Angoulême est Charlie !

29 janvier 2015 3 commentaires
  • Que les festivaliers, auteurs et éditeurs s'y attendent, les contrôles de sécurité seront systématiques et sans faille. Mais l'esprit "Charlie Hebdo" ne sera pas celui de la terreur !Il est revendiqué par l'hommage, voire le rire, grâce entre autres à une très belle exposition rétrospective réalisée au Musée de la Bande Dessinée d'Angoulême.

Où que l’on pose les yeux, Charlie est partout à Angoulême ! Des murs qui accueillent déjà les témoignages dessinés et écrits ; des couvertures des programmes ; des mémoriaux improvisés où sont déposés gerbes et hommages ; des badges épinglés qui revendiquent en une image ce qu’on peut observer en grand sur l’hôtel de ville : le fauve brandissant une pancarte désormais mondialement connue !

Mais notre attention s’est surtout portée sur l’exposition consacrée par le Musée de la Bande Dessinée d’Angoulême (CIBDI), que nous avons pu visiter en primeur. Comme elle a été validée par le préfet, celle-ci devrait bien ouvrir ses portes dès ce jeudi matin.

Angoulême est Charlie !
Le Musée propose aux visiteurs de surfer sur les différents blogs de dessinateus, dont celui de Lewis Trondheim qui fait écho aux précédentes discussions entre les Grands Prix

Charlie, sous toutes ses coutures

Malgré la proximité de cette triste actualité, l’exposition revient en détails sur l’histoire des magazines de caricaturistes français. Comment parler de Charlie Hebdo sans débuter sur une longue rétrospective d’Hara-Kiri ? Impossible se sont dit les responsables du Musée de la Bande Dessinée d’Angoulême en réalisant un dense parcours chronologique de la presse française.

Si les connaisseurs regardent d’un œil ému les nombreux exemplaires de journaux qui sont ainsi présentés, cette exposition est un passage obligé pour tous les festivaliers qui voudraient prendre du recul sur le massacre perpétré le 7 janvier dernier. Premiers numéros, ainsi que les pages et planches caractéristiques du magazine "bête et méchant", sont complétées par diverses vidéos et reportages d’époque. Pour les profanes, les légendes reviennent sur les éléments caractéristiques d’une histoire de presse qui a alterné interdictions et coups de gueules mémorables.

Une exposition illustrée, mais également animée

Sur les cent mètres de parcours chronologique, l’expo ne se contente pas de revenir sur le classique raccourci d’Hara-Kiri vers Charlie Mensuel, puis Hebdo, mais passe en revue les diverses revues inspirées de Linus à Mad en insistant sur l’Undeground américain et l’esprit français : Zéro, La Gueule ouverte, Surprise, BD, l’Hebdo de la Bande Dessinée, etc. L’intérêt réside dans l’implication des auteurs que l’on connaît bien : Reiser, Gébé, Cabu, Wolinski et les autres, dont le Professeur Choron.

Les centaines de numéros présentés sous vitrines permettent de se rappeler ou de s’imaginer les ambiances de l’époque, que les pamphlets soient politiques ou idéologiques. La dizaine de reportages vidéo montre les coulisses des différentes rédactions et des auteurs : cette envie de secouer le peuple français, de ne jamais s’avouer vaincu face à la censure, aux interdictions ou aux attaques gratuites.

Alors que les années s’égrènent, on ressent un pincement au cœur lors du retour de Charlie Hebdo en 1991. Mais contre toute attente, c’est le rire qui l’emporte à la vue des Unes si caractéristiques du magazine, même lors de moments tragiques comme le 11 septembre 2001.

On distingue parmi les signatures habituelles, une Une de Tardi !

L’émotion nous étreint lorsque les dernières vitrines nous montrent les derniers numéros de Charlie Hebdo, ainsi que les divers hebdomadaires et quotidiens qui réagirent suite à la récente attaque. Mais l’exposition, faite en en temps record et avec une sincère dignité par les équipes du musée, se termine sur une note plus joyeuse, présentant un panel des meilleurs dessins des auteurs, qu’ils soient décédés ou heureusement encore parmi nous.

Car c’est l’esprit de Charlie Hebdo qui restera, envers et contre tout.

Esprit de Charlie jusque dans la scéno dont l’éclairage évoque une belle paire de fesses ?

(par Charles-Louis Detournay)

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Les photos sont de F. Rubis & CL Detournay

 
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