Ange, un nouveau label pour la BD érotique

22 juin 2010 13 commentaires
  • Les jeunes éditions Ange, dirigées par Jean-Frédéric Minéry, lancent une collection de BD érotique intitulée « Sexy bulles ». Au programme pour commencer, deux albums de Robert Hugues plus connu sous le pseudonyme de Mancini.

Les éditions Ange, nouvelles venues dans le monde de la bande dessinée érotique pour adultes, nous livrent deux albums d’un seul coup, dessinés par Mancini.

Le premier titre, « La reine Margot », est scénarisé par Henri Filippini, grand amateur et spécialiste du genre - il a notamment rédigé une « Encyclopédie de la bande dessinée érotique », plusieurs fois rééditée, ainsi qu’un certains nombres de scénarios pour Mancini, Di Marco ou encore Foxer.
Egalement intéressé par la bande dessinée historique [1], il nous offre ici tout naturellement une bande dessinée mêlant ces deux genres. Ainsi suivons-nous le temps de cet album la vie agitée et sexuelle, en pleine guerre de religions entre catholiques et protestants pendant les journées du massacre de la Saint-Barthélemy, de la célèbre « Reine Margot » (Marguerite), reine de France immortalisée par Alexandre Dumas en 1845 dont le livre fut adapté au cinéma en 1994 par Patrice Chéreau avec Isabelle Adjani dans le rôle principal… H. Filippini a évidemment tourné cela en pornographie joyeuse.

Le dessin de Mancini, quoique raffiné, est un peu rigide ; ses personnages sont quelque peu raides. Mais cela fonctionne, on admire les costumes et les décors ainsi que les lavis de gris très réussis…

Ange, un nouveau label pour la BD érotique
Extrait de "La reine Margot"
(c) Robert Hugues / Henri Filippini / éditions Ange

Le deuxième titre, « Le calvaire de Diane », est plus hard dans la sexualité et plus souple graphiquement… La mise en scène est plus lâchée, plus dynamique, tout comme la mise en page moins classique (les bords des cases qui vont en oblique et non plus strictement horizontalement ou verticalement…). Les dialogues sont plus crus également. Bref, le tout est plus corsé.

En 1617 en Ecosse, Lord Shelton, maître dans son manoir, tue sa femme lors d’une orgie aux allures démoniaques... Sa jeune fille Diane ainsi que sa servante Séraphine, témoins de l’accident, sont obligées de fuir la demeure. Onze ans plus tard, en 1628, lors du siège de La Rochelle commandé par Richelieu (nous sommes toujours dans les reliquats des guerres de religions entre catholiques et protestants !), elles fuient encore, cette fois-ci vers le Canada. La traversée est agitée et longue. Une fois arrivées à Québec, elles rencontrent les Indiens Iroquois, alliés des Anglais, qui ne sont pas moins entreprenants que les autres hommes !…

Cet album est de la grande aventure à la sauce pornographique. Et cela prend bien. Du coup, c’est une agréable réussite - même si le style est rétro - et une belle curiosité à découvrir.

Ces deux titres étaient jusqu’à présent inédits en albums. Seul « La reine Margot » avait été publié dans le magazine Bédé Adult’ mais avec une qualité d’impression moindre. Ici, le rendu est de très bonne qualité sur du papier couché 150g, luxueux.

La quatrième de couverture sur les deux titres indique que « Mancini alias W.G. Colber, alias Trébor, est le maître de la BD érotique française ». C’est oublier un peu vite Georges Pichard ou encore Georges Levis (dont il s’inspire parfois, sur d’autres titres) notamment…, mais reconnaissons que Mancini, de son vrai nom Robert Hugues, a marqué également son époque. Son style est original et fonctionne.

Dans son « Encyclopédie de la bande dessinée érotique », Henri Filippini a écrit à propos de Mancini : « Sa grande facilité d’adaptation à divers styles, sa puissance de travail, ses multiples personnages, le classent parmi les auteurs les plus attachants de la BD érotique en France. »

Aujourd’hui les éditions Ange éditent quelques-uns de ses albums ; d’autres sont prévus. Une initiative a encourager pour redécouvrir cet auteur et pour soutenir une nouvelle collection qui commence agréablement.

