Area 51 : acte final lumineux pour une série noire

12 avril 2018 0 commentaire
  • Dénouement exceptionnel, entre apocalypse et drame intimiste, pour une série remarquable du début à la fin. McCoy et l’Area 51 tirent leur révérence avec le statut de titre culte après avoir revisité de façon sidérante le genre « Hardboiled » à la sauce fantastique.
Area 51 : acte final lumineux pour une série noire

Nous n’avons jamais tari d’éloge sur Area 51 de Masato Hisa qui nous a offert une œuvre de Hardboiled véritablement totale : un dessin à aplats noirs à la Frank Miller, la détective au passé tragique cherchant vengeance, la ville « seuil », entre enfer et paradis, les grandes familles se la partageant, avec autant de criminels que de pauvres diables luttant dans un univers sans pitié où tout s’achète ou se vole.

N’oublions pas non plus, indispensable au genre, la belle galerie de personnages entre ombre et lumière, des assistants de McCoy, Kishiro le Kappa et le Prince Charmant, aux chefs des clans de Dieux comme Amateratsu, Zeus ou encore Sun Wukong, ainsi que tous les clients venus demander l’aide de McCoy.

Un récit qui a alterné petites et grandes histoires avec brio, entre malice et tendresse, mais aussi horreur et étrangeté, cruauté et mélancolie, avec des personnages au destin brisé et contrarié, qui constituent indéniablement la grande force de l’œuvre de Masato Hisa. Alors quoi de plus naturel que de terminer sur le destin des deux grands personnages de la série, Amateratsu et McCoy, amies sans jamais se l’avouer.

© 2011 Masato Hisa / SHINCHOSHA / Casterman

Dans ces ultimes tomes, nous avons d’abord la seconde et dernière partie du long arc narratif de la vengeance d’Anubis contre Amateratsu, qui s’étala de la fin du tome 11 à la première moitié du tome 14. Beaucoup d’émotions mais également de révélations avec un long flashback consacré à Amateratsu : comment elle réussit à entrer au Conseil des Dix Dieux, le prix qu’elle dut payer pour cela et sa rivalité (jusqu’à la haine) avec le panthéon Celte, à qui appartenait originellement les territoires qui allaient former Little Tokyo.

Pour protéger les siens Amateratsu se changea en leader impitoyable… jusqu’au moment où son histoire recoupe celle de McCoy, alors flic à Tokyo, et que nous découvrons qu’elle n’est pas totalement étrangère au drame qui l’a frappée !

Une véritable tragédie grecque qui fait presque passer au second plan le dénouement de la guerre entre les panthéons japonais et égyptien. Une première « fin », celle de l’histoire de la ville se conclut, avant d’entamer le chapitre final, celui de la vengeance de McCoy contre le Doppelgänger qui tua son amant, vola son enfant et pris son apparence.

© 2011 Masato Hisa / SHINCHOSHA / Casterman

McCoy découvre en effet après moult recherches sa planque : un endroit tabou de l’Area 51, ultime révélation sur cet univers, avant de basculer dans le dernier tome à la confrontation finale entre McCoy et sa Némésis, axée sur la colère de notre détective, prête à tout sacrifier afin de se venger, jusqu’à oublier son enfant détenu par le Doppelgänger.

Un final intense et émouvant ! Après les derniers arcs narratifs à tendance apocalyptique, la série s’achève ainsi sur une note intime et personnelle : le casting habituel de la série se trouve ainsi quasi absent, écarté pour garder uniquement McCoy et le Doppelgänger, l’héroïne face à elle-même.

Beau et émouvant l’épilogue se révèle étonnant à l’image d’une série aussi exceptionnelle qu’atypique. Tout est dit dans les dernières pages du manga : Area 51 conte l’histoire de laissés-pour-compte (dieux et créatures fantastiques) qui finissent de façon improbable dans un même lieu-prison, vivant ensemble bon gré mal gré, dans un tourbillon d’amitié et de trahison, d’amour et de haine, le tout sous un dessin absolument sublime.

© 2011 Masato Hisa / SHINCHOSHA / Casterman

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Area 51 T13, T14 & T15. Par Masato Hisa. Traduction Ryôko Sekiguchi & Wladimir Labaere. Casterman, collection "Sakka". Sortie le 6 septembre 2017, le 14 février 2018 & le 11 avril 2018. 194 pages, 194 pages & 232 pages. 8,45 euros.

Commander le tome 13 chez Amazon ou à la FNAC

Commander le tome 14 chez Amazon ou à la FNAC

Commander le tome 15 chez Amazon ou à la FNAC

Area 51 sur ActuaBD :
- Lire la chronique des tomes 1 & 2,
- Lire la chronique des tomes 3 & 4,
- Lire la chronique des tomes 5 & 6,
- Lire la chronique des tomes 7 & 8,
- Lire la chronique des tomes 9 & 10,
- Lire la chronique des tomes 11 & 12.

Masato Hisa sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1 de Jabberwocky,
- Lire la chronique du tome 2 de Jabberwocky,
- Lire la chronique du tome 5 de Jabberwocky,
- Lire la chronique du tome 7 de Jabberwocky.

  Un commentaire ?