Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »

24 janvier 2006 11 commentaires
  • Patrrrriiiick Bruel sera au Festival de la Bande dessinée, cette année, à Angoulême ? Mais oui. Et pas que lui : Mimie Mathy, Jean-Jacques Beineix, Adeline Blondieau, Laurent Jalabert... Le Festival d'Angoulême est devenu dirait-on l'annexe de Courchevel ou de Saint-Tropez. Angoulême, c'est « in », les stars aussi veulent en être...
Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »
Mathilde et Philippe de Belgique
avec le maire Philippe Mottet, en 2003. Ph : D. Pasamonik

Le phénomène n’est pas nouveau mais prend une ampleur inaccoutumée : il semble que les éditeurs se doivent d’avoir leur star ou leur starlette dans leur tableau de chasse, c’en est devenu une question de standing. Depuis le début du Festival, la course à la légitimation avait suscité la sollicitation des politiques : Jack Lang a été le premier ministre de la culture à y venir, avec Georges Fillioud, ministre de la communication, dès 1982, la gauche n’était au pouvoir que depuis quelques mois. Le président de la République François Mitterrand, dont le père a été le chef de gare de la ville, a honoré le festival de sa présence en 1985. Interrogé sur ses goûts en matière de BD, il déclare aimer « Chéri Bibi ». Son service de presse corrigera quelques heures plus tard : c’est de « Bibi Fricotin » dont voulait parler le chef de l’état. Cela dit, on lui pardonne : son successeur a préféré continuer à tâter le cul des vaches. L’homme à la rose amène avec lui l’un des grands « projets présidentiels » : le Centre National de la BD et de l’Image, le CNBDI. Après, c’est le défilé : Edith Cresson, Louis Mexandeau, Georges Chavannes, le local de l’étape, Philippe de Villiers, François Léotard, Gérard Longuet, ... En 2003, ce sont les princes Mathilde et Philippe de Belgique qui inauguraient la rue Hergé. L’année dernière, Renaud Donnedieu de Vabres (l’un des ministres de la culture les mieux informés sur la BD depuis Jack Lang) décorait, à Angoulême, le dessinateur américain Art Spiegelman des insignes des Arts et des Lettres. Du côté de l’opposition, c’est Hubert Védrine, récent invité d’un documentaire sur E. P. Jacobs, cornaqué par Benoît Mouchart, qui faisait la visite des hauts lieux de la BD à Angoulême.

Eddy Mitchell et Mourad Boudjellal en 2004
Ph : D. Pasamonik

Fréquence star

Si les politiques sont là, c’est parce que les médias s’y trouvent : Yves Mourousi présente le salon aux infos de 13 heures. Et avec la télé, les stars : Eddy Mitchell, que l’on reverra plus tard sur le stand de Soleil, remet un prix au tout jeune Margerin en 1986. A partir de 1989, les stars des médias sont sollicitées pour faire partie des jurys. Josiane Balasko y promène ses lunettes fluo, Elie Meideros éphémère auteur chez Futuropolis en est également, de même que Julien Clerc, Jérôme Savary, Patrick Poivre d’Arvor, Eric Orsenna, Ysabelle Lacan, Jean Vautrin, Yves Simon, Tom Novembre, Les Vamps, on en passe... En 1990, les Rita Mitsuko affichent leur inculture en refusant un prix à Calvin et Hobbes : « Un plagiat des "Peanuts" », disaient-ils. C’est la limite d’un système qui a toujours cours... Récemment, le regretté Claude Piéplu avait présenté la soirée des prix en véritable capitaine Shadock, en duo avec Jean-Marc Thévenet, avant que JMT ne la joue solo. On a perdu au change... L’équipe de Groland était sensée, une année, animer une remise de prix. Le clou du spectacle, ce n’était pas eux.

Des stars dans les stands

Laurent Gerra et Dany en 2005
Ph/ D. Pasamonik

On peut créditer aux éditions Soleil d’avoir su créer l’événement en faisant venir les stars non pas sur les planches du théâtre au moment de la cérémonie de remise des prix, mais dans les stands, face à leur public : Bernard Lavilliers, Eddy Mitchell, Claude Lelouch, la Star Academy... ont été ses invités, signant des autographes sous les décibels d’une sono qui déchire. Cette année, c’est Pattrrrrriiiiiick Bruel qui fera le cake chez Soleil, le stand de l’éditeur toulonnais (juste face à l’Hôtel de Ville) se voulant sans doute la place des Grands Hommes (pardon, ça m’a échappé)... Bruel viendrait le vendredi 27 janvier dédicacer de 15h à 17h30. Avant cela, selon nos renseignements généreux, il est dans l’avion, il
déjeune avec Mourad Boudjellal puis il fait une conférence de presse.

Mourad Boudjellal et Claude Lelouch en 2005
Ph : D. Pasamonik

Chez les autres éditeurs, du coup, l’imagination est au pouvoir : les L5 étaient déjà sur le stand Theloma l’année dernière. Laurent Gerra était sur le stand Dargaud. Normal : il commet des scénarios pour Lucky Luke... Mais cette fois, c’est chez Jungle, que Mimie Mathy alias « Joséphine Ange Gardien » et Laurent Jalabert, le vainqueur du Tour d’Espagne, feront la dédicace. Il est même possible que Jean-Marie Bigard, récent personnage d’une série chez cet éditeur, vienne aussi à Angoulême pêcher la salope... Jean-Jacques Beineix, quant à lui, est venu traquer les intégristes...

Y a pas à dire, aller à Angoulême, pour les pipeules comme pour nous, c’est la classe !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Patrick Bruel, présent sur le stand Soleil

 
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11 Messages :
  • > Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »
    24 janvier 2006 11:01, par brodevas

    Je voudrai savoir quel jour sera présent Patrick Bruel lors de cet événement car j’aimerai obtenir une dédicace de mon idole sur cette superbe bd qui lui est consacrée.

