Arctic-Nation - Blacksad, n°2 - Diaz Canales et Guarnido - Dargaud

1er mai 2003 0 commentaire
  • Le premier tome de "Blacksad" avait redonné un sérieux coup de jeune à l'un des genres les plus anciens du neuvième art: la bande dessinée animalière. Comme Benoît Sokal et Canardo, qui révolutionnèrent le genre il y a 25 ans, il s'adresse aux adultes. Mais avec une virtuosité graphique époustouflante. Les auteurs étaient attendus au tournant. Ils ne déçoivent pas avec ce second tome, bien au contraire! Apprêtez-vous à subir quelques chocs!

Oldsmill, le maître de la ville, est un tigre blanc. Karup, le chef de la police, un ours blanc. Huk, l’âme damnée de Karup, un renard blanc.

Avec les autres animaux à pelage immaculé, ils forment la société WASP (W pour White, AS pour Anglo-Saxon, P pour Protestant). Tous les autres habitants, de la pie noire au renard brun-roux en passant par le chat tacheté et la biche châtain, ne sont que racaille. Et si la police n’est pas capable de maintenir l’ordre des blancs, les gros bras d’Arctic-Nation, le parti raciste, cagoulés et vêtus de robes blanches, s’en chargent sans états d’âme. Ils ont les cordes et les croix enflammées qu’il faut.

Dans cette ambiance pas câline, câline, Blacksad, le chat détective privé, enquête sur la disparition d’une enfant de couleur. La mère de Kyle, Dinah, travaillait comme femme de ménage chez le même Karup et, selon quelques bonnes âmes, serait au mieux avec le fils Oldsmill.

Un vrai noeud de vipères dans lequel Blacksad plonge les pattes et joue au justicier prompt à griffer si nécessaire... Son seul appui, le reporter d’un magazine à scandale Weekly. Un fouille-merde qui sera utile à John. Vaut mieux. Coups bas et coups tordus vont pleuvoir comme à Gravelotte.

Après "Quelque part entre les ombres", son coup d’essai, le dessinateur Guarnido va encore plus loin dans le réalisme animalier. Les gueules, les pelages, les ramages de ses personnages leur donnent une réalité extraordinaire, et toujours humaine.

Lorsqu’ils sortent leurs crocs ou leurs griffes, ses fauves relèguent les coups de gueule d’un James Cagney au rang de caprices de garçonnet. Le plus doux des chatons est un fauve en devenir. Alors, Blacksad en colère !

Le scénario de Canales est envoûtant comme un roman de Dashiell Hammett, glauque comme un Raymond Chandler, gouailleur comme un Chester Himes. Arctic-Nation est un vrai roman noir. Très, très noir.

(par Patrick Albray)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

On est ébloui par chaque dessin de Guarnido, qui mêle un univers extrêmement réaliste et des personnages animaliers, le tout dans des couleurs chaudes, poussées jusque dans les moindres détails. Ce travail d’orfèvre et de dessinateur de haut vol sert un scénario dur, où les moments-chocs se multiplient jusqu’au final apocalyptique et un épilogue émouvant. Inutile de dire que vous devez vous précipiter sur les deux tomes de cette série qui a mis la barre tellement haut qu’il va désormais être difficile de faire de la bande dessinée animalière sans paraître ringard en comparaison.

Lire un extrait

  Un commentaire ?