Antarès - Épisode 6 - Par Léo - Dargaud

21 août 2015 2 commentaires
  • Clap de fin pour le cycle Antarès ! Dans ce nouvel album, Léo clôt certaines intrigues et en ouvre d'autres. Une chose est certaine cependant : les aventures de Kim Keller sont loin d'être terminées.

Dans l’épisode précédent, nous avions quitté le groupe de Kim dans une situation improbable : après avoir atterri sur la planète Antarès-4 afin de secourir Lynn, la fille de Kim, et en vue d’établir un contact avec les extraterrestres, le groupe composé de Kim, Alexa, Zao, Amos, Ashley, Suria et Jededhia a dû surmonter bien des obstacles, principalement causés par le comportement irresponsable de ce dernier.

Précisons que Jededhia Thornton est un illuminé, gourou d’une secte particulièrement rétrograde. Mais sa position de cofondateur de la société Forward, instigatrice du projet de colonisation de la planète Antarès, rend sa présence obligatoire, au grand dam de nos amis. Mais une surprise de taille les attend : l’apparition holographique de Lynn et Liang Mei, la sœur de Zao qui avait disparu dans les mêmes circonstances que l’enfant de Kim, suivie de la matérialisation d’un vaisseau en tous points identique à celui de nos héros.

C’est donc la peur au ventre que Kim et Alexa décidèrent de monter dans cette réplique de leur navette spatiale...

Antarès - Épisode 6 - Par Léo - Dargaud
Antares T6 : Episode 6
Léo (c) Dargaud

Une fois à l’intérieur de l’engin, nos deux héroïnes découvrent qu’elles ont été téléportées dans une zone échappant aux règles du temps et de l’espace. Mais la stupeur fait rapidement place à la joie lorsqu’apparaissent devant elles les deux disparues, bien vivantes cette fois-ci.

Les quatre femmes réussissent ensuite à quitter sans mal cette zone étrange et rejoignent leurs compagnons. Peu de temps après ces retrouvailles, le groupe est rejoint par le vaisseau de Sven, l’extraterrestre qui est le père de Lynn. L’heure des dernières révélations va enfin sonner…

Pour ce dernier épisode de la série Antarès, Léo a décidé d’entretenir le suspense. Si certaines questions trouvent des réponses, de nombreux autres points demeurent mystérieux et il faudra s’armer de patience avant de connaître le fin mot de l’histoire.

Les aventures de Kim, Marc et Alexa sont loin d’être terminées car un nouveau cycle est déjà annoncé et celui-ci inclura un retour sur Aldébaran, la planète où tout a commencé.

Une nouveauté : l’auteur brésilien expérimente pour la première fois la mise en couleur assistée par ordinateur. Un petit dossier accompagne cet album et dans lequel il raconte d’ailleurs dans quelles conditions il s’est initié à cette méthode de travail largement répandue aujourd’hui.

Mais que les puristes se rassurent, le changement est plutôt discret et le résultat final ne gâche rien, permettant même au dessinateur de faire quelques petites variations bienvenues.

L’écriture des Mondes d’Aldébaran permet au natif de Rio de Janeiro d’aborder des sujets qui lui sont chers : les droits de l’homme et la dictature militaire, les questions environnementales ou encore la conquête spatiale.

Les thématiques qui prédominent tout au long du cycle Antarès sont le fondamentalisme religieux et les dérives sectaires ; des problématiques plus que jamais d’actualité en 2015 avec les attaques terroristes de Paris en janvier dernier contre la rédaction de Charlie Hebdo, la police (les meurtres des policiers Ahmed Merabet et Clarissa Jean-Philippe) et de l’Hyper Cacher, ainsi que les nombreux attentats islamistes de la secte Boko Haram au Nigéria.

Nous avions rencontré Léo en 2011 au festival Quai des bulles de Saint Malo. Il nous avait alors dit : “Je ne crois pas en Dieu, je suis athée. Et cela se voit dans mes albums. Je suis vraiment contre les religions car je pense qu’elles ont fait souffrir l’humanité. Je n’essaie pas de faire du prosélytisme athée, je raconte juste mon ressenti par rapport à tout ça… Dans mon pays natal, le Brésil, on est religieux mais cela n’est pas non plus envahissant, contrairement à certains pays musulmans, par exemple. Mais lors de mon arrivée en France dans les années 1980, j’ai découvert les conflits meurtriers qu’il y avait en Irlande entre les Catholiques et les Protestants. Cela m’a profondément choqué car je ne connaissais pas cela au Brésil… Je dois reconnaître que les prêtres étaient souvent très progressistes en Amérique du Sud, en particulier pendant les coups d’états. Beaucoup ont risqué leurs vies pour défendre les peuples sud-américains. C’est pour cela qu’en arrivant en Europe, le conflit irlandais m’a profondément choqué. J’étais sidéré de voir cela au XXe siècle ! De plus, je perçois le message de l’Église comme étant un discours médiéval et parfois déconnecté des réalités du monde.”

Si les intentions de Léo sont louables et s’il est primordial de dénoncer l’obscurantisme partout où il se trouve, la lecture du cycle Antarès nous laisse cependant la désagréable impression que l’auteur met croyants lambdas et fanatiques dans le même sac. Un sentiment confirmé dans cette même conversation :“C’est vrai, je reconnais que je n’ai pas de personnages croyants qui sont normaux. Je suis incapable de faire cela (rires). Et puis, une BD de 46 planches ne laisse pas souvent de place pour approfondir ce genre de choses”. Les trop rares personnages croyants non fanatiques du récit sont en effet beaucoup trop timorés pour donner un véritable contrepoids à la bêtise grand-guignolesque des fous de Dieu mis en scène tout au long de cet arc narratif.

En dépit de ce bémol, notre plaisir à suivre les aventures exotiques de Kim & co. demeure intact. Et même si la série a connu quelques longueurs, il nous tarde de découvrir le prochain cycle des Mondes d’Aldébaran qui, à coup sûr, nous émerveillera avec son bestiaire fantastique.

Voir en ligne : Antarès sur le site des éditions Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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2 Messages :
  • Quelle monde (très) moderne :
    avoir des engins de transport aussi perfectionnés et se servir d’une échelle basique pour grimper dedans. Quelle "modernité" !
    Affligeant.

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    • Répondu par mmarvinbear le 21 août 2015 à  15:27 :

      C’est pourtant un moyen simple et économe en énergie de procéder.

      Cela me rappelle une réflexion parue dans "Astro Boy". Dans une discussion impromptue, un des personnages demandait à Tezuka pourquoi il faisait cohabiter dans les mêmes histoires des moyens technologiques très poussés aux côtés des choses les plus basiques et les plus connues comme des sandales pour marcher.

      Tezuka répondait que ce mélange permettait au lecteur de rester en terre connue, avec des objets et des principes avec lesquels il était familier, ce qui facilitait son immersion dans l’histoire.

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