(par François Boudet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Bandes dessinées pour adultes.

Lire une interview de Jean-Frédéric Minéry

Chez Ange, commander :
- La Reine Margot chez Amazon ou à la FNAC
- Le Calvaire de Diane chez Amazon ou à la FNAC

[1Rappelons simplement qu’il fut à l’origine du mensuel Vécu chez Glénat

 
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13 Messages :
  • Ange, un nouveau label pour la BD érotique
    23 juin 2010 00:13, par Alex

    Perso, j’en ai plein les bottes de ces condescendances graphiques à peines abouties : genre, donnez-moi des sphères, encore et toujours -et ces scénars bidons qui replacent l’érotisme dans un siècle de frou-frou et dentelles. Cela en raconte beaucoup sur la frustation innée des auteurs et de notre époque, rien de joyeux ou sain là-dedans.

    La description légérement coquine de pratiques sexuelles plus ou moins acceptée, la bd érotique - ou semi-porn (hard et références adultes) est dans un gouffre sans fond.
    Rattrappé par l’internet depuis 30 ans et que nous offre-t-on ? De mols onanismes, mal desservis par des dessinateurs sans grand talent évocateur (car rétribués au lance-pierre) et des scénaristes sans la moindre imagination. J’aimais beaucoup les ElviFrance, le culôt des scénars, le bâclage de l’histoire pour arriver à la description finale et masturbatoire. Vos comtesses ou duchesses n’ont pas le pouvoir évocateur et hautement masturbatoire des têtes couronnées. Un touche-pipi républicain. La Dauphine de Suède vient de se marrier - vous auriez dû être sur le sujet plutôt que nous présenter vos disgressions historiques qui n’intéressent personne.

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    • Répondu par XXL le 23 juin 2010 à  07:57 :

      Une bonne partie de l’érotisme est justement née dans les frou frou et les dentelles.
      Connaissez-vous le Marquis de Sade ?
      Quant au dessin et aux scénarios, visiblement, vous n’avez pas vu ni lu ces albums. De ce côté là, justement, ils remontent nettement le niveau.
      J’ai malheureusement eu du mal à le trouver.
      Les Elvifrance et donc la BD italienne comportent effectivement des petits bijoux en ce domaine.
      Mais à l’étroit dans ce format réduit, le dessin s’en est trouvé limité. Les Frollo et compagnie sont des maîtres du genre.

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      • Répondu par Bigeard le 23 juin 2010 à  09:07 :

        Bien avant le Marquis de Sade, il y avait François Villon.
        Les dentelles ont marqué l’érotisme et il me semble que c’est resté. Il suffit d’aller faire un tour dans un magasin ou simplement un rayon de dessous féminins.
        Mais sans doute, le monsieur ci dessus, préfère-til les slips kangourous de service militaire, qui arrivaient jusqu’au nombril, souvenirs de folles nuitée avec ses petits camarades de chambrée ? :)

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    • Répondu par Francois Boudet le 23 juin 2010 à  08:39 :

      Concernant Elvifrance, les éditions Delcourt rééditent les mésaventures de Sam Bot ainsi que la série Casino... Dans un genre identique (fumetti) les éditions Cornélius ont réédité l’intégrale de la série Nécron. Nous ne prétendons pas forcément à l’exhaustivité totale sur ActuaBD mais nous faisons tout de même en sorte de couvrir un peu tout ce qui se fait... ;-) J’ai trouvé intéressant de noter cette nouvelle collection chez un nouveau (petit) éditeur et j’ai trouvé intéressant ces 2 titres... Bien à vous.

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      • Répondu par Michel Dartay le 23 juin 2010 à  11:53 :

        Il était en effet anormal que l’oeuvre de Mancini ne soit plus disponible en librairie. Je reviendrai prochainement sur ce sujet.

