"Atomic Love" (Les Requins Marteaux) : Jirô Ishokawa atomise la fesse

19 janvier 2019 0 commentaire
  • Jirô Ishikawa a débuté au Japon dans la revue "Garo", mais est dorénavant davantage édité en France que dans son pays d'origine. "Atomic Love", qui entre dans la collection BDCUL des Requins Marteaux, relève plus de l'expérimentation graphique et du délire visuel que de l'érotisme ou de la pornographie. Tant mieux pour nos yeux !

Jirô Ishikawa aime dessiner des sexes, qu’ils soient féminins ou masculins. Ces organes semblent doués d’une vie propre - le sexe n’est pas forcément sale ! - et sont des personnages à part entière. Ils se promènent, voyagent, se battent, se transforment... Imprévisibles et changeants, ce sont des êtres fantastiques que nous ne verrons sans doute jamais dans une publication véritablement pornographique : ils sont trop éloignés des modèles du genre.

"Atomic Love" (Les Requins Marteaux) : Jirô Ishokawa atomise la fesse
Atomic Love © Jirô Ishikawa / Les Requins Marteaux 2019

Cela était vrai pour Chinkoman et les autres dessins rassemblés dans C’est comme ça (Éditions Matière, 2017) ; ça l’est aussi pour Atomic Love, dix-neuvième opus de la collection BDCUL des Requins Marteaux. Impossible de classer définitivement ce livre dans un genre précis : s’il y a bien des références à l’érotisme et la pornographie, la science-fiction est également très présente. Mais au-delà, nous reconnaissons ici le style de Jirô Ishikawa.

Sa narration est débridée, passe brutalement d’un univers à un autre et se construit sur une trame minimaliste. En l’occurrence, des organes génitaux se cherchent à travers l’espace et la Terre, semant le trouble sur leur passage. Les bonds spatio-temporels sont nombreux, tout comme les temps d’arrêt. Le masculin et le féminin parviendront-ils à se rejoindre et à s’unir pour régénérer le monde dans un grand orgasme cosmique ? Au lecteur de découvrir la chute, après de longs préliminaires futuristes qui déstabiliseront les habitués du porno prêt à consommer.

Atomic Love © Jirô Ishikawa / Les Requins Marteaux 2019

Quant au dessin de Jirô Ishika, Atomic Love nous en fournit un condensé très réussi. Nous y retrouvons ce qui en fait l’originalité, que nous avions pu découvrir grâce à ses ouvrages édités par Le Dernier Cri (les plus dérangeants Chinpoko et Novuo) et Matière mais aussi dans des expositions à Montpellier, Paris, Marseille et Lausanne. Son trait simple et souple lui permet d’imaginer des formes fantaisistes, des personnages impossibles et des mondes aux limites de l’abstraction. Le dessinateur adore jouer avec la géométrie, la répétition et les leitmotivs.

Jirô Ishikawa est un dessinateur à part au Japon. Non pas qu’il soit obsédé par le sexe [1] ou particulièrement rétif au monde qui l’entoure, mais son mode de narration et ses motifs sont assez éloignés de ce que beaucoup - de lecteurs ou d’éditeurs ? - attendent d’un manga. C’est sans doute pourquoi, après avoir débuté dans la revue Garo dans les années 1980, il doit maintenant s’auto-publier et travailler avec Taco-Ché, un librairie et éditeur indépendant. Ce qui lui permet quoi qu’il en soit de conserver une grande liberté de création, pour notre grand bénéfice !

Atomic Love © Jirô Ishikawa / Les Requins Marteaux 2019

(par Frédéric HOJLO)

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Atomic Love - Par Jirô Ishikawa (avec également Pakito Bolino, Christian Aubrun, Felder & Cizo) - Les Requins Marteaux - 19e volume de la collection BDCUL - 13 x 18 cm - 128 pages en noir & blanc - broché, couverture souple - parution le 18 janvier 2019.

Lire un entretien avec l’auteur sur le site du9.org (par Xavier Guilbert, mai 2017).

Lire également sur ActuaBD :
- "C’est comme ça" : le monde à travers les yeux de Jirô Ishikawa
- Exposition Jirô Ishikawa à la librairie-galerie HumuS (Lausanne) jusqu’au 29 septembre

[1Comme le laisse entendre un reportage de l’émission Tracks d’arte, pas vraiment réussi car un peu réducteur.

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