Angoulême 2010 : L’exposition Fabrice Neaud, vue d’un œil rasséréné

6 février 2010 9 commentaires
  • L’hôtel Saint-Simon d’Angoulême a accueilli l’exposition Fabrice Neaud. Aux antipodes des polémiques suscitées par son degré d’implication dans l’« autofiction », son homosexualité revendiquée ou son rapport d’amour-haine à l’égard de sa ville d’adoption, examinons-la d’un œil rasséréné. Les travaux destinés à notre contemplation ou à provoquer nos réactions furent proposés par un artiste indéniablement original.
Angoulême 2010 : L'exposition Fabrice Neaud, vue d'un œil rasséréné
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Couverture du Journal T3, édition augmentée. © Fabrice Neaud & Ego comme X, 2010.

Fabrice Neaud se distingue par l’ampleur du travail autobiographique et d’introspection poursuivi depuis 1994 dans les quatre volumes de son Journal. Le tome 3, en rupture de stock depuis 2008, ressort prochainement (17 février), dans une nouvelle édition augmentée de 58 pages, publiée par Ego comme X, maison d’édition dont il a contribué à la fondation. Malgré l’avertissement de son éditeur, Loïc Néhou, avant d’entamer cette démarche, la radicalité que l’auteur-narrateur y met à dévoiler sans fard sa vie, celle de son entourage ou son homosexualité assumée, malgré un mâle être à tendance masochiste, lui vaut des difficultés relationnelles à Angoulême. Même si sa ville d’adoption n’est pas citée nommément, mais reconnaissable dans son œuvre. D’où l’intérêt qu’il y présente lors de ce festival 2010 une exposition, dont le dessinateur assurait lui-même le commissariat, susceptible de mieux faire connaître d’autres palettes de son talent.

Chez Fabrice Neaud, textes et couleurs aussi méritent l’attention

Sur deux niveaux, elle proposait de se familiariser avec des aspects plus divers de sa production. Si son Journal y est quand même valorisé, il s’agit notamment, avec raison, d’y célébrer ses trouvailles graphiques. Ses envolées surréalistes d’une séquence marquante de son tome 3 étant par ailleurs mises en exergue dans l’exposition Cent pour cent du Musée de la bande dessinée (Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’Image).

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Mise en parallèle de Fabrice Neaud et Hideji Oda à l’exposition Cent pour cent. Photo : © Florian Rubis, 2010.

Où l’une de ses planches est judicieusement placée en parallèle avec une autre, produite en hommage, par le mangaka Hideji Oda, auteur du remarquable Dispersion (Casterman/Sakka).

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Planche de l’exposition Cent pour cent du Journal T3, édition augmentée. © Fabrice Neaud & Ego comme X, 2010.

Plus loin à l’étage inférieur de l’exposition, une section compartimentée et dotée de rideaux, annoncée par un panneau avertisseur au titre plein d’humour, dévoile des œuvres au contenu sexuellement plus explicite.

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Avertissement explicite… Photo : © Florian Rubis, 2010.

Mais, davantage que leur aspect porno gay, leur choix étant sans doute en partie destiné à effaroucher le pudibond, retenons les dialogues savoureux qui les accompagnent parfois ou la qualité de certaines planches en couleurs.

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Des textes décapants. © Fabrice Neaud.

Celles-ci incitant à penser que leur créateur, davantage connu pour son travail en noir et blanc à la plume, devrait persévérer en la matière.

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Des couleurs chatoyantes… © Fabrice Neaud.

Tandis que, entre autres, un nouveau projet en cours, Les Transhumains, qui s’inscrit dans un contexte de réchauffement climatique autour des années 2030-2050, nous fait découvrir un Fabrice Neaud semblant vouloir s’évader du carcan de l’autobiographie. Sa science-fiction, graphiquement parlant, ferait même songer à… Katsuhiro Otomo ou à Enrico Marini, en partie son émule européen ! Toutefois, l’examen approfondi des planches ou l’inclusion de repentirs laisse apparaître de relatives déficiences dans le dessin. Comme ces visages de femmes aux traits parfois caricaturaux et pas toujours bien reconnaissables d’une case à l’autre sans des artifices, physiques ou vestimentaires, destinés à mieux les typifier.

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Les Transhumains (extrait) : les plus sectaires devront avaler la pilule d’un Neaud évoquant Otomo… © Fabrice Neaud.

Souriez, vous êtes peut-être filmés ! …

L’étage est pour une bonne part consacré aux obsessions de l’artiste. L’une d’entre elles se révèle photographique et dessinée, relative à son entichement pour les cathédrales gothiques, éléments primordiaux de sa cité idéale, Urstaadt. Sa reconstitution procède de carnets, visibles au niveau inférieur.

