Angoulême 2019 : Mais où donc est passé le Prix du Public ?

26 novembre 2018 9 commentaires
  • La semaine dernière, nous vous donnions un aperçu des nominés de la compétition officielle du Festival International de la BD d’Angoulême. Une sélection aussitôt qualifiée de « Bobo-Télérama » par certains, d'aucun considérant que la BD commerciale est déjà récompensée par ses succès. Mais peu ont constaté la disparition du « Prix du public », ce qui pourtant renforce l’impression d’une orientation de palmarès de plus en plus pointue.

Du côté du FIBD, on nous explique que le prix est suspendu à l’arrivée d’un nouveau sponsor. On peut comprendre que la manifestation angoumoisine ne s’est pas vantée de l’arrêt de son partenariat avec les librairies Cultura.

Recherche sponsors désespérément...

Quant à la FNAC, elle a relancé son propre prix BD en y associant France Inter, avec un retour à Angoulême ? L’avenir le dira. En attendant, le message induit par cette situation conforte l’idée d’un palmarès déconnecté avec un public de lecteurs le plus large possible, ce qui était le but de ce « Prix du public » successivement baptisé quand il avait des sponsors « Essentiel FNAC-SNCF », puis « Fauve FNAC-SNCF Prix du public » puis « Prix du public Cultura » en 2013.

Angoulême 2019 : Mais où donc est passé le Prix du Public ?

Dès sa création en 2003, de grands auteurs qui font l’Histoire de la bande dessinée contemporaine l’ont reçu, venant compenser une sélection souvent expérimentale : Jean Van Hamme, Régis Loisel, Jacques Tardi, Grzegorz Rosinski, François Bourgeon, Catel Muller, Étienne Davodeau, Marion Montaigne, Zep, Julie Maroh, Cyril Pedrosa,.... Auraient-ils été distingués à défaut ? Rien n’est moins sûr !

Contradictions

Le FIBD vous répond que la programmation (dont nous vous reparlerons en détail) n’a rien d’élitiste : Batman, Manara, Tom Tom et Nana, Boule & Bill, un quartier jeunesse… Voire, y compris dans sa diversification : comics, mangas, labels indépendants…, le FIBD accumule les niches et manque furieusement de têtes d’affiche qui parlent aux non-lecteurs ou aux lecteurs occasionnels de bande dessinée.

« Accroître l’éclectisme et la transversalité, construire un répertoire d’outil critique, devenir une place de célébration festive et de business, au service de l’un des médiums les plus fédérateurs du XXIe siècle naissant, voilà le programme du Festival à l’orée de ses 50 ans » déclarait Stéphane Beaujean lors de la conférence de presse. Au-delà des mots, la bande dessinée commerciale « qui-n’-pas-besoin-d’être-soutenue… », cette bande dessinée ne constitue-t-elle pas des produits d’appel en direction d’un public non-initié ?

Certains éditeurs, comme Bamboo, un groupe qui vient de racheter Fluide Glacial, n’ont pas de mots assez durs envers le FIBD dont ils ressentent -à tort peut-être- qu’il rejette complètement leur production. Le Lombard ou Delcourt, qui n’ont qu’un seul titre dans la sélection cette année, font eux aussi la grimace…

Bolchoi Arena de Boulet et Aseyn, seul titre Delcourt sélectionné à Angoulême
© Delcourt

« Oui, la force de l’événement reste celle, irremplaçable, de la véritable rencontre entre tous, nous explique Franck Bondoux dans le même dossier de presse. Oui, la dimension culturelle reste attractive et c’est le fondement du Festival d’Angoulême. Cependant, les conditions qui président à la participation et aux échanges attenants à son organisation ne resteront pas les mêmes. Elles ne le sont déjà plus. Le Festival doit muter. » On ne le lui fait pas dire…

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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9 Messages :
  • en même temps, tous les ans, les modalités d’attribution du prix changeait parce que, chaque année, il y avait débat sur la manière dont la consultation du public était faite.

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  • Que savez-vous des auteurs qui pourraient plaire aux non-lecteurs ou aux lecteurs occasionnels de bande dessinée ? Le succès de Marjane Satrapi ou de Ryad Satouf, deux auteurs bobo-Télérame comme vous dites, vient justement du fait qu’ils ont touché ce public de "non-lecteur", bien plus par exemple que des auteurs dit "populaires".

