Assassination Classroom chez Kana : les dessous d’une licence.

16 juillet 2013 10 commentaires
  • Nous avions abordé le sujet à plusieurs reprises ces derniers mois : l’acquisition de la licence {Assassination Classroom} de {{Yūsei Matsui}} fut l’une des batailles les plus ardentes livrées par les éditeurs français de manga, à une période où les best-sellers commencent à faire disette. Retour sur la manière dont Kana est parvenu à s'imposer... de manière inattendue !

Assassination Classroom - Ansatsu Kyoushitsu en japonais - est le nouveau manga issu du Weekly Shonen Jump sur lequel nombre d’éditeurs français se sont penchés cette année, à la recherche d’un nouveau best-seller susceptible de remplacer Naruto ou One Piece, prochainement en fin de cycle.

Nous l’avions évoqué à propos du renouvellement du magazine-amiral de la Shueisha, aussi bien avec Stéphane Ferrand, le directeur éditorial de Glénat, qu’avec Christel Hoolans, directrice éditoriale de Kana, qui étaient en compétition pour l’acquisition de ce titre. C’est cette dernière qui a d’ailleurs fini par emporter le morceau. Le lancement d’Assassination Classroom est attendu pour octobre chez la filiale manga de Dargaud.

Un manga atypique

Ce manga propose un scénario d’une étrange tonalité qui se partage entre la science-fiction, la chronique scolaire, le récit de combat et l’humour : Koro-sensei, un alien à l’apparence de pieuvre, totalement invulnérable, annonce qu’il détruira la terre d’ici une année à moins qu’un élève de la classe dont il prend la charge ne parvienne à l’assassiner. La formation initiée s’avèrera assez particulière...

Au Japon, Assassination Classroom a créé une vraie surprise, avec un classement immédiatement excellent dans le Weekly Shonen Jump et des ventes des premiers volumes tout de suite très confortables. : au-delà de 300 000 exemplaires en première semaine, dépassant rapidement les 500 000 ex. au-delà. La dynamique du recrutement bat son plein alors même que les dessins animés ne sont pas encore diffusés, ce qui laisse imaginer une marge de progression importante pour ce titre au pays du Soleil Levant.

Certes, les scores ne sont ni ceux de One Piece, ni même ceux de Naruto, on en est même encore loin. Mais ce titre, après ces débuts prometteurs, bénéficie d’un soutien fort de Shueisha, assez proche de celui que l’on a pu observer avec Toriko, il y a quelques années. Une confirmation que le géant japonais de l’édition mise actuellement davantage sur ses vétérans pour assurer ses futurs succès.

Assassination Classroom chez Kana : les dessous d'une licence.
Assassination Classroom, le futur best-seller de Kana ?
Ph : Aurélien Pigeat

En France, la bataille pour son acquisition fut rude et surprenante, à plus d’un titre. Rude, parce qu’on a d’abord cru à l’affrontement entre Glénat – partenaire historique de Shueisha en France, qui avait édité le précédent manga de Yūsei Matsui, Neuro, le Mange-Mystères – et Kazé, filiale de Shueisha jouissant d’une sorte de droit de préemption sur les nouveautés de la maison-mère, notamment su celles issues du Weekly Shonen Jump. Surprenante car ce fut un troisième larron, Kana, qui finalement remporta la mise.

Interrogée sur les raisons de ce succès, Christel Hoolans nous avait renvoyé vers Shueisha pour toute explication. C’est à présent chose faite avec l’éclairage que nous fournit Raphaël Pennes, responsable des licences pour Viz Europe, agent de Shueisha sur notre continent.

Chez Kazé, d’abord, naturellement prioritaire, Assassination Classroom n’avait pas fait l’unanimité en interne. À l’éditorial, certains l’avaient soutenu, d’autres avaient exprimé un doute sur son réel potentiel en France. Et du côté de Viz, on se disait qu’il était peut-être profitable de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, que ce titre était peut-être l’occasion de promouvoir le catalogue du Jump hors de Kazé auprès de partenaires qui, par le passé, avaient montré leur savoir-faire. Voici qui contrebat l’idée supposée de l’impérialisme éditorial du géant nippon.

