Apprivoisez la mort grâce à Pierre Tombal

3 août 2011 0 commentaire
  • Double nouveauté pour {Pierre Tombal} avec la publication du 27e album de la série, entre la {Vie et la Mort}, ainsi qu’une bande dessinée publicitaire, commandée par un opérateur funéraire. {Papy se disperse} est destiné à aider les enfants qui viennent de perdre un proche. Une occasion de revenir sur la genèse de la série.

Apparue dans les pages du journal de Spirou en septembre 1983, la série Pierre Tombal montre le quotidien d’un fossoyeur, chargé de veiller sur un cimetière où les morts ont une après-vie plutôt … remplie, vivante et désopilante. Peu avant la création de la série, le dessinateur Marc Hardy venait de traverser une période difficile sur le plan personnel, avec le décès de plusieurs de ses proches. Marc Hardy était également en proie à des doutes sur sa carrière. Cela faisait près de quinze ans qu’il s’était lancé dans le métier, sans véritablement percer. Retour sur les faits.

En 1980, Marc Hardy vit une année de galère, sans travail. Il en profite pour s’interroger sur ses envies et sa capacité à évoluer graphiquement. Après avoir dessinés ses premiers travaux de manière réaliste, Hardy s’essaie au dessin humoristique, sans véritablement séduire les éditeurs et les lecteurs. Il travaille alors sans relâche pour trouver un style, s’éloigner de ses influences, évacuer tics graphiques et mauvaises habitudes. De plus en plus passionné par le dessin humoristique, Marc Hardy surprend alors le public avec Arkel, série qu’il lance avec Stephen Desberg en 1981 dans les pages du journal. Le dessinateur a trouvé sa voie graphique, il ne cessera d’évoluer par après en empruntant des chemins de traverse.

Apprivoisez la mort grâce à Pierre Tombal
Extrait de Pierre Tombal T27
(c) Hardy, Cauvin & Dupuis

Lorsque Raoul Cauvin confie à Marc Hardy le concept d’une série de gags mettant en scène un fossoyeur, le dessinateur y voit une manière de crever l’abcès, d’exorciser les terribles événements qu’il vient de traverser. L’idée le séduit. Les auteurs se mettent au travail. Les premières pages tombent.

Si aujourd’hui l’humour de cette série peut être perçu comme étant traditionnel, voire « bon enfant », il n’en était rien à l’époque. Évoquer la mort, un sujet tabou dans une série à gags destinée à un journal essentiellement pour enfants, était considéré comme plutôt trash ! Cependant, les premiers gags font mouche, et sont bien perçus par les lecteurs du journal de Spirou. A l’origine, les planches étaient « uniquement et officiellement » signés par Marc Hardy.
En effet, Raoul Cauvin ne voulait pas mentionner son nom, car il risquait d’y avoir un peu trop de « Cauvin » dans le journal au goût de certain. Au bout du trentième gag, Hardy trouve les mots adéquats pour convaincre son scénariste de sortir de l’anonymat. Les lecteurs du journal pensent alors que le dessinateur, à court d’idée, a pris un scénariste ! Les critiques fusent de toute part. Les scénarios sont soi-disant devenus moins bons. Cauvin, qui se définit lui-même comme tenace, s’accroche. Finalement, les lecteurs oublient bien vite « l’arrivée de l’intrus ». Le nom du scénariste s’affichera bien sûr sur la couverture du premier tome de Pierre Tombal, les 44 premiers trous, qui paraîtra en avril 1986. Le succès sera immédiat. Depuis lors 27 albums sont parus aux éditions Dupuis.

Pierre Tombal a permis à Marc Hardy d’imposer un style humoristique nerveux, sans concession, expressif et enlevé, que l’on reconnaît entre mille autres. Raoul Cauvin, le scénariste aux 100.000 gags, cherche toujours à faire évoluer la série. Ces dernières années, il a mis le personnage de la Mort à l’avant-plan, puis lui a inventé un ennemi … la Vie ! Celle-ci est représentée par une jeune fille aux cheveux bleu-mauves, qui transforme le monde en fleur à son passage.
L’humour de Cauvin s’il est plus corrosif dans cette série, n’est jamais méchant.

Les auteurs tournent finalement la thématique de la mort en dérision, et permettent aux enfants de l’apprivoiser. Un opérateur funéraire français, « Le Vœu » l’a bien compris puisqu’il a demandé aux auteurs de réaliser deux mini-albums pour familiariser les enfants de 6 à 12 ans avec l’idée du deuil. Marc Hardy a réalisé ces deux albums avec l’un de ses fils. Nicolas Hardy explique que pour « Papy se disperse », le plus difficile a été de « garder cet esprit de la série tout en faisant comprendre aux enfants que dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme çà ». L’ouvrage peut être commandé sur le site de l’opérateur.

(par Nicolas Anspach)

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