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  • Le discours du FIBD est performatif. Dire c’est faire mais ce qui est fait concrètement va dans le sens inverse de ce qui est dit.
    Pas besoin d’un Prix du Grand Public puisque la volonté du FIBD est de mettre en avant des trucs arty. Dans leurs sélections les œuvres plus Grand Public ne sont que des arguments.
    Si le FIBD doit muter, qu’il mute le plus loin possible jusqu’à disparaître !

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    • Répondu par MD le 27 novembre à  18:25 :

      Le public vote en achetant et en lisant les livres, en les offrant en cadeaux, les grands auteurs qui vivent bien de leur travail (2% de la profession, ou plus ? ou moins ? ) peuvent laisser à leurs collègues moins aisés un peu de couverture médiatique, cela peut réchauffer pendant un hiver glacial !!
      Ce qui m’étonne, c’est la présence d’un seul et unique comics VF, et encore il s’agit de rééditions de vieux Batman des années soixante par Neal Adams... Les membres du jury ont-ils fait l’effort de lire les comics plus récents ?
      Ce qui est vraiment gênant, c’est le retrait du sponsor Cultura, après la Fnac. Il reste bien les librairies Gibert (trop occase), le Furet du Nord (trop nordiste). Reste Canal BD, mais ils ont déjà leur propre prix. Alors ? On voit parfois le logo des cartons Raja, ils servent certainement à bien protéger les envois en VPC...

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      • Répondu le 27 novembre à  18:52 :

        Raja aujourd’hui, Amazon demain ?

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        • Répondu par MD le 28 novembre à  08:47 :

          Sponsoriser la BD permettrait d’atténuer l’image négative des conditions de travail robotisées dans d’immenses hangars ainsi que le nombre important de fermetures de librairies de proximité. Maintenant, le sponsoring culturel est intéressant quand on paie beaucoup d’IS.

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  • "La bd commerciale n’a pas besoin d’être soutenue", ok, mais alors pourquoi sélectionner l’Arabe du Futur dans la sélection officielle, on parle bien d’un des plus gros carton commercial de cette décennie, là, non ? C’est un album qui prend la place à un autre album d’un artiste inconnu qui pourrait-être mis en avant, puisque c’est le principe même de cette sélection officielle, en t tout cas , c’est le message qui est mis en avant. Alors pourquoi ce qui vaut pour les uns ne marche pas pour les autres ?

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    • Répondu par kyle william le 30 novembre à  15:40 :

      Parce qu’ils ne peuvent pas faire une sélection 100% "BD d’auteur de qualité qui ne se vend pas ". Ils doivent garder l’apparence d’une sélection généraliste. L’Arabe du Futur n’est pas à proprement ce qu’on a peut appeler une série "commerciale" , mais c’est un gros carton. Et c’est un gros carton parce que comme le dit quelqu’un plus haut, elle touche un public qui ne lira pas forcément une autre BD la même année. Bien d’accord avec vous que sélectionner le tome 4 d’une série déjà archi-visible, ultra-consacrée et multi-récompensée n’a pas grand intérêt. Il en faut pour tout le monde. (Et en plus ça énerve certains…)

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      • Répondu par Evariste BLANCHET (Bananas) le 2 décembre à  12:52 :

        Dans ce débat sur les prix, il faut rappeler que le comité de sélection prend ses décisions en fonction de ce qu’il considère comme étant les meilleurs livres parus dans l’année, sans tenir compte de critères "politiques" ou "diplomatiques" comme le sexe des auteurs, le nom de l’éditeur ou la "catégorie" ("arty", "grand public").
        Or il se trouve que les commentateurs s’appuient sur ces derniers critères pour juger la sélection. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ne satisfasse personne.
        Pour ma part, je partage souvent cette insatisfaction générale, à ceci près que j’ai conscience qu’elle ne repose que sur une vague impression puisque je n’ai lu qu’une très petite quantité de livres parus dans l’année.
        Le critère unique retenu par le comité de sélection - si c’est bien celui-là qui s’applique réellement - me semble au final très saint et plutôt courageux.

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