Angoulême inaugure sa Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image en juin 2009

16 avril 2009 15 commentaires
  • « Un ensemble exceptionnel dédié au 9ème art », telle se présente la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’Image née à partir du Festival International de la BD et devenue aujourd’hui une institution culturelle et muséale majeure.

Tout commence lorsque le ministre de la culture de l’époque, Jack Lang, visite la nouvelle « Galerie Saint-Ogan » du Musée des Beaux-Arts d’Angoulême. On lui présente une collection de planches originales assemblées depuis plusieurs années. Ceci lui donne l’idée de créer un Centre national de la Bande Dessinée et de l’Image qui est annoncé en 1984 comme l’un des grands travaux de François Mitterand. Le père du président socialiste avait été chef de gare à Angoulême, ce qui explique son affection pour cette ville où il a fait une partie de ses études. Les brasseries Champigneulles, alors à l’abandon, seront réaffectées dans un nouvel édifice conçu par Roland Castro et Jean Remond. Dès 1989, la ville s’intéresse aussi à l’imagerie numérique.

Le CNBDI s’ouvre en 1989, de même qu’une bibliothèque et, en 1991, s’inaugure le Musée de la Bande Dessinée, sous la houlette de Thierry Groensteen. La ville développe de plus en plus d’activités économiques autour de l’image, grâce au Pôle Magelis, de plus en plus d’écoles s’y installent, des entreprises de dessins animés, des maisons d’édition et Angoulême et sa région deviennent littéralement une « Vallée des images »

Angoulême inaugure sa Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image en juin 2009
Le tout-nouveau logo de la CIBDI, signé Etienne Robial
DR

La Vallée des Images

L’intelligence du projet est évidemment de profiter d’un festival de plus en plus populaire pour installer des institutions dédiées à la BD, une industrie où la production francophone s’est forgée une belle identité, ces mêmes institutions renforçant la crédibilité de l’événement du mois de janvier.

Début 2008, diverses institutions angoumoisines fusionnent dans un énorme pôle, le CIBDI dont la direction générale est confiée à Gilles Ciment.

Dans d’anciens chais à vin, le long de la Charente, le Musée de la bande dessinée
Photo : CIBDI / DR

En juin prochain, le CIBDI inaugure le tout nouveau Musée de la Bande Dessinée qui remplace l’ancien, fermé depuis quelques années. 1300 m² dédiés à la bande dessinée comprenant quatre parties :

- Une galerie dédiée à l’Histoire de la bande dessinée. C’est la plus importante en terme de surface. Y seront présentés non seulement les domaines francophones, mais aussi américains et japonais. D’Astérix à Zig & Puce, des prémices de la BD (1833) à l’ « invasion » des mangas (1990), cette section, forte d’une centaine d’originaux, montrera les auteurs marquants et les supports spécifiques (quotidiens, magazines, albums, etc.) de l’histoire de la bande dessinée. Ces documents seront complétés par des séquences audiovisuelles.

- L’Atelier du dessinateur, consacré aux techniques et aux différentes étapes de la création de la bande dessinée. Le travail préparatoire à une BD (scénario, esquisse, crayonné, etc.) sera décrit en tenant compte des évolutions les plus récentes (travail sur palette graphique), le tout accompagné d’interviews d’auteurs parlant de leur travail.

- La Galerie des Maîtres du trait, intitulé « le Salon » s’intéressera à l’esthétique de la bande dessinée et présentera les « chefs-d’œuvre » de la collection. 26 planches d’une grande valeur esthétique seront montrées et commentées.

- La quatrième et dernière galerie sera consacrée à des expositions-dossiers temporaires thématiques liées à l’actualité mettant particulièrement en avant les auteurs français ou étrangers, ainsi que les groupes de créateurs contemporains.

Chacune de ces sections comportera un cabinet de lecture où les oeuvres imprimées seront accessibles au public.

