Angoulême 2019 : Prix "Couilles au Cul" pour Jamonyqueso et Prix Charlie Schlingo pour Laurent Houssin et Jorge Berstein.

26 janvier 2019 10 commentaires
  • Alors que le théâtre d'Angoulême accueille ce soir la grande cérémonie de remise des Fauves, c'est un tout autre genre de célébration, un peu moins convenue, qui prenait place dans la fameuse Maison Isabelle où sont remis chaque année les Prix "Charlie Schlingo" et "Couilles au Cul" dans le cadre du festival Off of Off. Une manifestation qui se présente comme l'anti-cérémonie des Fauves d'Angoulême.

Il est précisément 12h07, comme annoncé précédemment lorsque démarre la cérémonie. La Maison Isabelle est pleine à craquer d’auteurs, de journalistes et de festivaliers.

On commence par le Prix Schlingo, créé en 2009 par Florence Cestac et Yves Poinot qui récompense un auteur dont l’œuvre est teintée d’un humour poétique et délirant, dans l’esprit de ce que faisait le gaspatoire Charlie Schlingo. Le Prix est cette année remis à "Tendre enfance" de Laurent Houssin (sc.) et Jorge Bernstein (dessins). Publié aux Éditions Rouquemoute, "Tendre enfance" traite avec humour noir les schémas parentaux qui sont ici reproduits par les enfants.
C’est le dessinateur Laurent Houssin qui monte sur scène pour récupérer le trophée -un Milou déféquant- ainsi que la caisse de pinard qui y est traditionnelement attachée.

Angoulême 2019 : Prix "Couilles au Cul" pour Jamonyqueso et Prix Charlie Schlingo pour Laurent Houssin et Jorge Berstein.
Laurent Houssin récupère son trophée ainsi qu’un diplôme dessiné par Florence Cestac
Photo : Vincent Savi

Prix du courage artistique

C’est maintenant l’heure de remettre le prix "Couilles aux Cul" pour le courage artistique, qui n’est pas Miss Tahiti comme d’abord annoncé (l’animateur avait mélangé ses fiches) mais bien Ramón Esono Ebalé alias Jamonyqueso, dessinateur du "Cauchemar d’Obi" (Sc. de Chino et Tenso Tenso chez L’Harmattan BD.

Le Cauchemar d’Obi
© L’Harmattan BD

Cet album dénonce et caricature ouvertement Téodoro Obiang Nguema, président actuel de la Guinée équatoriale. « Imaginez un peu une histoire, écrivions-nous récemment, Emmanuel Macron se réveillerait dans une maison délabrée, sans le sou, en compagnie de ce qu’il pourrait appeler "les derniers de cordée". Cela serait à n’en pas douter amusant, et c’est le concept du Cauchemar d’Obi, sauf qu’il s’agit ici de Teodoro Obiang Nguema, président-dictateur de la Guinée Équatoriale qui se réveille un jour, quasiment nu, dans un bidonville où il se retrouve immergé dans cette population qu’il oppresse depuis près de quarante ans...  »

"Le Cauchemar d’Obi" s’expose à la Maison Isabelle.
Photo : Vincent Savi

Au contraire de ses deux scénaristes, le dessinateur de cet album, n’est pas resté anonyme et a été arrêté par le gouvernement équato-guinéen. Il est aujourd’hui libéré notamment grâce à une forte mobilisation internationale venant d’organisations comme Cartooning for Peace, d’auteurs ou des réseaux sociaux, il est resté assigné à résidence avant de réussir à partir en Amérique Centrale. Cette fable cartoonesque évoque le fossé qui existe entre les élites et le reste du monde, ainsi que la corruption qui ronge la Guinée-Équatoriale, comme bien d’autres contrées, y compris occidentales.

Le dessinateur ne pouvant être présent, c’est un de ses amis, le cartoonist Adjim Danngar, qui monte sur scène pour récupérer le trophée, une œuvre d’art d’une gracieuse facétie conçue par l’Atelier Queues de Cerise (Le Combes). Originaire du Tchad, dont l’album "Mamie Denis" a également été publié chez l’Harmattan, Adjim Danngar a lui aussi été confronté à la difficulté d’être un artiste dans un régime autoritaire, rappelant que la liberté artistique est loin d’être acquise dans cette partie du monde. Elle nécessite, pour certains créateurs, un incommensurable courage.

