Angoulême 2011 : Questions autour de la reconduction du contrat triennal entre la Ville et le Festival

16 juillet 2010 0 commentaire
  • Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du Livre de Paris écrit au maire d’Angoulême. En cause, l’attribution d’un contrat à 9eart + qui serait fait sans appel d’offre préalable.
Angoulême 2011 : Questions autour de la reconduction du contrat triennal entre la Ville et le Festival
Bertrand Morisset, candidat à la direction du Festival d’Angoulême ?
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

On l’apprend par le quotidien régional Sud Ouest, qui parle d’une « nouvelle menace » sur le Festival : Bertrand Morisset, patron de la société Tome 2 spécialisée dans l’organisation d’événementiels, commissaire général du Salon du Livre de Paris, a écrit au maire d’Angoulême Philippe Lavaud pour s’étonner que l’organisation du Festival d’Angoulême, attribuée à la société 9ème art + dirigée par Frank Bondoux, n’ait pas fait l’objet d’un appel d’offre préalable, dérogeant ainsi à une « règle républicaine de base » pour l’attribution d’un marché public.

Un contrat de dix ans

On se souvient qu’en 2007, l’ancien patron du festival, Jean–Marc Thévenet, avait été brutalement mis à pied en raison d’autres activités susceptibles de conflit d’intérêt avec sa fonction de Directeur Général du Festival. Dans l’imbroglio qui s’ensuivit, l’association du Festival a décidé de ne pas reconduire son habituelle organisation appuyée sur une équipe de permanents dirigée par un Directeur Général et par le Président de l’association, mais d’en externaliser la fonction en la confiant à la société parisienne 9eArt + de Frank Bondoux qui reprit au passage à sa charge le personnel permanent du Festival.

« En choisissant de confier à un nouvel opérateur, « une société privée à vocation culturelle et but non lucratif », dirigée par Franck Bondoux, […] pour une durée apprend-t-on de dix ans,, écrivions-nous sur ActuaBD en septembre 2007, l’association assume une décision lourde de conséquences : sur cette structure et elle seule reposera la responsabilité de développement du Festival. Suivant quelle stratégie, avec quels objectifs ? » La question reste posée.

Dix ans ! La procédure en a choqué plus d’un, en particulier la Mairie et le Conseil Général, pourtant principaux bailleurs de fonds du Festival, qui auraient préféré que le Festival s’intègre dans l’EPCC qui regroupe toutes les autres entités angoumoisines de la BD comme le Musée de la BD ou la Maison des auteurs, par exemple. Il faut dire que Frank Bondoux avait des arguments : engagé par Jean-Marc Thévenet pour trouver des sponsors au Festival, il amenait dans sa besace la FNAC et la SNCF. On notera d’ailleurs cette curiosité : l’ancien PDG de la FNAC, Denis Oliviennes, devenu ensuite le patron du Nouvel Observateur, a pris la présidence de l’Association du Festival de la BD d’Angoulême. À ce propos aussi, les interrogations ne manquent pas...

Philippe Lavaud, maire d’Angoulême, Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et Frank Bondoux, délégué général du Festival,en janvier dernier. Un nouveau contrat avec le Ministère de la Culture ?
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

« Péché originel »

Le contrat entre l’association du Festival et 9e Art + est un peu le « péché originel » à la source de toutes les tensions entre la Ville d’Angoulême et le Festival, mais aussi entre ce dernier et Gilles Ciment, le directeur général de la Cité de la Bande Dessinée et de l’Image. Certains déplorent en effet une collaboration « a minima » entre le Festival et la Cité, alors que de lourds investissements ont été consentis localement par le Conseil Général. En clair, il est reproché à L’Association du Festival de brûler les subventions publiques depuis près de 37 ans sans qu’aucune infrastructure ne soit jamais restée pérenne.

De son côté, Bertrand Morisset n’est pas un inconnu dans le monde de la BD. Il avait été à l’initiative du Premier Salon de la BD à Paris en 2003, jetant l’éponge au bout de trois ans. Il avait ensuite été la cheville ouvrière de la Fête de la BD, elle aussi abandonnée, n’ayant pas fait l’unanimité, pour prendre enfin en charge l’organisation du Salon du Livre de Paris où la BD a été particulièrement dynamisée depuis son arrivée. Ce dernier prétend « ne pas être candidat » à une reprise de la gestion du Festival. Mais il reste en embuscade. Sinon pourquoi aurait-il demandé au maire de le « tenir informé » ? Comment se fait-il, par ailleurs, que ressort la polémique sur la fréquentation du Festival, de l’ordre de 200.000 visiteurs selon ses organisateurs, sans que ce chiffre ait jamais été justifié par un organisme indépendant, tandis que le Salon du Livre ou Japan Expo l’ont fait eux, très régulièrement ? « Or, ces chiffres servent de baromètre pour fixer les prix des stands dans tous les salons de France  » souligne Sud-Ouest.

Frédéric Mitterrand lors du dernier festival. Un ministre de la République récompensé. Du jamais vu à Angoulême !
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Rivalités politiques

Morisset pointe avec pertinence le contrat triennal que la Ville s’apprête à resigner pour trois nouvelles années avec l’opérateur du Festival. Il n’aurait pas fait l’objet d’un appel d’offre, affirme-t-il. Cette question met le maire dans l’embarras. Il s’en remet à une « jurisprudence Burdeyron », du nom de l’ancien préfet de Charente (rappelons que le préfet est garant administratif des intérêts de l’état dans une région) : « Et cela grâce à une note émise par les services du ministère de l’Intérieur. Son argument était que la convention liait Neuvième Art +, la Ville mais aussi l’association du FIBD, propriétaire du festival » témoigne-t-il à Sud-Ouest, tout en semblant regretter ce choix fait à l’époque.

En filigrane, il y a une sourde rivalité entre la Ville et la Région dirigés par des Socialistes et l’Etat dont le Ministère de la Culture, également pourvoyeur de fond du Festival, manifestait spectaculairement sa présence lors de sa dernière édition, le ministre Frédéric Mitterrand recevant un « Essentiel d’honneur » au grand étonnement de tous les artistes présents.

Là encore, le geste a été critiqué : on n’a jamais vu en effet un ministre de la culture en titre recevoir un Molière ou un César d’honneur…

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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