André-Paul Duchâteau, disparition d’un « gentleman-conteur »

27 août 2020 2 commentaires
  • Il faisait partie, avec Jean-Michel Charlier, Greg et Henri Vernes, du « quarteron » fondateur des grands scénaristes réalistes de la bande dessinée belge. Il avait scénarisé, principalement pour le Journal Tintin, les séries Ric Hochet, Les 3A, Les Casseurs, Yalek, Udolfo, les Peurs de rien, et de nombreuses adaptations de classiques du roman policier en bande dessinée. Il était le maître du « whodunit » et du « light suspense » dans le 9e Art. André-Paul Duchâteau s’est éteint ce mercredi 27 août 2020 à l’âge de 95 ans.

Il était né à Tournai en Belgique le 8 mai 1925. Talent précoce, Duchâteau écrit son premier roman, Meurtre pour meurtre, en 1940, à l’âge de 15 ans, pour la collection Le Jury dirigée par Stanislas-André Steeman, le romancier à succès de L’Assassin habite au 21. Cette grande figure belge du roman policier écrit dans la préface : « André Duchâteau s’est inventé un deuxième prénom pour se faire un nom. » Voici le jeune André-Paul sur les chemins de l’écriture…

Comme journaliste d’abord dans une presse d’après-guerre encore vivace. Une activité qui le fait écrire pour des supports jeunesse alors florissants et notamment pour Mickey Magazine (un titre alors interdit de reparaître en France) qui avait établi son QG en Belgique, piloté par les dessinateurs Tenas et Rali. Duchâteau y écrivit les premières histoires de Mickey et de Donald conçues pour l’Europe ! Ce sont aussi Tenas et Rali qui lui permettent de rencontrer Tibet avec qui il crée Ric Hochet -une BD au départ humoristique- pour Le Lombard en 1955.

André-Paul Duchâteau, disparition d'un « gentleman-conteur »
André-Paul Duchâteau avec Albert Uderzo, Tibet et Marcel Gotlib.
Photo : Laurent Melikian

Avec son petit air malicieux, ses yeux légèrement bridés, ses pommettes saillantes et sa fine moustache qui lui donnait un petit air, savamment entretenu, d’Errol Flynn, André-Paul Duchâteau était un homme charmant, érudit et un écrivain à l’écriture classique et fine. La vulgarité n’était pas son lot. Il faisait partie de cette tradition d’écrivains populaires belges qui, comme Georges Simenon, Henri Vernes ou Jean Ray, « tombaient » régulièrement leur manuscrit et il partageait avec le père de Bob Morane un petit goût pour le fantastique. Cette régularité d’horloger signifiait, pour Duchâteau, de livrer pendant 55 ans, un Ricochet tous les huit mois en raison d’une profonde amitié avec Tibet qui ne s’est arrêtée qu’avec la disparition du dessinateur en 2010.

Tibet et André-Paul Duchâteau. Leur série "Ric Hochet" a caracolé en tête du référendum du Journal Tintin pendant plus d’une décennie.
Photo : Laurent Melikian.

Mais on lui doit une multitude d’autres collaborations pour Tibet (Les Peurs de rien) Vance (Bruce J. Hawker), Paape (Yorik des tempêtes, Udolfo, Luc Orient), Rosinski et Kas (Hans), Follet (Terreur, Valhardi), Denayer (Les Casseurs, Yalek, Alain Chevallier, TNT), Mittéï (Les 3 A), Hulet (Pharaon), Géri (Mr Magellan), Sanahujas (Challenger), Franz (Hypérion), Swyssen (Rouletabille)… mais aussi quelques Chick Bill pour Tibet et même quelques collaborations non créditées sur Michel Vaillant...

La monographie de Patrick Gaumer "André-Paul Duchâteau, Gentlemen-conteur" (Le Lombard) est une référence en la matière.

Parallèlement, il n’a jamais arrêté son activité de journaliste. Il écrivait des dramatiques pour la radio et avait été rédacteur en chef du Journal Tintin puis directeur littéraire du Lombard. La clé de son savoir-faire ? Le mystère et le jeu. Patrick Gaumer nous racontait au micro de Nicolas Anspach sur ActuaBD comment se composait sa journée de travail : « Il dormait très peu. André-Paul se levait vers six heures du matin, puis filait à la rédaction de l’hebdomadaire Pourquoi Pas ?, où il s’occupait de la publicité. À onze heures, il rejoignait le groupe Rossel (éditeur du quotidien belge Le Soir). Il y était directeur de collection. Il rentrait chez lui à midi pour manger et se reposer quelques minutes, puis partait pour les éditions du Lombard où il assumait le poste de rédacteur en chef du journal de Tintin. Ensuite, il partait à la RTBF (Radio Télévision Belge) pour enregistrer l’émission Voulez-vous jouer ?, et écrire quelques sketches. Après cette longue journée, André-Paul rentrait chez lui vers neuf heures du soir. Il lisait alors les quotidiens et quelques pages d’un roman. Le samedi, il écrivait ses nouvelles policières, et le dimanche ses scénarios ! On ne peut qu’admirer sa puissance de travail. Et dire que Charlier, Goscinny et un bon nombre d’auteurs de la grande époque avaient ce même rythme de vie, car la BD était terriblement mal payée… »

70 ans après ses débuts, André-Paul Duchâteau confiait à ActuaBD, toujours à Nicolas Anspach : « Encore aujourd’hui, cette envie d’écrire reste très vive, intacte. J’ai aussi besoin d’une certaine tension. Celles que je ressens quand je recherche une idée en tournant en rond dans mon bureau, ou quand j’ai un sujet encore balbutiant et que je ne sais pas s’il va aboutir. Tout cet aspect nerveux dans la création, cette attente, me passionne. Encore aujourd’hui, je suis persuadé que tout peut encore arriver ! Je n’ai aucune lassitude et je ne suis pas blasé par l’écriture ou la lecture… »

Dans la dernière partie de sa vie, il écrivait chaque semaine une nouvelle policière à énigme pour le magazine Télé 7 Jeux, poursuivant ainsi une activité ludique qui a été celle de toute une vie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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2 Messages :
  • Je l’aimais tant.
    Lire Duchâteau pendant ma jeunesse fut un plaisir intense à chaque parution d’un nouveau Ric Hochet. Avec mon frère on cherchait à découvrir l’énigme dès la page 30 et ce furent des joutes très stimulantes . Après je relisais le livre pour le plaisir de la lecture, du suspens et de l’ambiance, avec l’atmosphère bien rendue par les magnifiques dessins de son complice Tibet. Plus tard, j’ai eu la chance de le fréquenter dans la profession. Il correspondait en tout point à la flatteuse réputation de Gentleman qui le précédait. Les discussions que nous avons eues furent un ravissement, surtout parce que je pouvais goûter à son immense culture.
    Il nous manquera tant.
    Toutes mes pensées émues vont vers sa famille.

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  • L’ami de notre enfance ! ... ne pas oublier la série Chick Bill, qu’il soit crédité ou non, il est à l’origine des meilleurs récits !

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