Angoulême 2009 : Le 36ème Festival d’Angoulême vient d’ouvrir ses portes, hélas ?

29 janvier 2009 16 commentaires
  • Inauguration hier soir du 36ème Festival international de la bande dessinée à Angoulême. En dépit des difficultés apportées notamment par la grève du 29 janvier, en dépit des ronchonnements de certains acteurs de la profession, la manifestation angoumoisine reste l’incontournable évènement de la bande dessinée en début de cette année.

L’évènement mérite d’être signalé. Dans son numéro du 28 janvier 2009 [N°3694], l’hebdomadaire Spirou titre : « Tous en scène pour Angoulême ». Une manchette précise : « Spécial Angoulême ! ». On revient de loin. Souvenez-vous : en 1987, Jean Van Hamme alors directeur général de Dupuis décidait de ne plus revenir à Angoulême. Pendant 17 ans, l’éditeur belge allait bouder dans son coin, faisant l’économie d’une manifestation qu’il jugeait désormais inutile.

Une erreur stratégique

Quand Média-Participations racheta l’entreprise en 2004, la holding franco-belge décida de revenir sur cette décision. Peut-être avait-elle pris la mesure de l’importance d’Angoulême. Pendant 17 ans, Dupuis est un peu passé à côté de l’histoire : elle n’a pas vu venir l’émergence des mangas, ni des courants majeurs de la bande dessinée contemporaine comme l’Heroïc Fantasy dans lesquels se sont engouffrés des outsiders comme Delcourt et Soleil, ou encore cette « nouvelle bande dessinée » qui émergea dans les années 1990. Il y a pire : pendant 17 ans, elle coupa ses auteurs et ses cadres de la culture de la bande dessinée du moment, interdisant la nécessaire prise de conscience des mutations du métier et laissant libre cours à ses concurrents d’en occuper la place.

Angoulême 2009 : Le 36ème Festival d'Angoulême vient d'ouvrir ses portes, hélas ?
Inauguration hier soir (de g. à dr.) : Gilles Ciment, directeur du Centre International de la Bande Dessinée et de l’Image, Frédéric Sardin, représentant le président du conseil général (département), M. Michel Boutant, Philippe Lavaud, le maire d’Angoulême et François Burdeyron, l’éloquent préfet de la Charente
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Philippe Lavaud, maire d’Angoulême et Benoit Mouchart, directeur artistique du Festival
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Un festival en permanence sous le feu de la critique

Angoulême, hélas ! Car telle est cette manifestation : une réunion d’un millier d’auteurs, et autant de professionnels et/ou journalistes venus du monde entier pour humer les tendances. C’est pourquoi les orientations parfois élitistes, parfois irrationnelles et (malheureusement) illisibles du Festival, traduisant une absence de réelle vision (car il faut bien dire que le Festival a aussi raté le train des mangas et continue à mépriser cette norme mondiale qu’est l’Heroïc Fantasy, de même qu’une « culture jeune » en général) conservent les mêmes griefs qu’a pu lui reprocher Van Hamme il y a 25 ans. Angoulême est soit à la traîne (exposition Mizuki), soit déphasé et illisible (concerts de bande dessinée) et s’ingénie à passer à côté des grandes valeurs populaires qui pourtant ont besoin de cette vitrine exceptionnelle pour se développer à l’international, seul terrain où son audience peut croître désormais. Une direction artistique qui écarte, dans sa sélection notamment, des pans entiers de la création d’aujourd’hui.

Tot, l’éditeur d’Ankama, le wonder-boy du cross média français, le résume bien dans une interview qu’il nous a accordée récemment : « Je ne vais pas à Angoulême. Je n’ai rien contre le festival, je trouve juste que le milieu français de la BD manque cruellement d’ouverture d’esprit. Et pour moi, le festival d’Angoulême représente cela. Si je viens à Angoulême, je vais me faire défoncer, mes auteurs y ont déjà eu droit : "C’est de la merde, ce que vous faites. Ce n’est pas de la BD." Je pense que nous sommes dans un virage chez Ankama, il y a une demande des fans, nous voyons le succès du manga, de la japanimation, du comics en France, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas mélanger les styles et sortir des albums étranges, spéciaux, avec des différences de papier, moitié noir et blanc et moitié couleur, bref, faire des expériences. Je pense que les gens attendent beaucoup cela.  »

Francis Groux, président et fondateur du Festival hier soir dans les expositions
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’abominable dédicace

Angoulême, hélas, et Spirou le prouve une nouvelle fois, pour les auteurs. En page 2 du magazine, l’hebdomadaire de Marcinelle publie une page de Lewis Trondheim. Une fois de plus, l’exécuteur testamentaire de la nouvelle BD s’essuie les espadrilles sur les collectionneurs de dédicace mettant en évidence leur manque de classe et leur vulgarité, et surtout l’ignominie de la gratuité de la prestation. Pour la plupart des auteurs, la dédicace est vécue comme une corvée. Pourquoi venir alors ? Parce qu’on le doit bien, hélas. Heureusement, le magazine est vendu avec un petit manuel du « gentil chasseur de dédicace », un opuscule intelligent et souriant comme Sergio Salma en a le secret.

