amerikkka nous invite à pénétrer dans les coulisses de l’extrême droite américaine à travers l’une de ses organisations les plus emblématiques : le Ku Klux Klan.

Roger Martin est l’un des meilleurs spécialistes français de l’histoire de cette organisation secrète qui continue de faire régner la terreur auprès des populations noires des États-Unis. Dans ce sixième épisode,Atlanta, cité impériale, il décrit les origines du Klan par une confrontation astucieuse entre deux époques de l’histoire américaine au moyen de nombreux flash back.

On assiste aux débuts d’un personnage déjà rencontré dans un épisode précédent (Les bayous de la haine, tome 2) : Michael Alister, militant pour les droits des noirs et assassiné par le Klan dans les années 2000 . Le scénario s’articule autour du récit de la jeunesse d’Alister dans les années 1950 et l’enquête menée par les deux agents Steve et Angela, eux aussi ardents défenseurs de l’égalité raciale. Très vite, nos enquêteurs se retrouvent rattrapés par le passé sur lequel ils travaillent et, si les temps ont changé, les méthodes du Klan elles, sont restées les mêmes : exécution sommaire, élimination de témoins ou de curieux trop gênants, violence extrême et pressions politiques.

Nicolas Otéro, est un jeune dessinateur qui sait se mettre au service d’un discours parfois un peu radical dans sa mise en forme et trop rapide dans son traitement. La maîtrise des couleurs (dues à Wilmaury) contribue à rendre crédible les ambiances et le cadre de ces histoires qui ne cachent pas leur profond engagement dans la dénonciation d’une Amérique peu reluisante. Si le trait souffre de quelques raideurs, si on relève certaines difficultés dans le découpage parfois un peu abrupt, la force du propos de cette BD volontairement engagée, bien documentée, pousse le lecteur à l’indulgence face à ces erreurs techniques.

Tout en privilégiant l’aspect document, cette série reste haletante et captivante. Le suspens y est toujours présent, la psychologie des personnages principaux est traitée avec véracité et humanité. L’histoire est accompagnée de nombreuses notes et références qui en renforcent l’aspect authentique sans nuire au dynamisme d’un récit terrifiant par son réalisme et son actualité : en 2005, 75% des 4500 crimes et délits racistes recensés par le FBI étaient encore le fait de la population blanche [1] !

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1France Inter, le 17/11/2007

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