Aude Picault : "Pouvoir s’offrir des tranches de vie différentes, au contact de grands marins, a été une très grande chance"

6 juin 2009 0 commentaire
  • Avec "Papa" (à L’Association), les deux tomes de "Moi je" (chez Warum) et les collectifs "Boule de neige" et "Chicou-Chicou" (chez Delcourt), Aude Picault s'interroge sur son existence avec humour. Quelques voyages en mer plus tard, elle nous propose aujourd'hui une petite perle : Transat. Rencontre.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours professionnel ?

Diplômée en graphisme/multimédia de l’ENSAD en 2005, j’ai travaillé dans une agence de communication. Le premier Moi-Je se vendait bien, j’ai commencé à faire des rencontres dans le milieu de la bande dessinée et à avoir des propositions de boulot et de collaborations.

Transat est une autobiographie ou une fiction ?

Je suis partie d’une chronologie autobiographique, dans laquelle j’ai injecté quelques idées, recherches, rencontres, théories, expérimentations graphiques …

Que cherche votre personnage, Aude, en quittant sa vie parisienne ?

À réfléchir autrement, prendre du recul sur sa vie. Et finalement elle découvre bien plus.

Rêvez-vous, comme votre personnage, de tourner le dos, ne serait-ce qu’un instant, à votre quotidien ?

Pas lui tourner le dos, le ré-apprivoiser. Trouver le recul nécessaire pour remettre chaque chose à sa place, et ainsi trouver la sienne (de place). À Paris, on est en permanence sollicité par les amis, le travail, le cinoche, les concerts, les restaus, les expos, mille et milles choses à voir, à faire et à entendre. J’ai beaucoup de difficultés à stopper la course, à déconnecter de cette activité permanente. Ne serait-ce que couper son portable quand on retrouve un ami est un acte militant.
Alors la solution que j’ai trouvée était de partir sur une île minuscule et faire 12 jours de plein océan, savoir un peu où j’en étais dans tout ça.
Après avoir compris que c’est compliqué partout et pour tout le monde, essayer pour soi-même d’être cohérent, en travaillant d’une façon différente, à un rythme différent, et choisir de voir les gens qui nous font du bien. Un travail quotidien !
Aude Picault : "Pouvoir s'offrir des tranches de vie différentes, au contact de grands marins, a été une très grande chance"

Quelles sont vos expériences maritimes ? Qu’en avez-vous retenu ?

J’ai pu profiter de trois belles et longues navigations, à bord du même voilier, entre 2008 et 2009 : Cap-Vert - Antilles, St Pierre & Miquelon (Terre-Neuve) - Madère et Cape Town (Afrique du Sud) - Tuléar (Madagascar).
J’ai découvert l’univers de la navigation. J’ai beaucoup d’admiration pour ce milieu professionnel très exigeant. Pouvoir s’offrir des tranches de vie différentes, au contact de grands marins, perdus dans des paysages magnifiques, a été une très grande chance, j’en ai retenu le plus possible.

Quelles angoisses de votre personnage sont aussi les vôtres ?

Toutes. Enfin, "angoisses" est un grand mot, disons plutôt "questionnements".

À la fin de Transat, il est écrit que l’on ne peut pas rater sa vie, ni la réussir, on peut juste la vivre. C’est la morale du livre ?

Le mot "morale" me fait un mauvais effet terrible. Je voulais finir sur une ouverture, que le personnage puisse sortir d’un jugement de valeur illusoire.

La case vous semble-t-elle trop contraignante pour y enfermer votre dessin ?

Non, mon expérience m’a naturellement menée à ce style sans cases. Mais j’aimerais y venir.

Quels sont pour vous les avantages du dessin sur blog par rapport au livre ?

Ce qui est marquant c’est la "publication" que permet le blog. Quand on "poste" un dessin, c’est une forme de publication, qui (dans le meilleur des cas) amène un recul sur son propre travail, c’est l’occasion hyper-facile de montrer sa production, tout ça créé une pression positive qui pousse à continuer à produire. On pourrait aussi parler du format sur le web, qui permet des "pages" presque sans limite, et le plaisir de l’hypertexte.

Que retenez-vous de l’aventure Chicou-Chicou ?

Une expérience décisive : réagir aux idées des autres, inventer des nouvelles situations, dessiner tous les jours, c’était très nouveau pour moi. Je découvrais aussi cet intéressant support qu’est le blog, qui nous permettait de raconter nos histoires chacun notre tour, en reprenant les personnages des uns des autres, construisant le scénario au fur et à mesure, pour finalement changer d’avis et partir dans une autre direction … J’ai ri tous les jours pendant des mois devant les dessins postés par les Chicous. C’était génial.

Pourquoi adapter le blog en livre ?

Un peu égoïstement peut-être ; nous voulions en garder une trace papier. Le travail sur la maquette, pour découper lisiblement la bande web horizontale en doubles pages A5, était un exercice très intéressant.

Pourquoi vous semble-t-il important de fictionner vos récits ?

À partir du moment où vous commencez à raconter une histoire, vous êtes déjà dans la fiction. Ensuite vient une quête de style, de clarté, de technique, donc de professionnalisme. Si cette quête n’intervient pas, on reste dans l’amateur, et au bout d’un moment ça devient répétitif, plat, ennuyeux pour le lecteur, mais pas forcément pour l’auteur, qui se voit en progression. On trouve énormément de ce genre de très jeunes productions sur le web (génial support de diffusion gratuite) qui se cooptent et s’agrègent en communauté virtuelle, et occasionnellement réelle.

Quels sont vos prochains projets ?

De nouveau avec Shampoing, un projet en couleur, sur l’univers des fanfares d’écoles des Beaux-Arts. Peut-être avec des cases ?

(par Laurent Boileau)

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