Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle - Par Fabien Nury (d’après Eugène Sue) et Brüno - Ed. Dargaud

10 janvier 2012 5
  • Vision cruelle et assez juste de la traite des Noirs, Atar Gull est l'un des albums marquants de l'année 2011, sélectionné pour le palmarès du prochain festival d'Angoulême. Fabien Nury fait une fois de plus la preuve de sa maîtrise de raconteur d'histoires, tandis que Brüno se révèle être un des nouveaux talents avec lesquels il va falloir compter désormais.

En 1830, la traite des Noirs abolie sous la Révolution et rétablie sous l’Empire bat son plein. Le capitaine Benoît vient faire le plein de "bois d’ébène", esclaves qu’il achète aux chefs de guerre africains pour les revendre en Jamaïque.

Dans sa cargaison, Atar Gull, un colosse fils de roi, vendu à l’armateur en qualité de "mandigo", c’est à dire d’ "étalon". Acheté par un planteur plutôt humaniste, il passe pour un esclave modèle pour mieux amadouer son "gentil maître" qui ne sait pas encore qu’il sera la victime d’une terrible vengeance.

Une fois de plus, Fabien Nury (Il était une fois en France, Staline...), adaptant une œuvre originale d’Eugène Sue (1804-1857), Républicain humaniste acharné, montre ses qualités de raconteur d’histoires, sans doute l’un des plus brillants de sa génération. Le récit démarre dans la fureur et se poursuit dans le grondement de la colère.

Le trait lisse et esthétique de Brüno n’apaise pas cette impression : contre ces "nègres" dont peu survivent au voyage, la valeur d’un homme se mesurant à sa capacité de production, la violence s’exprime dans toute sa puissance, en écho aux éléments déchaînés.

La logique qui prévaut à cette pratique de l’Ancien Régime n’est rien de moins que celle d’un capitalisme sauvage, brutal et sans limite, dans lequel l’humanisme n’a que peu de place. Les oripeaux d’empathie dont le maître s’habille en conformité aux "usages" de temps, apparaissent comme une faiblesse qui lui sera d’ailleurs fatale.

Une perle dans l’abondante production de l’année. Cet album a été sélectionné parmi les nominés pour Angoulême 2012.

Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle - Par Fabien Nury (d'après Eugène Sue) et Brüno - Ed. Dargaud
Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle - Par Fabien Nury et Brüno
(c) Ed. Dargaud

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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5 Messages :
  • Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle
    10 janvier 2012 01:00, par Fred

    J’en attendais beaucoup de cette collaboration mais je suis déçu. Pas sur le graphisme toujours très beau de Brüno, mais sur la narration trop classique et surtout le propos simpliste : l’esclavage, c’est pas bien. Fabien Nury est un misanthrope, mais quand tous les personnages sont négatifs on obtient une œuvre sans contraste. Finalement c’est aussi caricatural que le film Case départ, mais sans la volonté de faire rire. Dommage.

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    • Répondu par Vincent le 10 janvier 2012 à  10:53 :

      Ben oui, mais c’est une constante chez Eugène Sue qui a écrit cette histoire, datant du XiXème siècle. Pratiquement toutes ses oeuvres sont obsédées par le "triomphe du mal", sans que le lecteur puisse trouver des arguments philosophiques à débattre. A la place, on trouve ce qui fait sa réputation et le plaisir des amateurs de roman populaire : aventure, mélodrame, caricature, suspens et émotion.

      En conséquence, j’ai adoré autant l’adaptation du texte que son interprétation par Brüno, qui est au top. Vite son prochain opus.

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    • Répondu le 10 janvier 2012 à  17:03 :

      Atar Gull est une fantaisie historique pour le moins : quiconque se documente un tout petit peu sur ce qu’a été l’esclavage s’agacera de la multitudes d’approximations, d’erreurs, d’inventions dans cette histoire d’esclavage d’opérette.
      A la décharge de Nury, le roman de Sue est tout aussi aussi éloigné de la réalité historique.

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  • Sans rien ôter à son talent, il me semble important de signaler (ou de rappeler) que Atar Gull est l’adaptation d’un roman éponyme d’Eugène Sue paru en 1831 dont s’est inspiré Fabien Nury pour l’adapter.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 janvier 2012 à  08:51 :

      Vous avez tout à fait raison, nous avons réparé cet oubli.

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