Angoulême 2020 : la bande dessinée alternative bien représentée

31 janvier 2020 5 commentaires
  • La bande dessinée alternative, incarnée par de nombreux auteurs et éditeurs, est bien servie à Angoulême. Des expositions, des rencontres et des espaces dédiés aux maisons d'édition et même à l'auto-édition permettent de découvrir tout un monde de la bande dessinée, placé sous le triple signe de l'indépendance économique, de la diversité culturelle et de l'innovation artistique.

Quatre jours de festival, des dizaines d’auteurs et d’éditeurs, des centaines d’événements répartis à travers toute la ville... Le FIBD est unique par ses dimensions. Il l’est également par la diversité de l’offre proposée, propre à satisfaire tous les publics, lecteurs de bande dessinée et au-delà. Les férus de bande dessinée alternative notamment, les amateurs d’ouvrages expérimentaux édités par des maisons indépendantes des grands groupes ou les simples curieux en quête de nouveauté, ont fort à faire à Angoulême.

Même s’il suffit d’écumer les rues de la cité de Charente pour finir par dénicher une rareté, tant les initiatives associatives ou privées sont nombreuses, un petit guide ne serait pas du luxe, au moins pour identifier ce que propose la programmation officielle, déjà riche et variée. Outre la « Bulle Nouveau Monde », entièrement dédiée aux éditeurs indépendants, de L’Association à L’employé du Moi en passant par Misma ou Vide Cocagne, et aux petites structures publiant fanzines et autres ouvrages à petits tirages, il faut ainsi faire le détour par le « Spin Off », consacré à la micro-édition, festival dans le festival créé en 2017 par le Collectif des Hiboux. Jeune, internationale et bigarrée : la palette d’œuvres qui y sont présentées est un rappel du dynamisme de la création actuelle.

Mais il ne faudrait pas pour autant négliger le « in ». Avec de nombreuses rencontres, conférences et expositions, la bande dessinée alternative y a une belle place. C’est parti, donc, pour un tour d’horizon des principales expositions pouvant être rattachée à cette mouvance en renouvellement constant.

« Yoshiharu Tusge, être sans exister »

Présentée au Musée d’Angoulême et ouverte jusqu’en mars, l’exposition dédiée au mangaka est exceptionnelle. Rarement ses originaux ont été montrés hors du Japon. Yoshihiro Tsuge a bouleversé l’histoire du manga en adoptant une démarche personnelle, le faisant considérer aujourd’hui comme le père du manga d’auteur. Atrabile puis Cornélius ont entrepris d’éditer ses œuvres en français. Indispensable !

Angoulême 2020 : la bande dessinée alternative bien représentée

Nicole Claveloux : quand Okapi rencontre Métal Hurlant

Autrice jeunesse à l’imagination débordante, dessinatrice libre à l’imaginaire troublant, Nicole Claveloux émerveille depuis les années 1970. Parfois baroque, parfois plus simple, son trait sert admirablement des histoires surréalistes et oniriques, pourtant jamais complètement coupées de la vie. Même si elle se consacre davantage à la peinture depuis les années 2000, Cornélius vient d’entamer l’édition d’une anthologie de ses bandes dessinées. L’exposition en est un prolongement idéal.

De l’autre côté du miroir © Nicole Claveloux, Grasset-Jeunesse, 2019
Grabote © Nicole Claveloux, Bayard
© Nicole Claveloux

Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni

Lucie Castel, Nicole Augereau et Grégory Jarry ont commencé à nous conter les aventures de Belzoni, l’un des premiers archéologues, en 2017. Le troisième et dernier volume paraîtra cette année, toujours chez Flblb. Entre chasse au trésor, rivalités politiques, exotisme et premières précautions scientifiques, la quête des époux Belzoni est trépidante et dépaysante. Passionnés d’égyptologie ou pas, une visite des installations créées pour l’occasion, empruntant aux dioramas et aux pop-ups, s’impose.

© Grégory Jarry – Lucie Castel – Nicole Augereau / Editions FLBLB
© Grégory Jarry – Lucie Castel – Nicole Augereau / Editions FLBLB
© Grégory Jarry – Lucie Castel – Nicole Augereau / Editions FLBLB

La bande d’Antoine Marchalot dessinée

Les dessins et les livres d’Antoine Marchalot sont la preuve que la bande dessinée alternative n’est pas un truc rasoir de « bo-bo » ou de « hipster ». Multipliant les références à la culture populaire, pleines de jeux de mots, d’absurdité ou de situations comiques, ses bandes dessinée, parues notamment chez Les Requins Marteaux, sont parmi les plus drôles du moment. Une vigueur à retrouver dans son exposition, où ses personnages tordus en voient de toutes les couleurs...

© Antoine Marchalot / Les Requins Marteaux
© Antoine Marchalot
© Antoine Marchalot

Pierre Feuille Ciseaux #7

L’association ChiFouMi organise, depuis plusieurs années, des résidences collectives d’autrices et d’auteurs. Fondées sur l’échange, le jeu, la contrainte, ces résidences conduisent à des collaborations inédites. En résultent des œuvres incomparables car impossibles à reproduire, où les traits se complètent et les dessins se confondent. Créations oubapiennes et récits à clés réalisés en quelques jours peuvent être lus et admirés le temps du festival.

