Art Spiegelman à Paris, côté coulisses

6 juin 2009 0 commentaire
  • À ceux qui pensent encore que l'œuvre d'Art Spiegelman se limite à Maus, la galerie parisienne Martel propose de réviser leurs classiques avec une exposition-panorama des différents travaux de l'artiste new-yorkais, une première en France. Pour les autres, la visite sera tout aussi profitable car priorité est donnée à toute la partie préparatoire des dessins de Spiegelman.

Un double intérêt donc, qui n’a pas échappé à l’auteur, venu tout spécialement en France pour le vernissage. Pas étonnant que la foule des grands jours se soit pressée jeudi soir rue Martel.

Une exposition BD qui attire trois Grand Prix de la ville d’Angoulême a forcément quelque chose en plus. La présence de Jacques Tardi, Florence Cestac et Blutch rue Martel jeudi dernier en dit long sur l’intérêt des auteurs français pour le travail d’Art Spiegelman. Un intérêt inter-générationnel qui ne se limite pas seulement aux thèmes abordés par l’artiste mais aussi à la technique de dessin. Opportunité est donnée avec cette exposition de se pencher sur le style et le processus créatif d’une des icônes de la bande dessinée underground américaine.

Art Spiegelman à Paris, côté coulisses
Art Spiegelman dans une conversation enjouée avec Florence Cestac
Jeudi soir, difficile d’entrer dans la galerie sans jouer des coudes
Jacques Tardi et Lorenzo Mattoti
Blutch

La vie artistique d’Art Spiegelman n’a pas commencé et ne s’est pas arrêtée avec Maus. L’un des grands mérites de l’exposition est de confronter le visiteur avec toutes les facettes du travail de l’auteur. La partie réservée à l’évocation de la Shoah ne représente d’ailleurs qu’un cinquième de la surface totale. Le reste est très varié. On retrouve bien sûr des dessins liés à Raw, le magazine alternatif qu’il a lancé en 1980 avec sa femme Françoise Mouly, au New Yorker, journal pour lequel il réalisa un grand nombre d’illustrations entre 1993 et 2001, mais aussi à des couvertures de livre, des histoires pour enfants. La pièce maîtresse de l’exposition se trouve quant à elle au fond de la galerie sous la forme d’un mur de carnets de croquis, dont certains fac-similés ont été publiés récemment par Casterman dans le coffret Be A Nose.

Le mur des carnets de croquis
L’espace réservé à Maus

Esquisses, études, croquis, dessins préparatoires émaillent les murs de la galerie Martel et montrent à quel point le processus créatif de Spiegelman est constitué de nombreuses étapes pour arriver au dessin final. Un cheminement posé, réfléchi, presque sécurisant pour un dessinateur aussi cérébral. D’où l’intérêt de le comparer à celui des carnets de croquis qui fait plus appel à l’instinct, en violentant le tempérament de l’auteur.

Le mur réservé à Raw
Quelques illustrations pour le New Yorker
Crossroads

Et puisque la fonction première de la galerie est de vendre des originaux, n’oublions pas de préciser que la plupart des œuvres exposées peuvent être achetées, les prix variant de 24.000 à quelques centaines d’euros pour des croquis. Un certain nombre d’originaux étaient d’ailleurs déjà acquis le soir même du vernissage. Et notamment les plus chers comme Crossroads (24.000 €) et Head (12.000 €), inspirés par l’univers de Maus. Finalement, force est de constater qu’Art Spiegelman a toujours autant de mal à s’affranchir de son chef d’œuvre.

(par Thierry Lemaire)

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Art Spiegelman - From raw books to toon books
Du 5 juin au 11 juillet 2009.
Galerie Martel
17 rue Martel 75010 Paris
Du mardi au samedi, de 14h30 à 19h00

Photos : (c) Thierry Lemaire

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