Au bout de tumultueuses aventures éditoriales, le retour annoncé de Bob Morane !

6 juin 2019 6 commentaires
  • Henri Vernes, Charles-Henri Dewisme de son vrai nom, créateur duromanesque personnage de Bob Morane, fêtait ses 100 ans le 16 octobre dernier. La longévité du romancier belge n’a d’égale que la carrière éditoriale de son héros qui fait de nouveau parler ces temps-ci...
Au bout de tumultueuses aventures éditoriales, le retour annoncé de Bob Morane !
Bob Morane et L’Oiseau de feu - Vernes & Attanasio
© Marabout

Bob Morane a été créé en 1953 mais le potentiel graphique des ouvrages de Vernes était tel qu’une première adaptation en bande dessinée est apparue en 1959, dans l’hebdomadaire belge Femmes d’Aujourd’hui. Les aventures de Bob Morane ont par la suite été publiées dans Pilote (Dargaud dès 1960), avant de passer chez Tintin (Le Lombard) de 1975 à 1988, et enfin Hello Bédé, successeur de Tintin, toujours aux éditions Le Lombard. La production d’albums, du fait du succès rencontré par la série, ne tarda pas à suivre. La première édition en album remonte à 1960, avec Bob Morane et l’Oiseau de feu, dessiné par Attanasio et paru aux éditions Marabout, l’éditeur des romans d’Henri Vernes. Au tome 6, Le Mystère de la Zone Z, Attanasio passe la main à Gérald Forton.

Bob Morane et La Vallée des crotales - Vernes & Forton
© Marabout

L’aventure avec les éditions Marabout s’arrête en 1964 avec la parution du septième opus de la série intitulé Bob Morane et la Vallée des crotales dessiné par Forton. La parution reprend avec une coédition signée Dargaud et Le Lombard à partir de 1967 avec les numéros 8 et 9 de la série, respectivement intitulés L’Épée du paladin et Le Secret des sept temples.

Bob Morane et Les Poupées de l’ombre jaune - Vernes & Vance
© Dargaud & Le Lombard

À partir de 1969, une nouvelle série débute dans laquelle Henri Vernes poursuit son travail de scénariste tandis que William Vance prend la suite de Forton au dessin, suite au départ de ce dernier pour la France. William Vance, que l’on ne présente plus aujourd’hui, avait officié en tant qu’assistant de Dino Attanasio, le premier dessinateur de l’Aventurier, il connaissait donc parfaitement l’univers en question. Après une prépublication dans le magazine Pilote, leur premier album paraît en 1969 avec l’album Le Chevalier noir. Cette nouvelle série s’achèvera en 1974 avec un douzième tome, Guérilla à Tumbaga.

Cet album marque la fin de la coédition entre Dargaud et Le Lombard et voit ce dernier, en rupture avec l’éditeur parisien, poursuivre l’aventure en solitaire à partir de fin 1980. C’est également à cette époque que la pré-publication dans Pilote s’achève et est transférée au Journal Tintin, détenu par Le Lombard.

C’est à ce moment, en 1982, que la chanson d’Indochine, L’Aventurier, déchire les Charts :

« Et soudain surgit face au vent
Le vrai héros de tous les temps
Bob Morane contre tout chacal
L’aventurier contre tout guerrier
Bob Morane contre tout chacal
... »

Spécialiste des décors, Vance confère à la série une ambiance sans pareille.
© Le Lombard
Bob Morane sur la piste de Fawcett - Vernes & Coria
© Le Lombard

Une nouvelle numérotation débute alors, et 48 numéros paraîtront de 1975 à 2012. Le duo Vernes-Vance publie son dernier album, L’Empereur de Macao, en 1980. Le dessinateur laisse alors sa place à Coria, son beau-frère et assistant sur la série depuis de nombreuses années. Celui-ci ne lâchera pas la série jusqu’à la parution du 48e tome en 2012, Sur la piste de Fawcett.

L’arrêt de la série en 2012 se justifiait alors par une certaine érosion des ventes. Arnaud de la Croix, à l’époque responsable éditorial au Lombard, déclarait à propos de ces dernières qu’elles « étaient insuffisantes, voire inexistantes ». Une certaine forme de héros-aventurier avait sans doute pris du plomb dans l’aile avec la figure déconstructive un peu ironique d’un Indiana Jones.

Moins adroit que William Vance, Coria perpétuera la série de nombreuses années encore.
© Le Lombard.
Bob Morane - Renaissance T. 1 Les Terres Rares - Brunschwig, Ducoudray & Armand
© Le Lombard

Les renaissances de Bob Morane

Mais il se trouve que le célèbre aventurier est plus tenace qu’il n’y paraît et Le Lombard a par la suite tenté de relancer la série par le biais d’un reboot, Bob Morane Renaissance. Les droits n’appartiennent alors ni à Henri Vernes, qui ne possède plus qu’un droit moral sur ses personnages, ni au Lombard. Ils sont alors possédés par Claude Lefrancq à qui Henri Vernes les a vendus par l’intermédiaire de la société Bob Morane Inc., en 2010.

Un premier scénario est proposé par Christophe Bec, mais celui-ci, jugé trop proche du style d’Henri Vernes, ne correspond pas aux attentes du nouveau directeur éditorial du Lombard, Gauthier Van Meerbeeck. Ce dernier souhaiterait en effet moderniser la série et l’inscrire dans un cadre plus contemporain. L’album est alors confié à Luc Brunschwig, qui avait collaboré avec Christophe Bec sur la première version du scénario. L’auteur réunit alors Aurélien Ducoudray au dialogue et Dimitri Armand au dessin. Après consultation du travail issu de cette collaboration, l’auteur original, Henri Vernes, demande au Lombard de ne pas publier l’album, le jugeant médiocre. Ambiance...

Dans sa dernière version au Lombard, les auteurs avaient choisi de replacer Bob Morane dans un contexte contemporain en en faisant un casque bleu
© Le Lombard

Le reboot paraît finalement à l’octobre 2015 et rencontre un succès certain auprès des lecteurs et de la critique. En dépit de cela, Le Lombard annonce, suite à la parution du second tome, la fin de la collaboration entre les deux co-scénaristes et la maison d’édition en 2016. Ces évènements houleux sonnent-ils la fin de l’aventurier ?

Que nenni. La licence est aujourd’hui relancée par l’acquisition des droits par les éditions Soleil qui annoncent une nouvelle parution pour fin 2020. Avec le fan de la première heure Christophe Bec au scénario, assisté de l’expérimenté Corbeyran, tandis que Paolo Grella tiendra le crayon. L’album en question s’intitulera Les 100 Démons de l’Ombre Jaune... On ne change pas une équipe qui gagne !

Et de fait, Back to the Basics, on s’attend à une aventure « vintage », collant plus à l’univers orignal de Vernes. En réactivant l’organisation de l’Ombre Jaune, Christophe Bec renoue avec ses rêves de gamin.

Comme nous l’écrivions plus haut, ce n’est pas la première fois que Christophe Bec avait tenté de travailler sur l’univers né de l’imagination de Vernes. Éconduit au Lombard, l’auteur de Carthago avait réutilisé ces scénarios pour les deux tomes de la série Lancaster, parus en 2013 et 2014 aux éditions Glénat. Le voilà qui revient aux affaires pour une nouvelle métamorphose où l’aventurier devrait fêter ses trente-trois ans pour la soixante-sixième fois !

(par Thomas FIGUERES)

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