Dès lors, il fallait choisir un éditeur pour le titre. Et Kana a su profiter de cette ouverture inespérée avec une proposition que les gens de Viz ont jugée bien meilleure que celle de Glénat (qui n’y croyait pas ? ou trop ?). D’autant qu’il y avait aussi le souci d’aider un concurrent mais néanmoins partenaire, jugé en ce moment en panne de hit, dans la perspective de la conclusion prochaine de la série Naruto.

Le stand Assassination Classroom à Japan Expo 2013
Ph : Aurélien Pigeat

Considérant le travail effectué par Kana sur Japan Expo, Raphaël Pennes se félicite d’ailleurs du choix finalement opéré : La communication impressionnante de la filiale manga de Dargaud autour d’Assassination Classroom, avec un stand dédié comportant de multiples activités, l’a conforté dans l’idée qu’il s’agissait là de la bonne décision. Et l’on comprend mieux aussi, dans cette perspective, pourquoi Stéphane Ferrand aimerait renouveler son stand sur la convention !

Seul regret explicitement exprimé : que Kana n’ait pas été en mesure de sortir le titre pour le rendez-vous de Villepinte. Le teasing fut excellent, mais le risque est grand de voir des lecteurs potentiels ayant découvert le manga, céder à la curiosité et se jeter sur le moindre scantrad disponible en ligne d’ici la sortie officielle.

Remarquons toutefois qu’il s’agit certainement ici de l’arrivée la plus rapide en France d’un titre du Weekly Shonen Jump : déjà licencié avant même la fin de sa première année de publication, c’est en soi un événement.

Le stand Assassination Classroom à Japan Expo 2013
Ph : Aurélien Pigeat

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
10 Messages :
  • " Voici qui contrebat l’idée supposée de l’impérialisme éditorial du géant nippon."

    du moins quand le journaliste croit sur parole ces informations fournies par.... le même géant nippon.

    ça s’appelle "tendre le micro"

    Répondre à ce message

    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 juillet 2013 à  13:37 :

      Peut-être les Japonais sont-ils plus subtils que votre racisme ordinaire le laisse supposer...

      Répondre à ce message

      • Répondu par P. le 16 juillet 2013 à  14:15 :

        Je ne vois pas bien ce que le racisme vient faire la-dedans. C’est un peu un argument tue-discussion, non ?

        Répondre à ce message

        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 juillet 2013 à  15:33 :

          Vous avez raison, j’aurais dû utiliser le mot "xénophobie".

          Répondre à ce message

      • Répondu le 16 juillet 2013 à  14:19 :

        j’entrevois volontiers les éditeurs japonais comme de puissants industriels qui considèrent les ouvrages comme autant de lignes de business et n’ont que faire des éditeurs français dans la lutte qu’ils se livrent à l’échelle de la planète.

        cela me vaut donc le qualificatif de raciste ?
        je ne vois pas ce que le concept de race vient faire ici, or le fait que ce soit vous qui l’employiez... vos réactions sont généralement empruntent d’un autre niveau, je suis étonné.

        D’une interview de Yves Schlirf il témoignait de ses premières rencontres avec les japonais qui ne lui firent pas mystère de leur volonté impérialiste, avec carte du monde et petits drapeau plantés. (mais peut-être jouaient-ils à Risk sur leur mur, qui sait)

        il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

        Répondre à ce message

        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 juillet 2013 à  15:49 :

          j’entrevois volontiers les éditeurs japonais comme de puissants industriels qui considèrent les ouvrages comme autant de lignes de business et n’ont que faire des éditeurs français dans la lutte qu’ils se livrent à l’échelle de la planète.

          Vous fonctionnez par clichés. Rien de vérifié. Vous "entrevoyez" mais vous ne voyez rien.

          En revanche, vous êtes prompt à dénoncer la complaisance des journalistes, manquant de courage pour affronter la réalité, alors que vous même, vous vous réfugiez lâchement dans l’anonymat.

          Dans les éditeurs japonais, il y a les petits qui tirent le diable par la queue comme tout un chacun -mais vous ne les connaissez pas- et puis les gros industriels, comme chez nous, juste un peu plus gros avec d’autres genres de problèmes.

          Et ils n’en ont pas rien à battre des Français qui constituent un des premiers marchés d’exportation pour eux, appréciable surtout en ce moment où l’Euro est plus fort que le Yen. C’est au contraire une source de profit.

          Le manga a été facteur de croissance pour le marché européen de la BD ces 20 dernières années. Mais vous êtes trop obtus pour comprendre que la base du commerce, c’est l’échange.

