Angoulême 2020 : Macron et Riester attendus de pied ferme

21 janvier 2020 15 commentaires
  • L’annonce a été faite il y a quelques jours : le Président Emmanuel Macron viendrait au Festival international de la BD à Angoulême à l’occasion de BD2020, l’année de la BD. Le dernier président en exercice venu au FIBD était François Mitterrand, cornaqué par Jack Lang. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Le fait que le ministre Franck Riester ait annulé récemment ses vœux aux professionnels de la culture sous la menace d’une action syndicale laisse planer le doute sur leurs présences respectives. En cause, la grogne des auteurs et l’arlésienne du moment : le Rapport Racine.

À ce jour, la présence présidentielle reste hypothétique. Au quotidien régional Sud-Ouest, le délégué général du FIBD, Franck Bondoux, déclare : "J’ai croisé par hasard le président Macron au Salon du livre. J’en avais profité pour lui dire que nous l’attendions à Angoulême et il m’avait promis qu’il viendrait avant la fin de son mandat. Mais quand  ? Je n’en sais rien." Le candidat Macron avait envisagé de venir en 2017 lors du Festival mais s’était ravisé à l’annonce de la venue de Jean-Luc Mélenchon.

Pour Franck Riester, c’est différent. Le ministre de la culture s’est fortement engagé dans l’année BD 2020 lancée en janvier dernier sur la suggestion du directeur général de la Cité de la bande dessinée, Pierre Lungheretti et de Laurence Cassegrain, directrice de projet auprès du directeur chargé du livre et de la lecture. Qui plus est, en pleine période d’élections municipales, alors que l’actuel maire d’Angoulême Xavier Bonnefont tente de se faire réélire sous la bannière du partir Agir dont le ministre de la culture est un des co-fondateurs, voilà encore une raison supplémentaire pour lui de se montrer.

Angoulême 2020 : Macron et Riester attendus de pied ferme
Illustration pour le communiqué de presse de la Ligue des auteurs.

Un rapport non consenti

Cela dit, la mésaventure de la cérémonie des vœux pourrait se répéter. D’abord parce que les auteurs sont très remontés contre le ministre. En cause, l’introuvable Rapport Racine réclamé récemment par Marion Montaigne, la présidente du jury du FIBD 2020 dans une lettre ouverte sur France Inter. Lors du lancement de BD 2020, le ministre de la culture avait déclaré l’avoir reçu et devoir en discuter avec son auteur, Bruno Racine, missionné pour faire le bilan de la situation des auteurs. Le ministère devait alors en tirer de quoi adapter les politiques publiques existantes en faveur des artistes, auteurs et créateurs.

Mais depuis, silence radio. Pourquoi ne sort-il pas ? "Parce qu’il est trop favorable aux auteurs" disent certains. C’est une hypothèse car il est clair que le Syndicat National de l’Édition est vent debout contre une initiative de l’État qui ajouterait des contraintes à une profession déjà fragile, d’autant que le cadre de la relation d’un auteur avec son éditeur est celui d’un indépendant face à un entrepreneur hors de toute subordination comme ce serait le cas d’un employé.

Le SNE se plaint aussi d’une désinformation qui laisserait entendre que l’éditeur est le seul à tirer des bénéfices d’une publication. De fait, d’autres acteurs : imprimeurs, libraires, distributeurs et même l’État émargent au compte d’exploitation d’un livre. Selon nos sources, une étude circule au SNE sur le détail de ce compte d’exploitation mais n’a pas été communiquée jusqu’ici. En face, les auteurs s’arc-boutent sur une revendication de droit d’auteur à 10% minimum. Pas sûr qu’elle soit entendue et les éditeurs s’inquiètent à ce que l’État in fine le lui impose en sus des charges sociales.

Aux dernières nouvelles, le rapport serait remis… en février, après le festival. Prudence est mère de sûreté…

Jul, parrain officel de BD2020, ironise sur son compte Twitter à propos d’un rapport jusqu’ici fantômatique.