Les planches exposées sont issues des collections du musée qui comporte pas moins de 8000 originaux, en ce compris 1000 planches mises en dépôt par les auteurs et par le Fonds National d’Art Contemporain.

Le CIBDI détient également le Dépôt Légal pour la bande dessinée et ses collections comportent 115.000 fascicules (3.041 titres) et 41.900 albums. Une librairie de 266 m² complètera l’ensemble.

Nous ne manquerons pas de vous en reparler.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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15 Messages :
  • Le logo le plus long à lire au monde. Des gens spécialistes de l’image nous offrent un pavé de texte...

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  • J’ai toujours eu un peu de mal à comprendre l’intérêt de ces grands organismes et édifices dédiés à la Bande Dessinée. Pas les centres d’apprentissage ou de création bien sûr, mais les musées, ces organismes pléthoriques d’organisation d’événementiels et autres galeries artistiques.

    Les sommes folles engagées dans ces travaux gigantesques ne profitent pas vraiment aux nombreux auteurs qui galèrent comme on n’imagine pas.

    Une fois de plus, ce sont des intermédiaires et non des créateurs qui profitent de ces aides publiques. Combien de personnes, institutionnels, pigistes et employés (voire même architectes et maçons), arrivent à vivre de ces subventions, avec de substantifiques avantages (dont la sécurité de l’emploi et tout ce qui va avec), et combien de véritables créateurs, pourtant sources et alibis de ces grands raouts, tirent le diable par la queue ?

    Un exemple, trouvé dans un blog (qu’elle me pardonne de la mettre ainsi en avant), m’a semblé particulièrement représentatif de cet immense malentendu : certes, il n’y avait "plus de sous", mais de nombreuses heures rémunérées dans plein de domaines (planification, communication, locations...), ont permis à cet événement d’avoir lieu. A part les bénévoles, tous ont eu leur salaire ou leurs piges à la fin du mois, même ceux qui ont été détachés de manière temporaire... sauf une personne. Un créateur/une créatrice.

    C’est à ça que me fait penser ce magnifique bâtiment, nouvellement inauguré.

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    • Répondu le 16 avril 2009 à  17:58 :

      Un Musée, c’est une vitrine ET un lieu d’apprentissage et d’expression, pour un sujet large (la BD donc) mais aussi tout ce qui s’y rattache (une infinité de thématiques, d’auteurs et d’oeuvres). Sans musée, pas d’espace de reconnaissance du médium, pas de mise en valeur ni d’explication de l’oeuvre de l’artiste, et pas non plus de cycles de conférences ou de projets menés avec des scolaires. Tout ceux qui y travaillent amènent une spécialité autre (ou du moins complémentaire) de celle de l’artiste de BD : conservateur, documentaliste, scénographe, conférencier, conseiller scientifique, historien ...

      N’oublions pas, enfin, le rôle de conservation (et de transmission) des oeuvres qui est fondamentalement celui du musée

      En bref, l’artiste a besoin du musée et vice versa, et ce depuis 2500 ans...

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      • Répondu le 18 avril 2009 à  10:42 :

        1/ J’ignorais que les musées existaient depuis 2500 ans.

        2/ Le meilleur musée pour un livre s’appelle une bibliothèque.

        3/ Les musées ont encore plus besoin des artistes que les artistes ont besoin d’eux.

        4/ Il y a plus de gens qui vivent bien de la BD sans savoir en faire que le contraire.

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        • Répondu le 18 avril 2009 à  22:13 :

          En effet, il ne faudrait pas que les 10 multimillionnaires de la bd francophone cachent le fait que 70% des auteurs ont un revenu en dessous du smic.
          On gagne mieux sa vie dans la bd en étant conservateur, éditeur, scénographe, historien de la bd, bref tout ce qui ne nécessite aucun talent d’auteur de bd qu’en étant auteur soi-même. Les parasites se nourissent sur la bête.

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    • Répondu par Mme Malaprop le 19 avril 2009 à  14:16 :

      Pas « substantifiques avantages ». Substantiels.