Nous, nous sommes là parce que nous croyons que l’histoire d’Angoulême est faite de ces moments, ces prises de position péremptoires et de ces ronchonnements. Dans la cité charentaise, les directeurs de festival passent, la bande dessinée reste.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Jusque Dimanche 1er février 2009.

 
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16 Messages :
  • « elle n’a pas vu venir l’émergence des mangas »

    … n’a pas souhaité contribuer au déferlement du manga… serait plus exact, pour ce que j’en sait.

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    • Répondu le 4 février 2009 à  12:12 :

      Le manga a été brillamment mis à l’honneur pendant le dernier festival d’Angoulême.
      Une magnifique exposition consacrée à Mizuki, des tables rondes passionantes et accessibles même pour le néophyte, la venue d’un maître vivant Hiroshi Hirata dont les planches originales sont à couper le souffle, le dernier film de Miyazaki en avant première,la performance graphique de Murata Range, l’exposition de Kiriko Nananan au CNBDI...
      Pour ce qui est d’Ankama, la maison était belle et bien présente avec un stand, la performance graphique de Raf-chan, et une rencontre fort sympathique avec Souillon (Maliki).Un grand merci aux organisateurs du Manga Building !

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  • "Angoulême est déphasé et illisible (concerts de bande dessinée)"....

    pourriez-vous argumenter ce propos, j’avoue que je ne saisis pas bien : en quoi les concerts de bande dessinée sont déphasés et illisibles ?

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  • Mais d’où vient cet acharnement anti-Dupuis ?

    Cette maison d’édition n’est plus venue au festival d’Angoulême parce qu’existait à ce moment-là un fort mouvement "anti-classicisme". Comme toute révolution culturelle ou sociale, celle-ci connaît aujourd’hui un reflux (dont Actua-BD et Sergio Salma se font souvent l’écho) pour atteindre une moyenne qui installe chaque "familles" dans une nouvelle configuration ainsi stabilisée. Dupuis profite de ce reflux pour retrouver le chemin de la cité Angoumoise. Rien de plus logique.

    Il en est de même aujourd’hui avec la défiance des critiques envers le "para-manga" de ANKAMA (ainsi que les blogs). La profession s’en défie et a donc la dent dure. Mais cela ne durera que le temps nécessaire pour admettre certains changements.

    Quant à Trondheim, sa BD publiée dans Spirou n’est somme toute qu’un résumé de la charte de la dédicace qu’a lancée l’Association des Auteurs de BD, racontée d’une façon toute "spirouienne" sans xième degré, ce qui est très appréciable venant de lui.

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  • Bien d’accord avec cet article, il me semble que trés souvent, expos, nominations et prix ont été très complaisants vis-à vis de la nouvelle BD indé. Pourquoi pas, à la rigueur, en étant tolérant ? Mais alors pourquoi se vanter d’etre le premier festival BD européen ? Angoulême a beaucoup souffert du boycott des editions Dupuis qui en avaient MARRE de payer des stands une fortune sans jamais obtenir la moindre distinction. Je serai bien amusé que Soleil (les vilains trolls, hou !), Glénat (avec 1,8ME d’exemplaires, le dernier Titeuf n’a pas besoin d’etre encouragé), panini (des surhommes musclés costumés, apologie du machisme ou de l’homotitude latente !!), les éditeurs de mangas et de BD sexy (eux aussi rarement primés) s’abstenaient de sponsoriser cette manifestation.

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    • Répondu par Moynot le 30 janvier 2009 à  03:11 :

      Vos commentaires réactionnaires, monsieur Pincemoi, n’ont d’égal que la constance de votre aveuglement rétrograde. Au plaisir de ne plus vous lire.

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      • Répondu par Blob le 30 janvier 2009 à  10:53 :

        Pincemi est pas trop aveugle sur ce coup là : CF -> le petit prince "sfarien" prix jeunesse 2009 :D

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    • Répondu le 30 janvier 2009 à  03:52 :

      (des surhommes musclés costumés, apologie du machisme ou de l’homotitude latente !!)

