Angoulême 2008 : Les prix de la BD et le « suffrage universel de la culture »

6 janvier 2008 18 commentaires
  • « Essentiels Fnac-SNCF », « Grand prix des lecteurs du Parisien/Aujourd’hui en France », « Prix 2008 de Libération »… Jamais les amateurs de BD n’ont été autant sollicités pour élire leur « BD favorite ». Un phénomène.
Angoulême 2008 : Les prix de la BD et le « suffrage universel de la culture »
Titeuf, lauréat du Prix des lecteurs du Parisien/Aujourd’hui en 2006
Ed. Glénat

« Élisez votre album préféré » invite le site du Festival d’Angoulême. «  Grâce à la fnac et à la SNCF, désignez la bande dessinée que vous souhaitez faire découvrir parmi la cinquantaine d’albums de la Sélection Officielle ! » « Pour faire votre choix, poursuit le site du concours, les livres de la Sélection officielle sont présentés non seulement sur ce site Internet mais aussi dans les magasins fnac, dans les gares et les trains SNCF. La bande dessinée qui obtiendra le plus grand nombre de suffrages figurera dans le Palmarès officiel du Festival d’Angoulême. Un Fauve Essentiel fnac-SNCF sera donc décerné en votre nom lors de la Cérémonie de remise des Prix du samedi 26 janvier 2008... » Une machinerie commerciale, on l’a compris, destinée à mettre en avant les quelque cinquante nominés des prix d’Angoulême, et bien évidemment deux parmi ses principaux sponsors.

Un principe dont nous avons déjà montré les limites dans un précédent article : une liste des nominés trop longue, relativement peu représentative de la production francophone et qui dépossède le jury d’Angoulême de l’un de ses principaux vecteurs de prescription, transformant le choix du jury en « vote-croupion ». Une sélection qui, outre le fait d’essuyer son lot de critiques, considère également comme portion congrue les 21 albums du « Prix jeunesse » qui ne font pas partie de la « Sélection officielle », allez savoir pourquoi !

Lucky Luke de Gerra et Achdé, lauréat du Prix des lecteurs du Parisien/Aujourd’hui en 2005
Ed. Lucky Productions

Par ailleurs, pour la troisième année consécutive, le quotidien national Le Parisien/Aujourd’hui en France sollicite ses lecteurs pour élire à l’occasion du Festival « votre BD préférée », en assortissant le concours d’un tirage au sort où les trois électeurs gagnants recevront soit leur poids en BD, soit une planche originale, soit 50 BD. La sélection, issue du choix de la rédaction, est relativement équilibrée. Elle porte sur vingt albums qui vont de Il était une fois en France de Nury et Vallée (Glénat) au Maître de Ballentrae d’Hyppolite (Denoël Graphic), en passant par Thorgal de Rosinski et Sente (Lombard), ou encore RG de Dragon et Peeters (Bayou/Gallimard). Les lauréats des deux précédents concours étaient en 2005 Lucky Luke de Gerra et Achdé (Dargaud) et, en 2006, le Titeuf de Zep (Glénat).

Enfin, c’est au tour de Libération d’imiter son confère qui propose au suffrage de ses lecteurs une sélection de 10 albums apparaissant, sur son principe, comme une redite de la sélection officielle d’Angoulême, avec tous les inconvénients qui en découlent. Le jury de présélection composé de journalistes de Libé, était présidé par Jean Giraud alias Moebius.

Il n’est pas jusqu’à Livres Hebdo, le journal professionnel de la librairie qui ne sollicite ses internautes pour leur demander si « La fin de XIII » était ou non « l’événement le plus marquant de l’année 2007 ».

« Le suffrage universel de la culture »

Le terme est de l’historien Pascal Ory qui l’utilise (avec un zeste d’ironie, je suppose) en parlant de René Goscinny, dans la récente biographie qu’il lui a consacrée : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes, comme on dit en démocratie. Il y a un suffrage universel de la culture et il est sans appel. » [1] Sans appel pour Goscinny et ses complices, en tout cas : succès de bande dessinée avec Astérix, Lucky Luke, Iznogoud…, succès littéraire avec Le petit Nicolas, succès cinématographique avec Astérix encore, succès de presse avec Pilote. Il n’y a effectivement pas de « suffrage » plus universel que le nombre d’exemplaires vendus pour mesurer la popularité d’un auteur ou d’une série. À cette aune, derrière « le roi René », une aristocratie des meilleures ventes apparaîtrait rapidement : les grands-ducs Uderzo, Van Hamme, Cauvin et Zep, les (bons) comtes Midam, Tome & Janry et Arleston, quelques barons comme Tardi, Bourgeon ou Dufaux, et les petits marquis du genre Joann Sfar et Lewis Trondheim. Inutile de dire que les Crumb, les Munoz, les Goossens et autres Eisner passent, à leurs côtés, pour des culs-terreux.