Un mic-mac administratif

Mais ce rapport-arlésienne n’est pas la seule source de colère des auteurs. Depuis le 1er janvier 2020, c’est l’URSSAF qui collecte les cotisations et contributions sociales des artistes-auteurs, et non plus l’Agessa et la MDA (Maison des artistes). Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que le système cafouille. L’organisme chargé du recouvrement, l’URSAFF Limousin, réclame des sommes forfaitaires qui n’ont parfois rien à voir avec le revenu des auteurs concernés, la régularisation leur incombant face à une administration aux abonnés absents. Dans le contexte d’une forte protestation sociale et d’une grève qui est la plus longue depuis des décennies, cela fait tache…

Bref, les auteurs se concertent entre eux pour savoir quelles actions ils envisageraient de mener à Angoulême. Certaines d’entre eux sont pour des actions plutôt radicales, d’autres tempèrent. De grands noms enfin envisagent de bouder ostentatoirement ces "réjouissances" de l’année BD 2020. Autant dire que les sentiments sont très partagés.

Les festivaliers redoutent de toutes manières cette visite présidentielle et ministérielle : elle démultipliera les contrôles de sécurité et rendra encore plus difficile la circulation dans la ville déjà très encombrée par le festival.

Tous ces éléments mis bout à bout font que l’exécutif risque de reporter sa visite angoumoisine à une autre fois.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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15 Messages :
  • Le grand bal des pleureuses va bientôt s’ouvrir : l’Etat va rappeler que les auteurs ne paient pas leurs retraites ; les auteurs vont rappeler qu’ils sont trop nombreux, et qu’ils tirent trop souvent la langue ; les éditeurs vont demander encore plus d’exonérations de taxes (ou d’aides) ; les libraires vont s’arc-bouter sur le prix fixe du livre et leur 40% de marge brute, tout en pleurnichant très fort sur Amzn et les hypermarchés…. Bref, sortez les mouchoirs ! Et un grand oublié : le lecteur ! lui ne pleure pas, car il n’a pas accès aux médias ; mais il risque, tout d’un coup, de faire la grève des achats. En bref, dans le discours (pas besoin d’y aller) : haro sur le néo-libéralisme !!! ...alors que le système de l’édition en France est bloqué à cause du … social-étatisme !

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    • Répondu par Henri Khanan le 22 janvier à  11:55 :

      Oui, cela m’amuse de voir les libraires français pleurer, quand on voit la protection inouïe dont ils bénéficient vis à vis de leurs confrères belges, italiens ou américains... Cela m’amuse aussi de les voir vendre sur internet que ce soit sur amazon ou ebay. Plusieurs de Paris-Centre ont vu un forte baisse des ventes ce décembre, en raison de moyens de transports bloqués. Ce n’est pas pratique de faire des kilomètres à pied, les bras encombrés de sacs de lourds bouquins. Le client s’adapte au final, c’est lui qui décide au final des produits qui vont vivre.
      Maintenant comparez la situation des auteurs de BD avec celle des musiciens. Parmi les heureux diplômés du Conservatoire, combien vivent en donnant des cours de musique ? Combien deviennent ils des vedettes ? Combien exercent une activité sans rapport avec la musique ? Même raisonnement pour le sport et ses nombreuses disciplines. Très peu d’élus, enfin de reconnus par le public, parmi ceux qui ont les compétences.

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    • Répondu par laurent le 22 janvier à  12:36 :

      "les auteurs ne paient pas leurs retraites" ?
      à condition de revoir la chose au singulier, je me demande d’où vient cette désinformation.

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    • Répondu le 22 janvier à  12:59 :

      C’est absolument faux, les auteurs paient leur retraite, ils la paient même très chers puisqu’ils sont les seuls à y contribuer, "l’employeur" ne paie rien lui, c’est donc un mois de revenu sur l’année qui part pour une hypothétique retraite qui, pour ceux qui pourront la prendre, sera dérisoire.

