"Apache" d’Alex W. Inker : un polar ironique en lice à Angoulême

25 janvier 2017 0
  • La première bande dessinée d'Alex W. Inker, publiée en mars 2016 chez Sarbacane, fait partie des cinq livres de la sélection "Polar SNCF". S'il ne fait pas figure de favori, face notamment à "L’Été Diabolik" et à "Prof. Fall", il pourrait cependant créer la surprise. Sa forte personnalité graphique, son scénario sombre et grinçant, ainsi que son ancrage dans l'histoire en font un polar séduisant et décalé.

Avec Apache, Alex W. Inker a signé en mars 2016 sa première bande dessinée, dix ans après avoir quitté les bancs de l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Et il faut bien admettre que son projet a été mûrement réfléchi. Son polar, au graphisme et au scénario ciselés, en témoigne.

Dans le Paris des années 1920, un quatuor de marlous s’observe, bavarde et trinque (dans tous les sens du terme), avant de se déchirer pour un magot durement gagné... sur le champ de courses. L’histoire débute dans le bouge tenu par un ancien "apache" plus ou moins rangé. Un Indien dans la ville ? Un voyou plutôt, une "racaille" dirait-on aujourd’hui. C’est ainsi que l’argot de l’époque désignait les malfrats et autres mauvais garçons traînant dans les rues.

L’argot tient justement lieu de colonne vertébrale au livre d’Alex W. Inker. Sans tomber dans un obscur babil, ni même atteindre la verve d’un Audiard, la langue donne tout son sel au récit. Un bref lexique est même fourni en fin d’ouvrage, pour les lecteurs les plus hermétiques au vocabulaire fleuri du petit peuple de Paname. Il y a du Alphonse Boudard dans les dialogues mis en scène par Alex W. Inker.

"Apache" d'Alex W. Inker : un polar ironique en lice à Angoulême
Apache p. 10-11 © Alex W. Inker / Sarbacane 2016

Si le discours tient une place majeure dans cette bande dessinée - à travers les joutes verbales entre les protagonistes et les récits de souvenirs - l’action n’est pas pour autant négligée. Alors que l’histoire commence comme un huis-clos dans le bistrot de l’apache, nous nous en échappons à plusieurs reprises, par le biais de retours en arrière subtilement amenés et joliment racontés. Puis, ce sont les personnages eux-mêmes, ou du moins une partie d’entre eux, qui sortent dans Paris.

Le graphisme n’est pas non plus négligé, loin s’en faut. Alex W. Inker prend le parti d’user sans abuser d’un trait noir précis, bien qu’assez épais. Donnant ainsi corps à ses personnages et densité à ses décors, son dessin est d’une grande lisibilité, mais ne recherche pas l’hyperréalisme. Nous sommes dans une bande dessinée, et il ne s’agit pas de le nier. L’auteur le rappelle d’ailleurs, par quelques allusions à Tintin, au Petit Vingtième et aux Pieds Nickelés.

Le choix d’une bichromie élaborée autour d’un rouge clair rehausse agréablement le dessin, grâce en particulier à l’association de trames et d’aplats. La composition des pages s’adapte idéalement au récit, qu’il s’agisse des scènes dialoguées ou des flash-back. Le format à l’italienne et le papier épais ajoutent encore au plaisir de la lecture.

Apache p. 54-55 © Alex W. Inker / Sarbacane 2016

L’ouvrage d’Alex W. Inker est un très bon polar, un récit sombre et macabre. Le FIBD 2017 ne s’y est pas trompé, en le sélectionnant pour le Prix "Polar SNCF". Il ne faudrait cependant pas réduire ce livre à cette dimension. Nous n’avons en effet pas là un pur roman noir. L’humour est souvent présent dans ces pages où les truands sont encore plus pathétiques qu’effrayants. Humour noir donc, mais ironique et grinçant, qui rappelle que les voyous sont bien rarement des héros.

Une autre dimension contribuant à l’originalité du livre est son utilisation du contexte historique dans lequel il se déroule. Le Paris des années 1920 est rendu sans lourdeur ni emphase, par petites touches. L’ombre de la Première Guerre mondiale plane également sur le récit. Son évocation mêle horreur et outrance... comme la Grande Guerre elle-même, en quelque sorte.

Apache emportera-t-il à Angoulême le Prix "Polar SNCF" 2017 ? Rien n’est moins sûr. Quoi qu’il en soit, il méritait sans conteste d’être sélectionné. Le scénario implacable et la personnalité du graphisme en font une des belles surprises de l’année passée.

Apache © Alex W. Inker / Sarbacane 2016

(par Frédéric HOJLO)

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26,5 x 19 cm - 128 pages en bichromie - couverture cartonnée avec empreinte - parution le 2 mars 2016 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

La sélection "Polar SNCF" 2017 sur le site du FIBD.

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