Angoulême : revue de presse du premier jour

22 janvier 2004 0 commentaire
  • On ne va pas s'en plaindre: en cette matinée du jeudi 22 janvier, la bande dessinée fleurit en "Une" de la plupart de nos quotidiens. Réjouissons-nous ! Et oublions un court instant qu'un marronnier remplaçant l'autre, le festival d'Angoulême, qui avait chassé des colonnes de nos journaux le salon du meuble de Paris, sera lui-même chassé dès lundi par Interclima 2004, festival international du génie climatique, porte de Versailles.

Car l’information est une matière, que nos grands médias généralistes traitent au mieux de leurs compétences de niche, avec professionnalisme toutefois, à défaut de véritable passion. Alors reconnaissons au moins un bel avantage à ce week-end pailleté et angoumoisin : celui de permettre à la Bande Dessinée de sortir de sa chiourme médiatique. Encore convient-il de voir quelle image on en donne.

Selon Les Echos, la BD - entendez BD franco-belge - est "sortie de son ghetto et reconnue comme un mode d’expression à part entière [même si] elle doit cependant encore s’imposer en dehors de l’espace francophone européen.". Au contraire du Manga, qui, toujours sous la plume de Philippe Guillaume, a conquis le public français ; information d’ailleurs relayée par Le Soir, pour qui le Festival d’Angoulême s’ouvre "sous un soleil levant". Et Daniel Couvreur d’enfoncer le clou en précisant, à juste titre d’ailleurs, qu’"en 2003, la croissance des ventes a été dopée par les Mangas, dont la diffusion a bondi de 75 %, contre 2 % à peine pour la traditionnelle BD franco-belge", pour une part désormais estimée à "30 % du marché francophone, soit une progression de 350 % en sept ans !".

Le Manga locomotive du marché ? Ce serait oublier "l’insolente santé" de tout le secteur BD, comme le rappellent Les Echos. Pour preuve l’ambition affichée par Jean-Marc Thévenet, directeur général du festival, de le rendre incontournable. L’interview accordée à la Tribune donne clairement la note, avec l’annonce, dès 2005, d’"une "Exposition universelle de la bande dessinée" [...] au fil de trois éditons successives du festival pour s’achever dans un grand final à Paris ou dans une autre grande capitale européenne". Diable. Et l’amateur éclairé de s’interroger : est-il vraiment raisonnable de décliner Angoulême alors même que Paris BD donne des signes d’épuisement rapide ? Est-il raisonnable de tabler sur une croissance maintenue après huit années de folie, alors que la plupart des professionnels de la Bande dessinée s’accordent à prévoir une crise prochaine du secteur ?

Libération, pour sa part, qui comme chaque année a mis les petits plats dans les grands avec un numéro illustré par les plus grandes signatures BD, se montre un peu plus prudent, et nous livre même un tour d’horizon assez fouillé, en s’attardant sur un thermomètre peut-être négligé de la véritable santé du neuvième art : celui de la presse, qui avec 200 000 ventes mensuelles, tous titres confondus, "vivote […] à l’ombre des albums qui se vendent, eux, par millions."

Alors, "une insolente santé" vraiment ? Peut-être, oui, en terme de papier vendu. Mais la qualité suit-elle ? La Bande Dessinée n’est-elle pas en train de gâcher une formidable opportunité à cause de sa boulimie éditoriale ? La Bande Dessinée n’est-elle pas simplement sous le feu des projecteurs grâce à un cinéma qui l’adapte ? Dupuis, seul gros éditeur à ne pas être présent à Angoulême, seul gros éditeur à inscrire ses succès commerciaux sur le long terme sans céder à la mode du Manga n’est-il pas un exemple à suivre ? Autant de questions qu’on aimerait voir posées et débattues, entre deux coupes de champagne, durant ce Festival. Pour éviter les lendemains migraineux. Santé.

(par Damien Perez)

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