    Je vous remercie de votre compréhension.

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  • > Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »
    24 janvier 2006 11:51, par Gilles Ratier

    En ce qui concerne l’anecdote sur Mitterrand (et non Mitterand, comme tu l’as écrit, cher Didier), Alain Beyrand (grand spécialiste des BD parues dans les quotidiens) m’avait confirmé que l’ancien président n’avait pas confondu les deux personnages : il voulait bien parler de la BD "Chéri Bibi" (adaptation du roman de Gaston Leroux par son fils, A. G. Leroux, au scénario, et par l’Espagnol Bernad au dessin) qui fut publiée dans France-Soir, à partir de 1952, et qu’il lisait régulièrement, à l’époque. Les incultes étaient donc plutôt du côté du service de presse !
    C’était la minute de culture bédéfile !
    Amitiés
    Gilles Ratier

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 24 janvier 2006 à  12:32 :

      Cher Gilles,
      Merci pour ta remarque, mais non : même si les spécialistes avaient un temps été bluffés par l’érudition du président (ah ! Ce Mitterrand !), ses conseillers ont vraiment fait le communiqué.

      L’anecdote est d’ailleurs reprise dans le livre anniversaire du 20ème Festival par Hervé Cannet (Editions Charente Libre).

      Il est curieux que Chirac ne soit jamais venu, lui qui, si l’on en croit Marijac, était abonné à Coq Hardi !

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      • Répondu par Gilles Ratier le 24 janvier 2006 à  13:27 :

        Oui, oui, le communiqué de presse a bien été fait mais, manifestement, toujours d’après Alain Beyrand, sans que Mitterrand ait été consulté. Ils ont cru à une bévue de notre ancien président alors que c’était eux qui manquaient de culture bédéphile.
        A bientôt pour de nouvelles anecdotes !
        Amitiés
        Gilles Ratier

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      • Répondu par Gilles Ratier le 24 janvier 2006 à  14:22 :

        Alors que je finissais de te répondre, je me suis rappelé qu’Alain Beyrand, via les éditions Pressibus, avait réédité cette BD en 1998 ; et, dans l’une des préfaces précédant cette BD avec les textes sous les images, il fait allusion à cette anecdote. Voici un extrait de son texte : "C’est en 1985 que François Mitterrand, déclarait au salon d’Angoulême qu’une de ses bandes dessinées préférées était "Cheri-Bibi". Emoi dans son entourage : le Président avait dû confondre le héros des romans de Leroux avec "Bibi Fricotin"... Quelques connaisseurs avaient pourtant fait le rapprochement avec la bande de France-Soir... François Mitterrand a de nouveau formulé son attachement à "Cheri-Bibi" dans un entretien à la revue (A Suivre)[n°133 de 1989]. Il y déclare : "J’avoue m’être bien amusé, plus tard, aux aventures de Cheri-Bibi". Un soir, je me suis décidé à lui demander d’écrire la préface de l’ouvrage que j’envisageais, en lui disant que son soutien m’aiderait sûrement à mieux retrouver trace des auteurs. Je lui joignais un album de "Cheri-Bibi" publié par Dargaud en 1968 (un double, je ne me serais pas séparé d’un exemplaire unique). Quinze jours plus tard, il me répondait, par la lettre présentée ici [la lettre est en effet publiée dans ce bel album], en m’invitant à venir le voir. Le 17 novembre 1993, je passais un quart d’heure en tête à tête avec lui, dans son bureau, pour parler de "Cheri-Bibi"."
        Cet ouvrage nous apprend aussi que contrairement à ce que je croyais, le dessinateur Regino Bernad n’adaptait pas les romans de Gaston Leroux, mais dessinait pour des textes originaux que lui écrivait son fils (Alfred-Gaston).
        Quant aux déclarations légèrement éronnées de mon ami Hervé Cannet (dans un ouvrage que je connais bien puisque j’y ai largement contribué), elles ont permis la rencontre de ces deux tourangeaux (Cannet et Beyrand) car Alain a réagit à l’anecdote mal retransmise par Hervé : ils se sont bien entendus puisqu’ils ont publié ensemble, par la suite, un remarquable album sur le hollandais Marten Toonder. Voilà mon cher Didier, comme quoi, il faut toujours recouper ses sources (même si on ne les cite pas, pratique journalistique courante) : ceci dit, j’imagine que les nombreux fans de Bruel n’ont absolument rien à faire de ces précisions bibliographiques et bédéphiliques.
        Amitiés
        Gilles Ratier

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  • > Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »
    25 janvier 2006 09:51, par Ksahav

    « le regretté Claude Piéplu » à vous lire on dirait que Claude Piéplu est décédé !

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 25 janvier 2006 à  10:13 :

      Rassurez-vous, il ne l’est pas ! Mais, à la retraite (il l’a bien méritée), on ne le voit plus et on le regrette.

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  • > Angoulême 2006 : La bataille des « pipeules »
    25 janvier 2006 12:08, par arcqus

    Laurent Jalabert n’a jamais gagné le tour de France.
    Il a gagner des étapes, les maillots verts et à poids, mais jamais le jaune.

    Par contre, il a gagné le tour d’espagne.

    Cdt

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 25 janvier 2006 à  12:24 :

      C’est corrigé pour Jalabert. Merci et bravo pour votre perspicacité !

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  • Doit on parler de BD pour les "livres" des pipole ? C’est juste des produits dérivés comme des t-shirts... Est ce que cela pousse les gens vers la BD "d’auteur" ? Je ne suis pas certain...

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