NonNon Bâ de de Shigeru Mizuki, Essentiel du meilleur album à Angoulême 2007. Essentiel, vraiment ?
Ed. Cornélius

Schumpeter avait déjà souligné la contradiction entre l’économie et la démocratie [2]. On peut faire le même constat en ce qui concerne la bande dessinée : entre l’élu des lecteurs du Parisien/Aujourd’hui de 2005 (le Lucky Luke de Gerra et Achdé) et celui de 2006 (le Titeuf de Zep), les lecteurs n’ont pas fait la différence entre un erzatz et un original. De la même façon, la plupart des appels au public pour choisir une œuvre dans une sélection ont abouti, bien naturellement, à l’élection d’un titre déjà notoire. En réalité, ce type d’élection est parfaitement narcissique. Il consiste à inviter le public à s’auto-congratuler sur ses choix et aux supports de ces concours de lui dire : « Vous voyez, nous vous comprenons, nous avons les mêmes goûts que vous. Vous avez bien raison d’être notre client ». Cela a du sens pour les communicants de ces entreprises qui y voient là une occasion de faire du « marketing viral », mais cela n’a aucun sens pour le public, sauf sans doute pour le gagnant qui va emporter « son poids en album », surtout s’il a le physique d’Obélix.

Symboliquement, la portée de ce genre de prix est à notre avis assez désastreuse. Un palmarès, c’est un choix. Autoritaire, prescripteur. Son critère majeur, c’est sa crédibilité. Celle-ci ne se gagne que sur une sélection cohérente, réfléchie, incontestable. Cela ne nous semble pas être le cas de la sélection d’Angoulême aujourd’hui. La multiplication de ces suffrages chaque année au mois de janvier traduit à la fois l’immense popularité du Festival, ce dont nous nous réjouissons, mais aussi, c’est indéniable, une forme de contestation vis-à-vis de son palmarès. Les communicants de Libé et du Parisien/Aujourd’hui l’ont bien compris. La direction du Festival ferait bien d’en tirer la leçon.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême
Du 24 au 27 janvier 2008
Réservation et renseignement sur le site du Festival

[1Pascal Ory, Goscinny – La Liberté d’en rire, Perrin, Paris 2007, page 9.

[2Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Petite bibliothèque Payot, no 55.

 
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18 Messages :
  • Quand allez-vous publier votre liste des incontournables de l’année, vous ActuaBD ? Ce serait intéressant de vous positionner clairement, parce que là on a du mal à savoir pourquoi telle ou telle liste est bonne ou mauvaise...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 janvier 2008 à  18:56 :

      Quand ActuaBD se décidera à mettre en place son propre prix, pourquoi pas ?, nous vous tiendrons au courant, bien sûr.

      Mais avant cela, nous réfléchirons un peu sur la méthode de catégorisation et sur les raisons d’être d’une telle nomenclature.

      À vous lire, on dirait que les prix d’Angoulême sont coulés en force de loi et qu’ils ne peuvent pas être remis en question.

      Ou alors votre réactivité est-elle due à votre implication dans les différents prix critiqués ci-dessus ?

      Nous considérons que la plus grande récompense pour la BD en France n’est pas adaptée à son statut, qu’elle mérite d’être réformée.

      Au cas où vous ne l’auriez pas perçu, ActuaBD est une tribune d’opinion, pas une caisse d’enregistrement des communiqués de presse du festival ou des entreprises qui ont pris l’initiative de ces opérations de communication.

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      • Répondu par deniel le 7 janvier 2008 à  17:05 :

        Quand allez-vous publier votre liste des incontournables de l’année, vous ActuaBD ? Ce serait intéressant de vous positionner clairement, parce que là on a du mal à savoir pourquoi telle ou telle liste est bonne ou mauvaise...