      On le saura mon vieux Pincemi que vous vous êtes un homme à femmes, écumant les boites à partouzes, ça en devient suspect même...

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    • Répondu par malia le 30 janvier 2009 à  10:56 :

      Les gros éditeurs financent la manifestation et les petits empôchent les prix et sont applaudis. C’est comme ça dans tous les domaines. En france, tout ce qui marche ou est grand public est forcément de la daube et tout ce qui est underground est excellent. Tout n’est pas si simple et j’ai un peu le sentiment qu’Angoulême, ces derniers temps, s’est voulu le reflet de ce genre d’incongruités... On prend peut-être vite goût à la reconnaissance d’un certain public élitiste et d’une certaine presse qui a mis en évidence son "bon goût" à travers des auteurs de la "nouvelle" bd qui ne demandaient pas mieux.

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      • Répondu par Fun-R le 30 janvier 2009 à  11:51 :

        Bah, y a une justice, les ventes suivent rarement tous ces prix,
        auto-attribués, entre gens du même bobo-monde branchouillé !
        je me demande même, avec du recul, comment Titeuf a pu être président du FIBD en 2004 !

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    • Répondu par Jhon le 2 février 2009 à  16:58 :

      L’homotitude latente ? Voulez vous dires, cher Pincemi, que tous les fans de ce genre de BD devraient faire leur comin’out ?
      C’est aller vite en besogne !
      J’adore Buscema et Frazetta sans pourtant faire la Gay-pride !

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  • Dupuis est un peu passé à côté de l’histoire : elle n’a pas vu venir l’émergence ... ou encore cette « nouvelle bande dessinée » qui émergea dans les années 1990.

    Vous oubliez que Dupuis a publié le premier album de Blain, le réducteur de vitesse , et La fille du professeur, de Guibert et Sfar, de même que Trondheim a travaillé pour Spirou dans les années 90(Richard Mammouth) avant de faire les scénarios de Petit Père Noël, Larcenet a fait les scénarios de Pedro le coati et a dessiné des gags de Thiriet, bref, Dupuis n’était pas autant à la ramasse que vous le laissez entendre.

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    • Répondu le 30 janvier 2009 à  09:14 :

      Une question : Dupuis est l’éditeur de Poisson Pilote ?

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      • Répondu par peter le 31 janvier 2009 à  14:13 :

        J’espère que l’année prochaine le Festival ne va pas oublier de fêter l’anniversaire de l’évènement le plus important de la BD franco-belge, LES 50 ANS DU JOURNAL PILOTE, car comme le disait Boudjellal dans le spécial Mai 68 paru chez Soleil, "nous sommes tous des enfants de Pilote". Auteurs de biographies, créateurs de SF et d’heroïc-fantasy, adeptes de l’humour trash ou politique, membres de l’Association et du courant indie ... sans Pilote vous n’existeraient pas. Espérons la plus belle et la plus grande des expositions pour fêter la matrice originelle de la BD moderne, Pilote père de Fluide, d’A Suivre, de l’Echo, de Métal dont les influences se ressentent aussi bien dans les comics, les mangas, et même dans l’audiovisuel et le cinéma....

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  • C’est avant tout un rendez-vous qui est dédié à la Bande Dessinée ! Loin de moi l’idée de fustiger le manga, mais ce genre (qui est pour moi très loin de la BD) n’a rien à faire dans un festival qui est dédié au 9ème art !
    A la question de savoir si le festival est à la traine, surtout par rapport à l’H-F, je ne pense pas ! Ce genre tombe tout doucement en désuétude, je le constate régulièrement dans une activité de libraire spécialisé. Delcourt et Soleil en sont peut-être pour quelque chose, vu le nombre de retours sur des titres qui mettent en exergue l’Heroic-Fantasy. Au contraire, le festival avance, il ne reste pas prostré dans un style à l’avenir légèrement compromis. Le seul reproche que je puisse faire au festival, c’est de plébisciter de manière quasi systématique des albums issus des labels indépendants.

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    • Répondu le 31 janvier 2009 à  22:03 :

      je m’interroge...pourquoi le manga n’aurait rien à faire à Angouleme ???Si ce n’est pas de la bande dessinée, expliquez moi ce que c’est alors ????En quoi cela est il si different ?Le sens de lecture ?...Et si en plus vous etes libraire specialisé, j’ai le sentiment que vous êtes un tantinet à côté de la plaque, non ??à moins que par "libraire specialisé bd" vous entendez "vendeur de statuettes en resine" ?

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