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      • Répondu par Pascal Kholer le 22 janvier à  19:01 :

        Encore heureux qu’ils aient leurs retraites, je ne connais pas le taux exact, mais il doit être comparé à celui des salariés (cotisations patronales et salariales, donc).
        Ceci dit, il y a une différence entre le salarié lambda (vous et moi) et un auteur. Un salarié perçoit une retraite lorsqu’il cesse son activité, alors qu’un auteur de BD continue à recevoir des droits sur les ventes de ses albums tant qu’ils se vendent. Et lorsqu’il décède, ce sont ses ayant-droit (veuves et enfants) qui reprennent le flambeau !

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        • Répondu le 22 janvier à  19:29 :

          Vous vivez à une autre époque, les albums ne sont plus édités pendant même l’activité des auteurs aujourd’hui, ils ne peuvent pas compter là dessus pour vivre, et encore moins pour leur retraite. C’est pour ça que c’est la course à l’échalote, l’immense majorité des auteurs ne vivent que des à-valoir et de rien d’autre.

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        • Répondu le 23 janvier à  13:18 :

          À la retraite, un auteur, s’il continue de toucher des droits sur ses œuvres, continue de cotiser pour la retraite sans pouvoir bonifier la sienne. Des auteurs morts gagnent encore de l’argent alors qu’un salarié mort, non et à la retraite, non plus.

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    • Répondu le 22 janvier à  13:57 :

      Le lecteur a accès à internet. Dans la gamme média qui supplante tous les autres, on n’a pas inventé mieux. On est au 21 ème siècle et ce média, vous l’utilisez. La preuve, je peux vous lire.

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    • Répondu le 22 janvier à  19:05 :

      le système de l’édition en France est bloqué à cause du … social-étatisme !
      Justement les auteurs n’ont pas ou trés peu de couverture social et encore moins pour vivre de leur travail d’ou la demande des auteurs que l’état intervienne.
      Il faudrait un peu réfléchir avant de la ramener.

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      • Répondu par PATYDOC le 23 janvier à  09:27 :

        Le système général de l’édition est bloqué par le social-étatisme : marge bloquée, prix de vente bloqué,oligopoles de distribution, etc … Vous connaissez cela mieux que moi. Comment cela se passerait dans un système plus libéral ? Nul ne le sait ! Peut-être les auteurs gagneraient-ils mieux leur vie (ceux qui marchent, évidemment) ?

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        • Répondu le 23 janvier à  10:46 :

          Peut-être les auteurs gagneraient-ils mieux leur vie (ceux qui marchent, évidemment) ?

          Ceux qui marchent gagnent déjà très bien leur vie, mais vous ne savez pas qui sont ceux qui marchent, vous seriez étonné des noms prestigieux de ceux qui "marchent pas".

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        • Répondu le 23 janvier à  12:35 :

          Pas la peine d’en rajouter, je crois qu’on a bien compris ce que vous vouliez avec votre premier post. Du libéralisme à outrance. Avec le profit pour les quelques uns et la précarité pour tous les autres.
          Pour rappel le prix unique du livre à permis de sauvegarder les librairies qui ont défendus des projets qui sortaient de l’ordinaire d’ou la diversité de la production actuel. Donc merci l’état.

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      • Répondu le 23 janvier à  13:19 :

        Je suis d’accord, il faudrait un peu réfléchir avant de la ramener. commencez par appliquer cette consigne à vous-même.

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        • Répondu par bip le 23 janvier à  16:53 :

          Ha bon ? parce que les auteurs ne demande pas à l’état d’intervenir monsieur... monsieur comment déjà ?

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          • Répondu le 23 janvier à  19:16 :

            Monsieur Bop.
            N’allez pas me faire croire que Bip est votre vrai nom !

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