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  • Ca a couté combien tout ce cinéma, encore ???

    Alors que 9 auteurs sur 10 tirent le diable par la queue, ou ont un vrai job forcé à coté de la BD, ( on voit ça chaque jour, dans tous les salons )

    Alors, de voir ces grands machins onéreux, ça me me filerait plutôt la gerbe que de la joie :-(((

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    • Répondu le 17 avril 2009 à  11:59 :

      Bien entendu, c’est bien connu...

      Parce que les écrivains tirent le diable par la queue, pas de médiathèques publiques et encore moins de Bibliothèque nationale (ça coûte combien tout ce cinéma ?).

      Parce que les peintres contemporains tirent le diable par la queue, pas de musées, et encore moins de Grand Louvre (ça coûte combien tout ce cinéma ?).

      Parce que les musiciens tirent le diable par la queue, pas pas de Zéniths et encore moins d’Opéras (ça coûte combien tout ce cinéma ?).

      Parce que les intermittents du spectacle tirent le diable par la queue, pas de théâtres subventionnés, encore moins de Comédie française (ça coûte combien tout ce cinéma ?).

      Parce que d’autres intermittents du spectacle tirent le diable par la queue ; pas de cinémas d’art et d’essai, encore moins de Cinémathèque française (ça coûte combien tout ce cinéma ?).

      Ah pardon, on ne veut pas remettre tout cela en cause, c’est bien de la Grande Culture. Mais la bande dessinée, elle, ne doit pas avoir de musée, pas de bibliothèque, pas de centre de recherche...

      Ni art ni culture, elle n’est qu’un divertissement fait par des gens qui tirent le diable par la queue. Mais ne sont-ils pas aujourd’hui autant publiés, autant reconnus, parce qu’il y a eu des "grands bazars" comme le festival d’Angoulême et le Musée de la bande dessinée, qui ont assuré la légitimation de leur art ?

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      • Répondu le 18 avril 2009 à  10:51 :

        Mais ne sont-ils pas aujourd’hui autant publiés, autant reconnus, parce qu’il y a eu des "grands bazars" comme le festival d’Angoulême et le Musée de la bande dessinée, qui ont assuré la légitimation de leur art ?

        Non, ils sont autant reconnus parce qu’il y a eu de bons livres. Ce sont les œuvres qui ont fait le succès d’Angoulème et le reste, pas l’inverse. La bande dessinée est vivante, populaire et elle n’a ni besoin de certificat de légitimité ni besoin de cimetière pour être. La légitimation d’un art c’est déjà une forme de cimetière.

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      • Répondu par Zorg le 18 avril 2009 à  16:00 :

        Wow, ah ça, on le trouve l’argent pour tout ce Barnum bizarre !!

        Par contre, aider par quelques - mini - subventions à la création d’oeuvre, là, y a plus de sous, ma pov dame !

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      • Répondu par Phil le 18 avril 2009 à  16:10 :

        "Mais ne sont-ils pas aujourd’hui autant publiés, autant reconnus, parce qu’il y a eu des "grands bazars" comme le festival d’Angoulême et le Musée de la bande dessinée, qui ont assuré la légitimation de leur art ? "

        Et oui, il est bien connu que sans les molières par exemple, les pièces de théatre n’existeraient pas, ni la zik sans les victoires !!

        Vous inversez les roles, là !

        En BD, au début étaient les auteurs, et mon grand age et ma connaissance du milieu depuis 75, me permet de penser qu’ils vivaient pas trop mal de leur art, à l’époque ...

        sans la grande messe d’Angoulème ou ce musée au logo improbable !

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    • Répondu par X-29 le 18 avril 2009 à  10:48 :

      exact, mais il y a de quoi payer bien des fonctionnaires à lire des BD. Triste.

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      • Répondu par Sergio Salma le 19 avril 2009 à  19:59 :

        Je trouve étonnant que de telles sommes d’argent aient pu être trouvées. Est-ce le fait de la municipalité , de la région, de l’état ?Une combinaison des trois ? Des sponsors ?