        [ Répondre à ce message ]

        Angoulême 2008 : Les prix de la BD et le « suffrage universel de la culture »
        6 janvier 2008, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

        Quand ActuaBD se décidera à mettre en place son propre prix, pourquoi pas ?, nous vous tiendrons au courant, bien sûr.

        Mais avant cela, nous réfléchirons un peu sur la méthode de catégorisation et sur les raisons d’être d’une telle nomenclature.

        À vous lire, on dirait que les prix d’Angoulême sont coulés en force de loi et qu’ils ne peuvent pas être remis en question.

        Ou alors votre réactivité est-elle due à votre implication dans les différents prix critiqués ci-dessus ?

        Nous considérons que la plus grande récompense pour la BD en France n’est pas adaptée à son statut, qu’elle mérite d’être réformée.

        Au cas où vous ne l’auriez pas perçu, ActuaBD est une tribune d’opinion, pas une caisse d’enregistrement des communiqués de presse du festival ou des entreprises qui ont pris l’initiative de ces opérations de communication.

        bonjour

        que le message anonyme que je cite en premier vous amene aux deux interrogations mises en gras ne manque pas de m’etonner.
        de plus pourquoi envisager des categories alors meme que vous regrettez par exemple la categorie jeunesse dissociée par le jury d’angouleme

        je ne maitrise pas la mise en page du site donc j’ai bricolé

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 7 janvier 2008 à  21:54 :

          que le message anonyme que je cite en premier vous amene aux deux interrogations mises en gras ne manque pas de m’etonner. de plus pourquoi envisager des categories alors meme que vous regrettez par exemple la categorie jeunesse dissociée par le jury d’angouleme

          Vous vous mèprenez complètement. Je suis POUR la catégorisation qui a été abandonnée par la dernière nomenclature des prix d’Angoulême. Cet abandon qui devait résoudre le pensum du palmarès trop long cause plus de problèmes qu’il n’en résoud.

          Quant à la question du Prix jeunesse, oui, je trouve illogique qu’il n’apparaisse pas dans la "sélection officielle" et qu’il ne profite donc pas de la mise en avant réservée aux autres albums. Or, cette liste-là a bien plus de chance de rencontrer un public que l’autre.

          Enfin, à ceux qui attendent "des listes", sachez que ce n’est pas une pratique en usage chez nous aujourd’hui. Quand nous ferons un prix, nous y penserons.

          je ne maitrise pas la mise en page du site donc j’ai bricolé

          En écrivant ’quote’ en début de citation ’/quote’ en fin de citation mis entre <> dans les deux cas, vous devriez y arriver.

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          • Répondu le 8 janvier 2008 à  09:20 :

            bonjour
            le palmares n’est pas constitué des 50 albums sauf nouvelle erreur de ma part
            mais c’est dans cette liste que va etre puisée les "indispensables"
            je suis toujours étonné sinon

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  • Oui, bonne idée, surtout que la liste de Actua BD serait sans doute assez éclectique et ouverte ; par ailleurs, petite rectification, je vous signale que Giraud n’était pas le président du jury du prix de Libération, mais le journaliste Max Armanet ; ceci étant, nul doute que l’avis de Moebius aura compté !
    http://prixbd2008.liberation.fr/

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 janvier 2008 à  18:45 :

      Il est quand même qualifié comme "hôte d’honneur" et son intervention trône sur trois colonnes en gros caractère sur la page de Libération, contrairement au "président" Armanet.

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  • J’ai du mal à imaginer un système de présélection parfaitement honnête... Il y aura toujours une orientation basée sur les priorités du créateur du prix.

