Au Musée d’Angoulême, Emmanuel Guibert, entouré de ses amis

9 février 2021 2
  • Nous avons eu le privilège de découvrir au Musée d'Angoulême -à guichets fermés- l’exposition conçue par Emmanuel Guibert dans le cadre de sa nomination en tant que Grand Prix de la ville d’Angoulême, il y a un an. Comme à son habitude, comme dans son œuvre, Guibert nous parle avant tout des autres...

C’est une tradition caractéristique du festival d’Angoulême : l’auteur qui reçoit le Grand Prix de la ville doit réaliser, l’année suivante, en collaboration avec le Festival une exposition rétrospective et monographique de son travail. Problème : le Grand Prix 2020 avait déjà fait l’objet d’une pareille exposition en 2018, à la suite du Prix Goscinny. En outre, une autre exposition monographique lui était consacrée à Paris en 2020 à l’Académie des Beaux-Arts. Ça commençait à faire beaucoup...

C’est pourquoi Emmanuel Guibert a choisi de contourner cet exercice et de le prendre à contre-pied en invitant certains de ses amis a venir exposer leurs travaux en sa compagnie, d’où le titre de l’exposition : "Emmanuel Guibert : en bonne compagnie."

Au Musée d'Angoulême, Emmanuel Guibert, entouré de ses amis
"Herborisons"

Cette attitude est récurrente chez lui : comme à son habitude, il évoque les autres. C’est avant tout une démarche empathique, dénotant d’une singulière « acuité de l’écoute » comme nous l’indique Jacques Samson dans l’introduction du catalogue de l’exposition. « L’altruisme est comme un devoir chez Emmanuel Guibert » et c’est précisément ce que l’on ressent lors de la visite.

Les travaux présentés sont inédits et n’ont pour la plupart jamais été montrés, « Ils ont eu envie de prendre l’air, comme leur auteur. ».En entrant dans cette exposition située au 1er étage du Musée d’Angoulême, plusieurs carnets sont dévoilés, essentiellement du dessin d’observation. De l’Italie au Japon, en passant par la Normandie, ces carnets sont des études d’Emmanuel Guibert sur les motifs végétaux par l’intermédiaire de différents supports comme la peinture, les encres ou le crayon. Cette première partie est justement nommée « herborisons ».

Fraternité

Ensuite, nous entrons dans le vif du sujet : les amis d’Emmanuel Guibert, dans une partie intitulée « fraternisons ». Pendant la visite que nous réalisons avec lui, il décrit chacun de ces espaces dédiés comme une invitation à « entrer chez » l’invité concerné. C’est ainsi qu’il nous présente une suite de dessins d’observation représentant de nombreux endroits, comme « Chez mon ami Mike ». Décédé quelques années plutôt, c’est le même Mike, architecte, qui est au cœur de son premier récit publié dans son premier travail littéraire.

Au détour d’un couloir, un petit carré peint à l’huile est accroché. Nous sommes cette fois-ci chez Micheline, «  la personne avec qui j’aime le plus parler de peinture  » nous indique l’auteur. Parmi les voisins de Micheline, il y aussi Leland, un jeune peintre autiste originaire de Taïwan avec qui Guibert a réalisé plusieurs toiles, à quatre mains. Altruisme encore : dans cette exposition, les anonymes côtoient les personnalités reconnues sans distinction, le même degré d’importance est accordé à chaque personne.

Peinture réalisée à quatre mains par Leland Lee et Emmanuel Guibert.

Un point commun entre cette exposition et celle qui s’est déroulée du 10 Septembre au 18 Octobre 2020 à l’Académie des Beaux-Arts de Paris (« Emmanuel Guibert - Biographies dessinées »), c’est la musique. Elle est le sujet de l’avant-dernière partie de cette exposition. On y retrouve le travail d’Emmanuel Guibert réalisé pendant plusieurs années avec le producteur (mais aussi graphiste et scénographe) Philippe Ghielmetti : la création de pochettes pour des albums de jazz. La consécration de cette collaboration étant bien entendu, l’album « La Musique d’Alan » inspiré par les livres d’Emmanuel Guibert, album sur lequel sa voix et celle d’Alan Ingram Cope sont présentes.

Les deux expositions, celle de Paris et celle d’Angoulême, sont complémentaires. Celle-ci se termine par une salle de projection où sont montrés des extraits de documentaires où l’on voit l’auteur dessiner et parler de son travail. Un spectacle en soi.

La singularité de l’exposition « Emmanuel Guibert en bonne compagnie » est patente : d’abord, vous n’y trouverez que très peu ou pas de planches de bande dessinée et, finalement, seule une moitié de cette exposition nus montre ses œuvres. Plus qu’un auteur de BD, Emmanuel Guibert est un plasticien, un artiste sans limites, libre. Et profondément humain.

Alors qu’une pétition pour la réouverture des musées est aujourd’hui sur la table de la Ministre de la Culture, espérons que cette exposition sera accessible au plus grand nombre prochainement...

Emmanuel Guibert à l’entrée de son exposition.
Photo : François Rissel

(par François RISSEL)

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