© Anders Nilsen / ChiFouMi

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- Exposition "Yoshiharu Tusge, être sans exister"
Musée d’Angoulême
Du 30 janvier au 15 mars 2020
Commissaires : Stéphane Beaujean, Léopold Dahan & Xavier Guilbert
Scénographes : Stéphane Beaujean & Léa Ellinckhuÿsen
Conseiller scientifique : Mitsuhiro Asakawa
Maquette : Cornélius
Production : 9eArt+ / FIBD

- Exposition "Nicole Claveloux : quand Okapi rencontre Métal Hurlant"
Hôtel Saint-Simon
Du 30 janvier au 2 février 2020
Commissaires : Jeanne Puchol & Jean-Marc Lonjon
Scénographe : Jean-Marc Lonjon
Graphisme : Cornélius
Production : 9eArt+ / FIBD

- Exposition "Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni"
Quartier jeunesse
Du 30 janvier au 4 mars 2020
Commissaires & scénographes : Grégory Jarry, Lucie
Castel & Nicole Augereau, assistés de Fabrice Pressigout
Conseiller historique : Philippe Mainterot
Production : Drac Poitou-Charentes, FIBD & Editions FLBLB

- Exposition "La bande d’Antoine Marchalot dessinée"
L’Alpha - Médiathèque
Du 30 janvier au 2 février 2020
Commissaire : Antoine Marchalot
Scénographes : Antoine Marchalot & Margaux Duseigneur
Production : 9eArt+ / FIBD

- Exposition "Pierre Feuille Ciseaux #7"
Espace Franquin
Du 30 janvier au 2 février 2020
Coordination & scénographie : association ChiFouMi
Production : ChiFouMi et 9eArt+ / FIBD

 
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5 Messages :
  • Angoulême 2020 : oserais-je dire...
    2 février 08:46, par Jacques Schraûwen

    ... au risque de déplaire, que cette bd alternative est bien trop représentée à Angoulème ?... Elle existe, elle est un creuset, elle n’est pas là pour effacer les autres réalités, essentielles, du neuvième art ! Tout le monde n’est pas Crumb, loin s’en faut, et la bd, cela doit aussi et surtout rester un art populaire, donc éloigné des expériences souvent hermétiques des grands penseurs de la bd alternative... Mais je veux dire, en même temps, que ce creuset est essentiel, et qu’il est normal de laisser de la place à la bd alternative... Mais pas de lui donner toutes les places importantes dans un festival de bd digne de ce nom !

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    • Répondu par Zébra le 4 février à  13:47 :

      La BD n’est pas un "art populaire", pas plus que le foot ou la télévision ne sont des divertissements "populaires" ; la BD franco-belge est produite par la bourgeoisie belge, principalement à l’attention de ses rejetons. Chacun sait que "Tintin" est un outil de propagande, aussi bien conçu soit-il.
      Ce sont plutôt les réactions à la BD franco-belge que l’on peut qualifier de "populaires" : "Fluide-Glacial", "Hara-Kiri"...

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  • Certaines BD que vous montrez là ne sont pas vraiment "alternatives."

    "Le voyage en Égypte" c’est la nouvelle bande dessinée grand public et commerciale, rien d’alternatif là-dedans.
    Yoshiharu Tusge, c’est du manga d’auteur, genre reconnu aujourd’hui, surtout en Europe. Peut-être que c’est encore alternatif au Japon, mais ici c’est du roman graphique reconnu. Pas spécialement alternatif.

    Les autres, leur apparence me semble pour tous "déjà vu ailleurs." Même dans l’underground il y a des genres bien établis, dont on se détache peu. Ce n’est plus alternatif, tout ça. Ça impressionne encore peut-être ceux qui ne connaissent que Boule et Bill ou Les Profs...

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  • Trop d’alternatif ou pas assez à Angoulême ? La question n’est pas nouvelle mais peut en effet être posée.

    Jacques, peut-être mon article, faisant délibérément un zoom sur l’alternatif, a-t-il créé un effet de loupe portant à confusion. Car si l’on consulte la programmation générale du FIBD (expositions, rencontres, animations, éditeurs et auteurs présents), l’alternatif n’est pas majoritaire. Nous sommes bien d’accord que c’est un creuset essentiel, mais ne nous méprenons pas sur sa représentation. Il faut peut-être aussi prendre en compte que l’alternatif est très peu visible hors FIBD, à tel point que sa présence à Angoulême fait croire à une sur-représentation.

    Deplomb (?), il faudrait en fait se mettre d’accord sur une définition de l’alternatif, ce qui n’est pas évident. Pou moi, et pour faire court, il s’agit des productions venant d’éditeurs indépendants économiquement (non liés aux grands groupes), engagés politiquement (notamment sur la question des revenus et du statut des auteurs) et aventureux artistiquement (donc qui éditent sans chercher le coup commercial). A ce titre, les expositions présentées ici se rattachent à l’alternatif, tout en étant aisément accessibles à tous les lecteurs.

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    • Répondu par Zébra le 5 février à  14:45 :

      "Alternatif" est très bourgeois : il noie le poisson.
      En effet il est plus facile de définir la "contre-culture", qui s’attaque à l’art dominant, conçu par les élites pour répondre à leurs besoins.
      "Hara-Kiri" fait partie de la contre-culture puisqu’il s’attaquait nettement à des symboles de la culture bourgeoise : la presse, la bande-dessinée, la culture et les loisirs de masse (stratégie d’abrutissement du peuple)...

      La culture "alternative" n’est pas ou peu subversive ; la plupart du temps elle contribue à l’intellectualisme ambiant, complètement creux et à travers lequel la bourgeoisie (depuis le moyen âge) s’efforce d’épater le peuple. Les acteurs de la "culture alternative" ont été le plus souvent contaminés par cet intellectualisme dans les écoles d’art françaises où la philosophie hégélienne est enseignée comme le catéchisme.

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