Après la guerre - Episode 1/15 - par Luc Brunschwig, Etienne Leroux & Freddy Martin - Futuropolis

2 mai 2006 0
  • Sur le mode de l'anticipation politique, {Après la Guerre} est une œuvre typique de notre époque contemporaine, celle de l'après 11 Septembre et de la Guerre d'Irak. Balançant entre H.G. Wells et John Carpenter, cette saga louche aussi du côté d'Alan Moore. Un cocktail détonnant.

La sortie en salle du film V For Vendetta tiré de la BD d’Alan Moore et de David Lloyd rappelle opportunément ce qu’une BD comme Après la Guerre doit au démiurge de Northampton [1]. Dans V, Moore imagine l’Angleterre aux prises avec une dictature qui serait un accomplissement de la politique thatchérienne. Même pessimisme noir, même sentiment de révolte, même toute puissance de la télévision, à ceci près qu’elle n’est plus que la voix de l’Amérique, América’s Speaking, dans cet album-ci. Une anticipation qui n’est pas absurde quand on voit comment celle-ci s’y prend pour maintenir sa puissance dans toutes les parties du monde, malgré les résistances qui peuvent subsister de part et d’autre.

Le schéma politique est un classique : face à une menace extérieure imminente (ici, rappel de la Guerre des Mondes, ce sont des vaisseaux extraterrestres qui s’approchent de la terre sans donner le moindre signe de fraternité), le gouvernement mondial déclare l’état de guerre. Toute la population terrestre âgée entre 15 et 40 ans et apte physiquement est mobilisée. Gordon Etchevaria est enrôlé et, d’entrée pour lui, les choses se passent de façon bizarre. Deux ans plus tard, le jeune conscrit dissident est repéré par une borne de surveillance gouvernementale. On comprend qu’il n’a pas choisi le droit chemin, en tout cas, celui imposé par les autorités, et que celles-ci cherchent à lui mettre le grappin dessus. Par ailleurs, le jeune homme est devenu enquêteur privé. Il est sur la trace d’une jeune fille recherchée par sa famille. Il la trouve étrangement suicidée...

Si le scénario de Luc Brunschwig demande davantage de pages pour poser un diagnostic, mais sait en revanche rapidement entraîner le lecteur dans un suspens haletant, le trio Freddy Martin (dessin), Etienne Leroux (Storyboard) et Vincent Froissard (couleurs), en revanche, déploie ici toute la palette d’un travail réussi. Avec une science consommée du noir et blanc, des plans caméra multipliant les points de vue virtuoses, une approche des matières qui permet de préserver un tempo croquis aux avant-plans tout en conservant une image fine et lisible aux arrière-plans, avec une alternance réussie entre les ambiances glauques d’un Paris plébéien où la tache domine et les espaces aseptisés qui sont ceux du Pouvoir, on se dit que l’on a là les ingrédients d’une excellente série. La pression est sur Brunschwig qui a intérêt à nous offrir une histoire qui tienne la route pour ne pas gâcher un travail aussi prometteur, d’autant que l’aventure est annoncée pour être longue de 15 épisodes. Un passionnant défi.

La série, prévue pour paraître d’abord dans la collection "Repérages" chez Dupuis [2], est devenue l’un des fers de lance de la toute nouvelle collection 32 chez Futuropolis. Elle mérite qu’on y goûte, d’autant que pour le prix de 4,90€ (c’est le principe de la collection : les albums sont au prix d’un magazine), on aurait tort de se priver.

Après la guerre - Episode 1/15 - par Luc Brunschwig, Etienne Leroux & Freddy Martin - Futuropolis
Après la Guerre
par Luc Brunschwig, Etienne Leroux & Freddy Martin. (c) Futuropolis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1Il nous semble bien, d’ailleurs, qu’un hommage lui est explicitement rendu par les auteurs.

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