    Quant à la valeur d’un prix populaire, pour éviter l’effet "auto-congratulation du public", on pourrait toujours instaurer une pondération sur les chiffres de vente (ou au pire sur les tirages). Du genre :

    vote pondéré = nombre de votes / nombre d’albums vendus

    ...mais il y aura toujours un soucis quelque part. Ne serait-ce que sur la visibilité de ces oeuvres (efforts marketing, buzz critiques, etc...) ou sur la nature des électeurs eux-mêmes (gros lecteurs plus que véritable grand-public) ou même sur la triche (il suffirait de peu de lobbying sur une oeuvre à petit tirage pour qu’elle soit artificiellement "plébiscitée" et on peut être sûr que certains n’y manqueraient pas ;-)

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  • Nonnonbâ, totalement essentiel.
    7 janvier 2008 23:02, par Jérôme quenelle

    Vous sous-entendez que Nonnonbâ ne méritait pas le prix qu’il a reçu. C’est à se demander si vous l’avez lu. En ce qui me concerne, c’est LA révélation de l’année dernière, et je la dois à mon libraire qui m’a conseillé le livre avant son succès. Comment peut-on regretter que ce chef d’œuvre ait été honoré ? D’autant plus que ça a fait connaître un auteur formidable à des lecteurs qui n’en auraient sans doute pas entendu parler autrement... Vous en voulez apparemment à Angoulême, mais je trouve dommage que votre remarque partisane s’exerce au dépend de ce livre merveilleux. Enfin, c’était peut-être de l’humour, mais c’est quand même dommage.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 janvier 2008 à  07:46 :

      Je vous renvoie à notre article concernant les prix de l’année dernière et à la chronique qu’Arnaud Claes avait écrite sur cet album dans nos pages.

      Que cet album soit "l’Essentiel de l’année", oui, ça pose question, non sur sa valeur intrinsèque, mais sur sa représentativité, dans la mesure où l’on estime que le Palmarès doit être un reflet de la créativité de la bande dessinée en France.

      De là à dire que cet album est nul, ce serait faire preuve de... mauvais goût !

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      • Répondu le 8 janvier 2008 à  08:17 :

        C’est le festival INTERNATIONAL de la BD pas les FRANCOPHONIES de la BD...

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 janvier 2008 à  08:52 :

          dans la mesure où l’on estime que le Palmarès doit être un reflet de la créativité de la bande dessinée en France.

          Je ne parlais pas de la production purement francophone. La créativité peut aussi se révéler dans le choix des œuvres traduites, là n’est pas la question.

          La question qui est posée porte sur la représentativité, ou plus exactement sur le symbole que porte ce choix qui distingue, je vous le rappelle, un titre comme L’Essentiel de l’année. Or, il s’agit d’une œuvre déjà datée et dont le rayonnement international reste limité.

          Je me contente de poser la question, excusez-moi de vous bousculer dans vos certitudes.

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          • Répondu le 8 janvier 2008 à  13:15 :

            Je ne parlais pas de la production purement francophone. La créativité peut aussi se révéler dans le choix des œuvres traduites, là n’est pas la question.

            Là, c’est clair.

            La question qui est posée porte sur la représentativité, ou plus exactement sur le symbole que porte ce choix qui distingue, je vous le rappelle, un titre comme L’Essentiel de l’année.

            "L’Essentiel de l’année" ne serait-ce pas le genre d’équation impossible à résoudre compte tenu de la surproduction tant par sa quantité que par sa diversité ?
            Même en revenant à plusieurs catégories designées autrement que telles que désignées avant 2007 (parce qu’il y avait des catégories absurdes tout de même), est-il encore possible de retenir LE livre le plus représentatif ou symbolique de la production annuelle et cela dans une même catégorie ?

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            • Répondu par Stéphanie Bernard le 11 janvier 2008 à  11:08 :

              Désolé mais je ne vois pas en vertu de quoi l’essentiel du meilleur album devrait être représentatif de l’ensemble de la production. Pourquoi, le jury ne pourait-il pas primé un véritable OVNI (ce qui est d’ailleurs loin d’être le cas de NonNonBâ) s’il juge en son âme et conscience qu’il s’agit du meilleur album de l’année ? Alors, bien sur on aurait pu en désigner un autre tout aussi pertinent mais au moins voilà un grand livre qui, entre autre grâce à ce prix, aura trouvé son public. Je ne suis absolument pas convaincue que primer des produits "middle of the road" ouvrira la bande dessinée à de nouveaux publics. En revanche, "NonNonBâ" est précisément un livre qui est susceptible de toucher des personnes qui ne lisent pas ou de peu de bandes dessinées et qui retrouvent dans ce livre une approche, une sensibilité, des thématiques comparable à ce qu’ils ont pu apprécier au cinéma ou en littérature.

