Au nom de Garth Ennis chez Urban Comics

24 février 2015 0 commentaire
  • Alors que l'on s'interroge sur les limites des discours et représentations quant au respect du sacré, l'enfant terrible du comics, qui fit d'un prêtre apostat jurant comme un charretier le héros d'une course après un Dieu volage, a droit aux honneurs d'Urban Comics avec de nouvelles éditions de certaines de ses œuvres-cultes. Et l'éditeur d'en profiter pour enrichir son offre au sein du label dédié à Vertigo par une collection "Signatures".

Preacher puis Hellblazer, coup sur coup, en janvier et février. Urban Comics met ainsi l’accent sur l’apport de Garth Ennis au sein du label Vertigo tout au long des années 1990, grâce au lancement de nouvelles éditions de ces séries majeures qui ont, chacune à leur manière, cherché les limites de ce qui pouvait être dit et montré dans l’industrie du comics.

Irlandais, Garth Ennis, après des débuts prometteurs sur le Judge Dredd du label 2000 AD, a vu sa carrière décoller outre-atlantique lorsqu’on lui confia, au début des années 1990, la série Hellblazer dédiée au personnage de John Constantine. Ce détective du paranormal, magicien à ses heures, imaginé par Alan Moore dans The Swamp Thing, prit son autonomie en 1988 sous la conduite de Jamie Delanoe avant que Garth Ennis ne prenne le relais en 1991, jusqu’en 1995. C’est d’ailleurs durant son run que la série passe de DC à Vertigo. Il assura également un intermède de quelques numéros en 1998.

Au nom de Garth Ennis chez Urban Comics
L’horreur à un nouveau visage avec Garth Ennis !
© DC Comics

Durant son passage sur Hellblazer, Garth Ennis insiste particulièrement sur la thématique religieuse. Il imaginera ainsi une relation entre un ange et une succube, élément d’intrigue au cœur du projet de Preacher. Dans ce premier volume de Garth Ennis présente Hellblazer, John Constantine se découvre un cancer des poumons en phase terminale, se rend en Irlande et rencontre un vampire. Sacré programme !

Afin de rééditer ce riche matériau, Urban comics ouvre sa collection "Signatures" aux auteurs et œuvres du catalogue Vertigo. Cette démarche témoigne d’un remarquable souci de mise en valeur du travail des scénaristes au sein du comics américain, y compris et surtout concernant les grandes franchises, qu’elles relèvent de DC ou de Vertigo.

Trois gros volumes de plus de 400 pages chacun attendent donc le lecteur curieux de découvrir de quelle manière Garth Ennis a su faire vivre et évoluer John Constantine dans la dernière décennie du millénaire. Elle explore une des œuvres qui inaugura le label Vertigo originellement conçu comme une réponse aux restrictions du Comic Code Authority

Un nouveau combat pour John Constantine : le cancer !
© DC Comics

Et pour accompagner ce lancement de la collection "Vertigo Signatures" quoi de mieux que de lui adjoindre l’édition complète du Preacher, l’œuvre créée par Garth Ennis dans la foulée de son run sur Hellblazer. Invité à élaborer univers et personnages totalement originaux, le scénariste laisse libre-court à ses envies et à son imagination. Surtout, il fait de la provocation un ressort de création.

Preacher raconte l’histoire d’un prêtre alcoolique en pleine crise de foi contraint d’accueillir en lui une divinité hybride, née de l’amour interdite entre un ange et une démone. Le début d’un road-trip violent, surnaturel et existentiel pour trouver Dieu lui-même, qui a abandonné sa création et s’est réfugié sur terre...

Fusillade entre le saint des tueurs et une tripotée de flics sous un patronage hasardeux
© Garth Ennis / Steve Dillon / DC Comics

Jurons et boyaux pleuvent comme rarement dans un comics. Garth Ennis et Steve Dillon donnent vie à une galerie de monstres tous plus terrifiants les uns que les autres faisant de Preacher une œuvre fascinante, aussi jubilatoire que provocatrice. Prévue en six gros volumes, à partir de la récente édition américaine, cette intégrale apparaît d’ores et déjà comme un indispensable pour les amateurs de comics qui ne connaîtraient pas encore ce superbe travail.

L’œuvre de Garth Ennis ne se cantonne pas bien sûr pas à ces deux grands récits. Le scénariste a par ailleurs brillé sur de nombreux titres, comme son long run sur Punisher ou encore une de ses dernières créations, The Boys, à découvrir chez d’autres éditeurs.

Mais l’édition simultanée de ces deux titres permet de mesurer combien le motif de la religion apparaît central chez ce scénariste pour interroger les limites de la liberté d’expression au sein du comics. Parce qu’aborder ce thème, inscrit immédiatement dans le registre polémique, installe l’œuvre au seuil de la provocation. Parce qu’il véhicule presque immédiatement la question des interdits, en termes de représentation - peut-on tout montrer ? - ou de langage - peut-on tout dire, employer n’importe quel lexique ? Des préoccupations qui rendent le travail de Garth Ennis diablement d’actualité.

Ça jure sacrément dans Preacher !
© Garth Ennis / Steve Dillon / DC Comics

(par Aurélien Pigeat)

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