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Carnet dédié aux cathédrales gothiques. © Photo : © Florian Rubis, 2010.

Que l’on adhère ou pas à cette passion virtuelle pour les grands édifices à la Ludwig II, un dispositif particulier, installé dans un recoin stratégique, retient l’attention. Une caméra, inquisitrice ou pas (est-elle branchée ?), est braquée sur le visiteur, inclus dans son champ scrutateur à son corps défendant. Ce dernier est ainsi contraint, l’espace d’un instant, de partager la réflexion, voire le fardeau, d’un Fabrice Neaud obnubilé par son entreprise autobiographique et les complications qu’elle engendre du point de vue du droit à l’image et de ses limites…

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La caméra de l’intranquillité… Photo : © Florian Rubis, 2010.

(par Florian Rubis)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Fabrice Neaud (autoportrait, détail d’une bande dessinée de l’exposition) © Fabrice Neaud.

Exposition Fabrice Neaud.
Hôtel Saint-Simon, Angoulême, du 28 au 31 janvier 2010.

Fabrice Neaud, Journal T3, nouvelle édition revue et augmentée de 58 pages, publiée par Ego comme X, le 17 février 2010.

 
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9 Messages :
  • laisse apparaître de relatives déficiences dans le dessin. Comme ces visages de femmes aux traits parfois caricaturaux et pas toujours bien reconnaissables d’une case à l’autre sans des artifices, physiques ou vestimentaires, destinés à mieux les typifier.

    Voilà un reproche qu’on entend rarement mais qui peut être adressé à beaucoup de dessinateurs réalistes, et pas que pour les personnages féminins, les Jean Graton ou les Vance ont le même handicap, et que dire de J.Y Delitte dont tous les personnages ont rigoureusement le même visage, et même accessoirisés on les confond les uns les autres.

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    • Répondu par Michel Lebailly le 7 février 2010 à  09:27 :

      Graton est le premier à plaisanter à ce sujet. Mais, au moins dans son cas, est-ce une faiblesse technique ou une caractéristique essentielle de son style, qui contribue à en faire la personnalité et le charme ?

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      • Répondu par Oncle Francois le 7 février 2010 à  11:35 :

        Vous êtes mauvaise langue, Michel est brun et Steve blond (avec les cheveux en brosse), donc il est impossible de se tromper ! Pour le leader, en revanche, c’est vrai qu’il ressemble beaucoup à Michel !!

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        • Répondu le 7 février 2010 à  20:03 :

          Rrrr Rrrr Michel, Je suis ton père Rrrr Rrrr Rrrr

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          • Répondu par Oncle Francois le 7 février 2010 à  21:23 :

            C’est quoi ce Rrrr Rrrr ? le ronronnement d’un chat (ou d’une chatte, pour ne pas déplaire à Cornette) ou le vrombissement du moteur puissant d’une Formule 1 ?

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  • Où l’on constate que les dispositions prises à la CIBDI l’an dernier pour l’exposition Bitterkomix, qui avaient fait si grand bruit, ont été réitérées cette année par le Festival dans l’exposition Neaud sans provoquer aucune réaction des thuriféraires d’hier...

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    • Répondu par henri le 8 février 2010 à  23:53 :

      C’était de la part du cibdi que venaient ces "dispostions" l’an dernier, et non pas du festival qui si je me rappelle correctement c’était opposé à ces mêmes dspositions. Ici cette expo n’a je crois rien à voir avec le cibdi.
      cibdi, festival = pas la même chose.

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      • Répondu le 12 février 2010 à  17:19 :

        C’était pourtant les mêmes pancartes, avec le fauve... Donc bien du festival... Mais peu importe : scandale l’an dernier (cible : la cibdi), silence cette année (idem dans l’expo bd russe), cible possible : festival. Y aurait-il manipulation dans un cas, complaisance dans l’autre ? Bizarre, en tout cas...

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  • Merci pour ce récit de visite, qui me fait regretter de ne pas avoir fait le déplacement à Angoulème.

    Je n’ai pas été surpris par votre remarque sur la (piètre) qualité graphique des personnages féminins des transhumains : dans une interview ancienne sur le net FN annonçait son projet de bd de SF, et son souhait d’en confier le dessin à un collaborateur, par manque de goût pour le labeur...

    Plus sérieusement, beaucoup d’auteurs de BD ne savent dessiner qu’une seule femme (leur idéal ?), voyez Juilliard, ou Gibrat, dont les albums comme les portfolios montrent le ressassement des mêmes traits érotisés. FN fait de même dans son journal, mais est plutôt sur les stéréotypes masculins...

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