              Hiostoire qu’on y voit un peu plus clair, ce serait sympa, Monsieur Pasamonik, si vous pouviez nous dire quel(s) livre(s), représentatif(s) de la production en france, aurai(en)t, selon vous, mérité(s)d’être primé(s) à la place de "NonNonBâ". Allez, lancez-vous !

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  • Plus j’explore les forums de bd, plus je me rend compte que c’est un petit monde de réac souvent frustré… Pour mon petit neveu de 5 ans, la bd essentielle c’est Oui-Oui. A chacun ses lectures.

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    • Répondu par sweetbullet le 10 janvier 2008 à  20:38 :

      ah mais non , on est heureux :)

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    • Répondu par Sergio Salma le 11 janvier 2008 à  19:44 :

      En réponse à Sugargloves, je voudrais me faire l’avocat du diable.
      C’est vrai que , corporatisme et idées reçues aidant, le petit monde des lecteurs de bandes dessinées fait souvent montre d’une sévérité froide.

      je me rends compte que ce n’est pas propre à ce microcosme-là. Il s’agit en réalité de passionnés. Et qui dit passion dit territoire protégé avec ses miradors fictifs, ses outrances et ses rejets.

      Ceux qui écrivent sur les forums sont évidemment les plus virulents puisqu’ils vont jusqu’à prendre de leur temps pour exprimer leur point de vue.

      Que ce soit au sujet d’un palmarès, d’une distinction, de nouveaux venus, auteurs ou éditeurs, les observateurs passionnés auront la dent dure. Mais courez sur les sites d’amateurs de voitures anciennes, ou bien encore de philatélistes, de cinéphiles, de collectionneurs de bibelots, d’armes antiques, de parfums ou tout ce qui peut être gardé, empilé, compulsé, admiré, vous verrez que là aussi l’excès est de mise, l’a priori une loi et le jeu de massacre un sport. ça en fait des listes d’individus qui se damnent pour leur lubie, leur hobby ou leur violon d’Ingres. A eux souvent, il est difficile de proposer un point de vue extérieur qui remettrait en cause les fondements de leur raisonnement.

      Ils ont tous en commun une maladive ( mais tellement humaine) propension à croire que toutes ces choses leur rendent la vie plus belle. C’est en partie vrai. Ces passions les accompagnent, les nourrissent, les construisent ; ils se sont constitué une collection , un passé , une histoire qui leur permettent d’affiner leur relation au monde. C’est important, vital.

      Ils sont impatients de retrouver leurs auteurs favoris, impatients d’assister à des réunions, des discussions où ils seront en présence de leurs semblables, ils seront joyeux, parfois fâchés ( qui aime bien châtille bien) et tout ça ressemble souvent à une fête.

      Avec le genre de raisonnement que vous vous infligez( mon neveu aime Oui-oui, rien n’est important, tout le monde a raison ) c’est toute la culture que vous remettez en question. Non pas qu’on sente chez vous des relents totalitaires , mais ça voudrait dire que toute discussion est inutile ; qu’on ne peut opposer ses goûts à ceux des autres, qu’on ne peut débattre d’un courant, d’une esthétique. Or, les goûts et les couleurs ça se discute justement , contrairement à l’idée reçue. C’est même tout l’intérêt de la vie artistique. On peut être sévère ou indulgent, conquis ou rétif, c’est un plaisir suprême que d’observer ce qui se fait, s’écrit, se dessine. ça voudrait dire aussi qu’on n’évolue guère ; or , votre neveu un jour aimera moins Oui-Oui et se passionnera (j’espère pour lui) pour autre chose. Vous-même, ce que vous appréciez aujourd’hui risque de vous tomber des yeux demain et votre intérêt se déplacera.

      C’est dommage de ne voir chez vos contemporains que le mauvais côté. Croyez plutôt à leur bonne foi, à leurs aspirations positives et au plaisir qu’ils ressentent. Ne soyez pas énervé en les taxant de tristes sires réactionnaires et frileux, car en ayant ce réflexe misanthrope, c’est vous qui vous aigrissez avant l’heure.

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    • Répondu par Sergio Salma le 11 janvier 2008 à  19:48 :

      Suragloves, pardon

      si l’administrateur du site, le surveillant général, le réceptionnaire de mon message précédent pouvait corriger le nom de celui à qui je me permets d’envoyer une bafouille ce serait gentil merci tout plein

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