Florence Cestac, Laurent Houssin et Adjim Danngar venu chercher le prix de Jamonyqueso
Photo : Vincent Savi

via GIPHY

(par Vincent SAVI)

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Le Cauchemar d’Obi - Chino, Tenso Tenso et Jamonyqueso – L’Harmattan BD - 132 pages - sortie le 31 octobre 2018 - 15,90 €

Tendre Enfance - Laurent Houssin et Jorge Bernstein – Rouquemoute - 76 pages - sortie le 21 novembre 2018 - 16,00 €

 
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10 Messages :
  • Prix "Couilles"
    26 janvier 20:00, par deplomb

    Effectivement, le courage de Jamonyqueso est impressionnant. Quelle personne !
    Mais pourquoi des couilles comme prix ? Le courage est dans les testicules, réservé aux hommes ? Question oppression ce n’est pas terrible comme message.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 janvier à  23:30 :

      Dans le communiqué de presse : «  L’intitulé est volontairement trivial et provocant, mais il permet de rappeler que le métier des humoristes, et donc des dessinateurs de presse, c’est avant tout de faire rire, même si certains le payent parfois de leur vie. L’idée est de récompenser un artiste à la fois talentueux et courageux, qui doit se battre pour continuer de publier. En recevant ce prix, le lauréat qui subit des menaces dans son pays s’assure de soutiens de par le monde et s’ouvre des opportunités professionnelles  »

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      • Répondu par deplomb le 28 janvier à  11:32 :

        Certes, l’usage d’un organe génital comme prix est trivial est provocant. Il n’en demeure pas moins que le courage est dans ce prix associé à la masculinité.
        Et puis, d’après moi, un prix vulve aurait peut-être été plus courageux, ou un prix clitoris.

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        • Répondu par Fait d’Images le 29 janvier à  07:30 :

          Nadia Khiari plus connue sous la signature de Willis fron Tunis a obtenu ce prix en 2016.

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          • Répondu par deplomb le 29 janvier à  11:42 :

            Donc une femme courageuse reçoit le titre honorifique d’homme... ? On n’avance pas, on recule à toute vitesse vers les vieilles valeurs machistes, chères au fond à ces messieurs qui se croient pourtant progressistes.

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 janvier à  12:28 :

              Deux femmes ont reçu ce prix. Ce sont des féministes convaincues. Ramize Erer, lauréate 2017, publie en Turquie le seul magazine de BD au monde réalisé par des femmes. Willis de Tunis a félicité ce prix qui lui a permis de lire les mots "couilles" et "cul" pour la première fois dans les journaux tunisiens.

              Elles n’ont pas été spécialement choquées par ce prix, de même que Florence Cestac, marraine du Prix Charlie Schlingo, présente à ses côtés depuis quatre ans.

              Je pense qu’il y a une ironie qui vous échappe, ou peut-être une forme de pudibonderie souvent présente chez les bigots de toutes les officines.

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              • Répondu par deplomb le 30 janvier à  15:53 :

                Ah, l’ironie, ou le second degré, ces fameux prétextes pour faire des plaisanteries racistes ou sexistes...
                Le côté organe génital est amusant, certes, cela brise un tabou en faisant parler d’organes génitaux dans les journaux. Mais tournez-le dans un sens ou dans l’autre, votre prix c’est "courage = masculinité."
                Cela partait sans doute d’une bonne intention, mais avec votre prix "couilles" vous continuez de propager des clichés renforçant les "valeurs" machistes portant sur la supériorité des attributs masculins.
                Vous vous croyez progressiste, mais vous renforcez la "légitimité" de l’inégalité des sexes.

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                • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 30 janvier à  22:12 :

                  Votre pudibonderie part sans doute d’une bonne intention, comme vous dites, mais elle est suspecte. A interdire jusqu’au sourire, vous faites preuve d’un autoritarisme déplacé. Si la parité est menacée par une boutade, par une fausse paire de couilles, elle est bien mal partie...

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  • En fait Laurent Houssin est dessinateur

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 27 janvier à  23:27 :

      Effectivement. Nous avons corrigé cette erreur.

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