          Si les éditeurs et les auteurs francophones s’intéressaient un peu mieux au marché japonais et se décidaient avec le même volontarisme à le conquérir, sans doute y vendraient-ils plus qu’aujourd’hui.

          Ce que je comprends de vos propos, c’est la trouille xénophobe d’un Français qui préfère ne pas se poser de questions.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 17 juillet 2013 à  10:50 :

            « vous-même, vous vous réfugiez lâchement dans l’anonymat. »

            C’est à se demander pourquoi ce site donne la possibilité de poster anonymement si c’est pour se prendre ce choix dans la figure en retour ? Bien des gens trouvent leur liberté dans cette possibilité de poster anonymement. Ne vous tirez pas une balle dans le pied.

            « Ce que je comprends de vos propos, c’est la trouille xénophobe d’un Français qui préfère ne pas se poser de questions. »

            Cela serait vrai si j’étais Français et non de nationalité japonaise, vous comprendrez donc pourquoi j’ai souri en lisant votre remarque de supposé racisme et la rapidité avec laquelle vous m’avez collé une étiquette, et sourit encore plus en lisant avec quel aplomb vous pensez comprendre les choses. Vous ne voyez les choses que de votre point de vue de français. Travaillant dans une autre branche de l’entertainment j’ai mes propres sources et réaffirme votre aveuglement sur ce sujet.

            « Si les éditeurs et les auteurs francophones s’intéressaient un peu mieux au marché japonais et se décidaient avec le même volontarisme à le conquérir, sans doute y vendraient-ils plus qu’aujourd’hui. »

            Donc selon vous, l’impérialisme japonais est un mal mais le volontarisme à conquérir français est un bien ?
            La discussion portait sur la volonté impérialiste (ou non) des géants japonais et vous la faite glisser sur un autre sujet, la capacité des éditeurs français à vendre au Japon. En mélangeant tout vous noyez le poisson. Cela posé, la bande dessinée aurait bien peu d’avenir au Japon en raison de son coût, de sa « périodicité » et de son manque de dérivés, pilier de l’entertainment à 360°, de sa narration, de la multiplicité de ses types de dessins, de ses cadrages de cases, de son placement de bulles, de son sens de lecture, de son prix, de la capacité de production des auteurs, de la diffusion japonaise (non indépendante et qui, elle, enferme le pays sous une coque d’isolationnisme)….

            Répondre à ce message

    • Répondu par Aurélien PIGEAT le 16 juillet 2013 à  15:20 :

      Je ne sais pas si cela s’appelle vraiment tendre le micro. Pour plusieurs raisons. (Je passe sur le fait que le propos est agressif pour pas grand chose, un peu péremptoire et définitif quand même par rapport au détail de l’article).

      La première raison, c’est que ces propos ont été livrés au cours d’une conversion informelle, sur un tout autre sujet. C’est venu parce que la gestion des titres du Jump non publiés en France est un sujet de discussion que j’ai régulièrement avec Raphaël Pennes. Là, nous avions rendez-vous pour d’autres "dossiers", non journalistiques d’ailleurs, et j’ai posé la question quand nous évoquions Japan Expo et les stands des différents éditeurs. Raphaël Pennes n’avait ni envie ni besoin de communiquer à ce sujet. Pas d’interdit non plus.

      La seconde raison, c’est que justement, tout évaluer du point de vue de l’expression directe d’un impérialisme concernant le paysage éditorial actuel du manga conduit à manquer les nuances de la situation réelle. Certes, il est bon de se méfier, de ne pas tout prendre pour argent comptant. Certes, il ne faut pas être naïf sur les orientations actuelles du marché. Mais dans les faits, la gestion de ces structures est encore confiée, pour sa partie immédiate, pratique, à des individus qui étaient acteurs du marché du manga avant la prise en main des éditeurs japonais. Et tout ce qui se joue actuellement est donc travaillé de l’intérieur, en profondeur, par des forces qui ne sont pas strictement univoques. Raphaël Pennes est un responsable de Viz Media Europe, mais il est aussi un ancien de la maison Kazé : son point de vue, ses propos, sont je pense intéressants à ce titre précisément.

