Aperçu de la rentrée manga 2013 – Kazé Manga : entre passé et avenir

3 août 2013 0 commentaire
  • Chez Kazé Manga, la rentrée témoignera à la fois de l’héritage d’Asuka et de l’orientation « shonen jump » induite par le statut de filiale de Shueisha via Viz Europe. Surtout, ce sera l’occasion de repartir sur de nouvelles bases après quelques mois difficiles marqués par des changements de direction, une restructuration et la récente démission du directeur éditorial.

Une offre entre modernes et classiques

Aperçu de la rentrée manga 2013 – Kazé Manga : entre passé et avenir
Kid’s on the Slope, ou comment le Jazz, à la fin des années soixante, au Japon, structure les relations entre adolescents

Côté Jump d’abord, la nouveauté attendue pour la rentrée est sans aucun doute Nisekoi de Naoshi Komi. Comédie romantique parodiant Roméo et Juliette, ce shonen met en scène deux jeunes lycéens, héritiers de gangs rivaux, contraints de jouer les amoureux pour éviter une guerre sanglante entre mafieux. Action, humour et sentiments annoncés au programme.

Les nouveaux volumes des autres grandes séries issues du Weekly Shonen Jump seront également publiés entre fin août et début septembre : Beelzebub T15, Toriko T13, Kuroko’s Basket T11 et Sket Dance T6. Notons également, dans des catalogues différents, le cinquième et dernier volume de The Moon Sword, la suite de La Fleur Millénaire et le troisième tome de Kids on the Slope, une belle série sur le Jazz que nous présenterons prochainement.

L’Hokuto nouveau arrive pour les vendanges : plus gros, plus beau, il va faire des ravages !

Mais c’est aussi et surtout côté patrimonial qu’on peut résolument espérer Kazé manga à la rentrée. Outre l’édition Deluxe d’Hokuto no Ken présentée en avant-première à Japan Expo, Kazé entame une reprise de son catalogue Asuka avec en septembre la publication d’une intégrale de Très cher frère de Riyoko Ikeda. Ce classique narre les complexes relations nouées à l’intérieur d’un prestigieux pensionnat pour jeunes filles.

Mangaka majeure, Riyoko Ikeda demeure principalement connue chez nous pour La Rose de Versailles dont l’adaptation en animé, sous le titre de Lady Oscar connut un réel succès voilà une vingtaine d’années. Mais son œuvre est foisonnante et l’on ne peut que se réjouir de retrouver - à nouveau - l’une de ses séries.

Suivra, dans ce sillage, en octobre, une autre réédition sous la forme d’un gros volume : l’intégrale du Fleuve Shinano de Kazuo Kamimura.

Signalons en outre que sont prévus pour cette période les tomes 2 des créations proposées par Kazé Manga : celui de Flander’s Company d’abord, puis celui des Mystérieuses Cités d’or. Et que côté shojo/josei, Kazé annonce pour novembre le retour d’Akimi Hata, auteure de Happy Marriage, avec 2nd Love, une romance mettant en scène une working girl invitée au mariage de son amour de jeunesse.

De quoi réjouir les amateurs de manga et prouver que l’activité éditoriale de Kazé ne se réduit pas à la promotion des récents hits de Shueisha, ce dont on avait déjà eu la preuve cette année avec Le Cœur de Thomas de Moto Hagio. Cependant, cette activité diverse et dynamique ne peut entièrement masquer les difficultés que vient de connaître en interne l’éditeur.

Restructuration et démission

Josselin Moneyron, directeur éditorial de Kazé Manga depuis janvier 2013,quitte aujourd’hui son poste après avoir donné sa démission

En effet, relativement mises à l’épreuve depuis un an et le départ, en mai 2012, de Cédric Littardi, les équipes de Kazé ont subi une nouvelle restructuration il y a quelques semaines de cela. Dernier événement en date, Josselin Moneyron, directeur éditorial de Kazé Manga, a donné sa démission et a quitté son poste hier, 2 août 2013. Il avait progressivement pris la succession de Raphaël Pennes – lui-même monté en grade côté Viz Media Europe – depuis l’automne 2012 jusqu’à sa prise de fonction officielle en janvier dernier.

Sept mois à peine plus tard, il jette l’éponge. Il présente sa démission comme un « wake-up call » adressé à sa direction devant les difficultés rencontrées du fait de la multiplicité des tâches confiées.

Dans le contexte particulier de la restructuration que Kazé vient de subir, la gestion de cet événement devient particulièrement complexe. La nécessité de ménager les équipes en interne semble une évidence pour une partie des dirigeants de la société. Reste à voir comment. À la veille de la pause estivale d’août, de grandes manœuvres sont en cours.

Quelques rappels pour comprendre la situation particulière de Kazé

Cédric Littardi, fondateur de Kazé, ayant quitté la société il y a un peu plus d’un an

Société originellement dédiée à l’animation japonaise, Kazé fait partie des pionniers qui l’ont importée en France au milieu des années 1990. Sous la houlette de Cédric Littardi, Kazé se développe, passant des séries comme Les Chroniques de la guerre de Lodoss aux longs métrages, dans les années 2000, avec notamment les films de Mamoru Hosoda comme La Traversée du Temps, Summer Wars et plus récemment Les enfants loups, Ame et Yuki.

En 2007, Kazé souhaite se développer du côté des mangas et rachète Daipen qui détient le label Asuka, rapidement rebaptisé Kazé manga, et chapeauté par Raphaël Pennes. Durant la même période, Kazé se déploie dans de multiples directions : label musical dédié à la J-pop avec Wasabi Records, VOD avec KZPLAY ou chaine dédiée avec KZTV.

Vers la fin des années 2000, les géants japonais de l’édition Shueisha et Shogakukan, par le biais de leur société commune internationale Viz Media, cherchent à entrer directement sur le marché européen et plus particulièrement français. Pour cela, elles rachètent l’ensemble de Kazé et recomposent peu à peu la société. Des dirigeants japonais prennent pied dans la structure, jusqu’au départ en 2012 du fondateur historique de Kazé, Cédric Littardi, laissant seul aux manettes Hyoe Narita qui avait, avant son arrivée en 2011, grandement accompagné le développement Viz Media au États-Unis.

Hyoe Narita, ancien responsable de Viz Media US, devenu président de Viz Media Europe en 2011

Il faut donc aujourd’hui distinguer plusieurs entités, aux intérêts parfois divergents, au sein de l’ensemble. D’un côté, Viz Media Europe gère les licences des éditeurs japonais concernés pour l’ensemble du marché européen. De l’autre côté, Kazé Manga continue son activité d’édition de manga, mais davantage en tant que filiale puisque l’éditeur bénéficie désormais d’une priorité concernant les titres Shueisha et Shogakukan, notamment sur tout ce qui touche les potentiels succès issus du fameux Weekly Shonen Jump.

Si la situation de l’éditeur semble enviable sur le papier, elle se révèle dans les faits beaucoup plus compliquée que cela pour les équipes à qui sont confiées de nouvelles missions, bien plus contraignantes qu’auparavant. Espérons que la vitalité dont témoigne le catalogue en ce moment, oscillant entre purs shonens contemporains et propositions étonnantes, patrimoniales ou marginales, constitue un signe positif pour la suite.

(par Aurélien Pigeat)

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