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Antigone : la tragédie de Sophocle trouve un nouvel interprète avec Régis Penet

  • Régis Penet adapte la célèbre tragédie de Sophocle, en mettant en avant les dilemmes moraux vécus par les dignitaires de Thèbes. Du grand spectacle !

Est-ce en dessinant le premier tome de la série Roma qui met en scène la Guerre de Troie, que Régis Penet a pris l’envie d’adapter une tragédie grecque ? Possible… Mais son choix d’interpréter l’une des plus célèbres tragédies de Sophocle, Antigone, indique sa volonté de s’intéresser aux hommes plutôt qu’aux dieux.

Rappelons que dans la mythologie grecque, Antigone, fille d’Œdipe, s’apprête à braver l’interdit de Créon, le roi de Thèbes, en accomplissant les rites funéraires destinés à son frère, le paria Polynice. Pour ce geste, elle risque la mort. Mais c’est le prix à payer pour ce qu’elle estime être son devoir : envers l’amour qu’elle porte à son frère, envers les dieux, pour que l’âme de son frère puisse quitter le monde des vivants et rejoindre celui des morts.

Son propre oncle, le roi Créon, ira-t-il jusqu’à condamner Antigone pour ce geste de défi, en dépit des lois divines, non écrites et éternelles ? Antigone, son fiancé Hémon et le devin Tirésias parviendront-ils à le faire changer d’avis ?

Antigone : la tragédie de Sophocle trouve un nouvel interprète avec Régis Penet

Régis Penet adapte donc Antigone de Sophocle dans un magnifique travail de peinture sur bois. Avec en moyenne deux cases par planche (et jamais plus de cinq au maximum), le dessinateur a choisi de réaliser une pièce en grand format : 76 pages, mêlant gros plans et compositions diverses.

Son intention ? Se concentrer sur les émotions dégagées par les personnages principaux. Ces derniers sont tiraillés par leurs dilemmes intérieurs : l’amour, l’obligation de respecter les dieux et leurs règles, mais aussi celles de la société des hommes. Des dieux, Penet en fait cependant l’abstraction. Au mieux les retrouvent-on dans les paroles des hommes pour tenter de justifier leurs agissements. L’auteur respecte ainsi l’écriture de Sophocle qui préfère laisser la place aux oracles.

Penet s’appuie également sur la dramaturgie originelle, pour donner plus de relief aux chocs des idées entre Antigone et Créon. Ainsi, Antigone n’est pas prise en flagrant délit dans la version de Régis Penet, ce qui apporte à la fois plus de force et de subtilité dans les volontés qui s’expriment.

Notons d’ailleurs qu’en fin d’ouvrage, Jean-François Gautier, docteur en théologie ancienne, revient en détail sur l’essence de ce qu’est la tragédie grecque. Le dossier de huit pages permet de bien contextualiser cet élément essentiel de cette société antique, et comment cette forme théâtrale a été transmise jusqu’à nos jours. On aurait néanmoins apprécié plus d’informations sur la pièce originelle, afin de mieux comprendre les choix d’adaptation faits par l’auteur.

Une première double-page qui rend compte de l’impressionnant graphisme de l’album...

Si Penet reste donc relativement fidèle à l’esprit originel de la pièce, il faut signaler son traitement graphique : par un subtil jeu des corps, des symboles (surtout des masques, référence à la tragédie des origines), des regards et des cadrages, Penet impresssionne.

Dommage que le prix relativement élevé de 19,95 € réduise un peu la portée de ce chef d’œuvre. Car après Koba réalisé en 2014 avec Jean Dufaux, et les deux récents volumes de Roma, Penet prouve qu’il faudra désormais partie des auteurs qui comptent.

...suivie d’une seconde double-planche : le drame se noue !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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