      Sur le fonctionnement éditorial actuel, Raphaël Pennes est très clair : Kazé a la priorité, si l’éditorial le souhaite. On peut tout à fait y voir ce que vous appelez l’expression d’un impérialisme. Mais dans la pratique, l’éditorial reste Kazé manga, filiale de Viz certes, mais avec sa logique, son autonomie, ses personnels. Si l’édito de Kazé ne se sent pas de gérer ce titre, ou n’importe quel nouveau titre, parce que cela signifie une charge de travail que le personnel ne veut ou ne peut assumer, cela passe aux concurrents, qui sont donc aussi partenaires. Dans la pratique, tout cela est donc quand même plus subtil qu’un impérialisme pur et dur avec son réseau de comm’ dont tout propos doit être par essence invalidé.

      Il y a là à mon sens un schématisme au moins aussi aveuglant que ce qu’il entend dénoncer. Après, libre bien évidemment à chacun de croire ou non tel propos. Mais moi-même je n’ai pas véritablement l’impression, dans cet article, de me placer dans cette perspective de la croyance...

      Répondre à ce message

      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 juillet 2013 à  12:48 :

        C’est à se demander pourquoi ce site donne la possibilité de poster anonymement si c’est pour se prendre ce choix dans la figure en retour ? Bien des gens trouvent leur liberté dans cette possibilité de poster anonymement. Ne vous tirez pas une balle dans le pied.

        Évidemment que nous laissons la voix à l’expression hypocrite. Nous pensons que c’est une information intéressante pour nos lecteurs, et puis un exutoire pour certains. Mais il n’empêche que l’anonymat est hypocrite, surtout dans votre cas comme on peut le voir plus loin.

        Cela serait vrai si j’étais Français et non de nationalité japonaise, vous comprendrez donc pourquoi j’ai souri en lisant votre remarque de supposé racisme et la rapidité avec laquelle vous m’avez collé une étiquette, et sourit encore plus en lisant avec quel aplomb vous pensez comprendre les choses.

        Rien ne vous empêche de mentir, et vous venez d’en faire la démonstration. Vous n’êtes pas très crédible.

        Travaillant dans une autre branche de l’entertainment j’ai mes propres sources et réaffirme votre aveuglement sur ce sujet.

        Bien sûr, cela vous donne toute autorité : Japonais, dans l’Entertainment... Vous prenez nos lecteurs pour des cons. Personnellement, je ne vois aucun impérialisme, mais plutôt un capitalisme, lequel est affranchi des états et des peuples depuis longtemps. Mais le Japonais que vous êtes [sic] préfère voir des Japonais impérialistes, et pas des Américains, des Français, des Russes, des Indiens... tout aussi impérialistes. Aveuglement, dites-vous ?

        Donc selon vous, l’impérialisme japonais est un mal

        Jamais dit cela, mais plutôt le contraire. Mais vous êtes Japonais [sic], je pardonne votre méconnaissance de la langue.

        mais le volontarisme à conquérir français est un bien ? La discussion portait sur la volonté impérialiste (ou non) des géants japonais et vous la faite glisser sur un autre sujet, la capacité des éditeurs français à vendre au Japon. En mélangeant tout vous noyez le poisson.

        A vos simplismes guerriers j’opposais le mot "échange", mais votre connaissance limitée de notre langue [ ;)] a dû vous faire oublier ce mot.

        Cela posé, la bande dessinée aurait bien peu d’avenir au Japon en raison de son coût, de sa « périodicité » et de son manque de dérivés, pilier de l’entertainment à 360°, de sa narration, de la multiplicité de ses types de dessins, de ses cadrages de cases, de son placement de bulles, de son sens de lecture, de son prix, de la capacité de production des auteurs, de la diffusion japonaise

        C’est précisément le sens de mon article : Les éditeurs (et les auteurs français) doivent adapter leur offre au public japonais. A titre personnel, comme éditeur, j’ai eu l’expérience d’auteurs français qui ont fait des hits au Japon (les frères Coudray, entre 25 000 et 100 000 exemplaires au début des années 1990, chez Seibu.Ils ont publié une demi-douzaine de titres inédits pour ce pays) Donc, c’est possible.

        (non indépendante et qui, elle, enferme le pays sous une coque d’isolationnisme)….

        Tiens, un Japonais [sic] qui ne connaît pas les petits labels nippons. Il n’y a que des gros dites-vous. Intéressant...

        Répondre à ce message