        Certains sont choqués par le contraste entre le faste de l’entreprise et la situation d’un grand nombre d’artistes. Il est à mon avis maladroit de penser que cet argent aurait pu servir à les aider. On trouve plus facilement de l’argent pour développer le tourisme que pour des aides sociales ; simplement parce qu’il y a un retour sur investissement.

        Faudrait-il accorder des aides à la création ? Alléger les charges sociales des artistes ? Revoir les statuts ? Peut-être que des centaines de dossiers mériteraient ces ajustements. Malheureusement c’est un cercle vicieux. Retirer l’argent d’une centre-musée pour l’accorder à la création aurait des effets pervers. Puisque des auteurs seront financièrement aidés, ce ne seront pas 3500 nouveautés qui paraîtront mais 5000. Non seulement parce que plus d’auteurs encore auront la possibilité d’exister mais certains éditeurs aux faibles structures pourraient profiter de cette aide pour réduire encore la part du budget création, poste très lourd dans l’économie d’un livre.

        Ces nouveaux acteurs du marché auront donc une chance de survie encore rabotée puisque les tables des librairies déborderont encore plus ; l’exclusion serait de mise par la force des choses. On aura donc laissé la possibilité à des auteurs débutants d’y croire un peu mais le risque est grand de les voir se casser la figure à cause d’un plan d’aide(s) inadéquat. Je parle ici de sommes conséquentes et non de charité.

        Le but d’un centre comme celui-là est de servir la cause d’un genre. Bien entendu, les puristes pourront penser que la partie "musée" fait planer un climat passéiste alors que ces expositions ou cette conservation du patrimoine pourront au contraire prouver l’immense richesse et peut-être même susciter des vocations. On doit se réjouir de cette dynamique ; je suis épaté qu’en ces temps de restriction et de frilosité, de tels projets peuvent sortir de terre dans le domaine culturel.

        On est loin de la bande dessinée honteuse et du ghetto sous-culturel dans lequel a végété le genre pendant des décennies. Ce seront ces cars entiers d’élèves déversés dans les travées par toutes les écoles de France. La revanche du cancre.

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        • Répondu par Alex le 20 avril 2009 à  00:17 :

          Mr Salma, beaucoup de lucidité dans votre message... comme d’habitude. Je questionnerai toutefois votre vision de l’aide à la création qui selon vous viendrait enfler encore la sur-production. Vous présentez l’angle industriel de la création, c’est important également. Mais à moins qu’une véritable politique culturelle et/ou industrielle soit définie par nos dirigeants nous naviguerons toujours entre 2 eaux. Je ne souhaite pas le glaive de Salomon mais sais par expérience qu’il est très difficile de présenter un « projet artistique exportable ». Les canaux sont déjà bien encombrés –et la reconnaissance bien tardive de la bd est une piêtre consolation. Il faut l’avouer –sans amertume- les aides à la création sont si minimes qu’ont empiête de fait sur le territoire de qq’un (théatre, danse, arts plastiques...). Le ministère de l’Industrie ? Des gens charmants, mais on fait quand même figure de martiens ! Dans cette optique, je crois qu’un musée de l’image ré-enforce la légitimité des projets présentés.

          Mais... je connais mon histoire de l’Art : les Dadaistes, brûlons les musées ! Eh...pourquoi pas ?

          Mais si on parle de flot d’argent je vous certifie que c’est beaucoup plus balancé, flou et incertain que certains intervenants le laissent entendre.

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  • C’est quoi cette bande de grincheux ? Ne peut on pas tout simplement se réjouir de la création d’une tel établissement ?
    Il existe : on grinche, s’il n’existait pas : on grincherait encore. Quelle idée de la vie.
    Si vous aimez la bande dessinée, la création de ce nouveau lieu ne peut être qu’une bonne nouvelle !
    Enjoy life !!!

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