"Ashman" de Yukito Kishiro, l’ivresse du crash

27 janvier 2020 0 commentaire
  • Le monde cyberpunk que Yukito Kishiro créé avec "Gunnm" ne s’est pas développé qu’autour de Gally. L’auteur a enrichi son univers de plusieurs récits qui explorent les zones d’ombre de son monde. "Ashman" fait partie de ce corpus, séparé de la saga principale mais prenant place dans le même espace et la même temporalité.
"Ashman" de Yukito Kishiro, l'ivresse du crash
© Yukito Kishiro / Glénat.

Dans Ashman, on suit les aventures d’un motorballer raté, Sven. Il a en lui les qualités d’un champion, mais ses démons intérieurs l’empêchent de briller sur la piste. Dans le milieu, il est même plus réputé pour ses crash spectaculaires que pour ses victoires. Yukito Kishiro nous raconte ses errements, qui de drames en tragédies le mettront face à son destin.

En développant l’histoire de Sven, l’auteur revient ainsi sur l’un des éléments les plus emblématiques et les plus appréciés de la saga : le motorball. Ce sport ultra-violent dans lequel des cyborgs optimisés pour le combat s’affrontent à toute vitesse sur un circuit périlleux pour amener une balle derrière la ligne d’arrivée.

Dans la première saga, l’arc dédié au motorball introduisait notamment Jasugun, l’un des personnages les plus charismatiques de la série, et c’est à travers ce sport que Gally découvrait une nouvelle facette d’elle-même. C’était donc à regret que les lecteurs abandonnaient l’asphalte brûlant des stades de Kuzutetsu dans les arcs suivant.

© Yukito Kishiro / Glénat.

Ici, Kishiro nous régale à nouveau en nous immergeant dans le monde sans pitié de ce sport. Que les lecteurs prennent garde : la nouvelle, tant dans le style graphique que dans l’ambiance générale, est bien différente de Gunnm. Beaucoup plus sombre au niveau du trait, on identifie clairement des hommages au Sin City de Frank Miller, dans les personnages notamment, comme la prostituée au bon cœur trucidée par un psychopathe.

Quant au ton, là encore Kishiro se révèle bien plus ténébreux qu’à l’accoutumé. Pas une once d’espoir n’apparaît tout au long du récit. Et même à la fin, la première (et unique) victoire de Sven sur la piste se fait au prix d’un ultime crash, après lequel le personnage disparaîtra définitivement.

Ashman est assurément une pièce importante de la machine Gunnm. Kishiro y démontre son talent pour la narration : en à peine une centaine de pages, il installe une multitude de nouveaux personnages tous plus attachant et intéressant les uns que les autres, et ses dessins sont, comme d’habitude, absolument magnifiques, même si le style diffère de son trait habituel.

© Yukito Kishiro / Glénat.

En ce début d’année, le one shot est réédité par Glénat manga dans sa version originale, qui enrichit ainsi la collection déjà bien complète de l’éditeur dédiée à l’oeuvre de Kishiro. Mention spéciale pour la couverture rouge et noire, superbe.

On recommandera sans hésiter cette lecture aux amateurs de l’univers de Kishiro, ils y retrouveront assurément toutes les qualités de l’arc principal.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

"Ashman édition originale", par Yukito Kishiro, édité chez Glénat. 136 pages. Publié le 15/01/2020. 13x18cm.

  Un commentaire ?