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      • Répondu par Alex le 24 juin 2010 à  19:10 :

        Merci, j’ai noté et acheté de nouveau -grâce à ActuaBd- les rééditions de Sam Bot que j’appréciais pour leur humour et ce fabuleux personnage d’Underdog, il y a bien longtemps. Le talent de Buzzeli y faisait sûrement pour beaucoup. L’écclectisme de votre site n’est pas à questionner- la qualité des productions... vous nous aidez en peu en chemin pour nous faire une opinion- et c’est tout à votre honneur.

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    • Répondu par comte de la bite Mole le 23 juin 2010 à  09:25 :

      Monsieur Alex, vous feriez bien de réviser votre Histoire de France avant de vous soulager de vos frustrations sur le clavier. S’il y a bien une reine, propice aux histoires érotiques et dramatiques, c’est bien Marguerite de Valois dite La reine Margot. CLIQUEZ ICI Et bien entendu, les Borgia etc. En sus du contexte religieux, charnière de notre Histoire, et des véritables coucheries, il y a également la personnalité de cette dame qui était une véritable dévoreuse d’hommes et certains y ont laissé leur vie.
      Cette BD respecte dans ses moindres détails, cette tranche de notre histoire mouvementée. Et les dessins sont à tomber, tant ils sont beaux. Mais si vous préférez les plans américains des Elvifrance (qui ont leur charme ceci dit), libre à vous !

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      • Répondu par Alex le 25 juin 2010 à  00:05 :

        Ok, si cette bd respecte tout les moments dûment détaillés de l’Histoire. Voici un bon point pour les bons élèves donc. Mais vous n’avez visiblement pas compris le "noyau dur" de mon message : pourquoi les oeuvres pseudo-érotiques publiées en ce moment se retranchent dans un passé résolument révolu et abscon ?

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  • Ange, un nouveau label pour la BD érotique
    23 juin 2010 14:24, par Fred Poullet

    Nous pourrions aussi parler du niveau zéro de la maquette de ces "livres", des clichés plus que rabattus, la typographie à l’anglaise pour faire chic, sur un fond noir (évidemment !), criand de ringardise... oooh et l’image qui perce ce fond noir, d’un coquin oeilleton rouge. Bravo les petites maisons d’édition..., c’est bien de soutenir une telle médiocrité.

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    • Répondu par SexyGirl le 24 juin 2010 à  09:15 :

      Il me semble difficile d’innover en ce domaine sans rater sa cible.
      Le rouge, noir et or sont les couleurs classiques de l’érotisme.
      Sans doute auriez-vous préféré un rose ou jaune fluo ou une maquette comme "La comtesse" d’Aude Picault, façon vieux pocket Media 1000 ?
      Pour ma part, je trouve ces maquettes très réussies.
      sobres, belles et efficaces.
      Bien plus que celles des grands éditeurs (collection SELEN avec selen en gros et travers ou LE MARQUIS avec sa minuscule image perdue au milieu ou pire : EROTIX) même s’il est vrai qu’il n’y a pas de grande originalité dans celle de Sexy Bulles. Mais est-ce le but d’une couverture que d’être originale ? Au moins ici, on identifie très clairement cette (belle) collection.
      Et, au moins, l’éditeur a évité l’ouverture en trou de serrure, poncif du genre.
      Bref, pour moi, on est loin de la médiocrité dont vous vous prévalez.

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      • Répondu par Fred Poullet le 24 juin 2010 à  13:11 :

        Ah oui, excusez moi, vous avez raison. J’ai cru que l’on parlait de création, d’art, alors qu’il est évident que l’on parle de "petits pois" et c’est vrai que le code couleur du "petit pois" dans le commerce, c’est le vert... Faut pas trop trop changer ce que l’on connait bien, après on est perdu dans nos habitudes. Encore une fois désolé de ma méprise.

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  • Ange, un nouveau label pour la BD érotique
    23 juin 2010 20:10, par fabrice

    bonsoir

    suite à l’article vu le sujet, il est normal que le dessine de Mancini soit un pmeu raide... un peu d’humour dans ce monde de brute.

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    • Répondu par Francois Boudet le 23 juin 2010 à  21:43 :

      Merci. Je parlais même précisément de "ses personnages"... qui sont un peu "raides" !... Normal, comme vous le faites remarquer ! ;-))

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