Aurélie William Levaux, du roman graphique... au roman !

23 juin 2019 17 commentaires
  • Aurélie William Levaux a publié trois ouvrages en moins de six mois ! Une frénésie éditoriale qui reflète une fièvre créatrice, mais aussi une période de transition entre arts graphiques et écriture. Rien n'est cependant irrévocable chez cette artiste, si ce n'est l'impérieuse nécessité de s'exprimer.

Aurélie William Levaux fait partie de ces artistes impossibles à classer, dont l’œuvre est difficile à qualifier et à commenter. En constante évolution, elle ne se limite ni à un genre ni à une technique. Elle dessine, brode, peint, écrit... Elle crée sans le souci de plaire ni de vendre, que ce soit seule ou avec d’autres, en Belgique, en France, en Suisse ou ailleurs en Europe.

Depuis le début des années 2000, elle a publié presque une vingtaine de livres, notamment chez United Dead Artists, La Cinquième Couche, Atrabile, SuperLoto et Le-Monte-en-l’air. Elle a exposé seule ou en collectif et a participé à de nombreuses revues, dont Stripburger, Hey et Mon Lapin Quotidien de L’Association. Elle crée aussi des performances, parfois avec son compagnon Baptiste Brunello. Le Prix Atomium de la bande dessinée décerné par la Communauté française de Belgique est venu saluer en septembre 2018 un parcours déjà très dense et original, pour une artiste qui n’a pas quarante ans.

Le premier semestre de l’année 2019 a été riche de nouveautés pour Aurélie William Levaux. Avant deux livres sortis au mois de mai, un premier ouvrage est paru chez Atrabile en février. Nous évoquions La Vie intelligente, dont les originaux ont été récemment exposés à la galerie parisienne Arts Factory [1], en ces termes :

« Certains diront qu’il ne s’agit pas d’une bande dessinée quand d’autres lui refuseront le qualificatif de roman. Pourtant, ses dessins forment bien des séquences et ses textes imposent un récit où la fiction et le vécu se fondent en un ensemble proprement littéraire. (...) À la fois trivial et spirituel, La Vie intelligente recèle une beauté profonde. Celle de l’ordinaire, qui miraculeusement se poursuit, se reproduit de jour en jour. Oublier les moments sombres du passé, avancer malgré la noirceur du présent, faire abstraction d’un avenir possiblement catastrophique sans pour autant renoncer à le modifier un tant soit peu : ce sont peut-être certaines des clés d’une vie intelligente, et heureuse. »

Ces phrases, nous pourrions les reprendre pour ses livres édités au printemps. Avec d’infimes variations cependant, pour tenir compte de l’aspect à la fois changeant et éphémère du travail de l’autrice. Jouant avec les accents et les tons, du tragique au comique, les points de vue et les perspectives, de l’intime à l’universel, et les mots, de la grossièreté à la préciosité, Aurélie William Levaux passe son temps à s’observer et à observer le monde, s’apitoie sur ses états d’âme ou se met en colère contre ses velléités, ironise sur ses contemporains sans les mépriser, pour mieux se redéfinir, choisir une voie puis une autre, et finalement vivre mieux, et créer.

Aurélie William Levaux, du roman graphique... au roman !
Le Jour de travail © Aurélie William Levaux / Éditions Le-Monte-en-l’air 2019
Le Jour de travail © Aurélie William Levaux / Éditions Le-Monte-en-l’air 2019

La voix d’Aurélie William Levaux résonne donc tout autant dans ses nouveaux ouvrages, qui laissent de plus en plus de place à l’écriture jusqu’à faire disparaître toute trace d’art visuel, que dans ses premiers livres, que nous pourrions davantage ranger du côté des romans graphiques. Si dans Le Jour de travail (Le-Monte-en-l’air), quelques dessins viennent encore ponctuer le rythme de la lecture, Bataille (pas l’auteur) (Cambourakis) est totalement dévolu à l’écrit, rejoignant en cela des formes de littérature plus classiques. Mais à chaque fois, c’est bien la même personnalité qui s’exprime et qui tisse ainsi une forte continuité d’un volume à l’autre.

Le Jour de travail © Aurélie William Levaux / Éditions Le-Monte-en-l’air 2019

Le Jour de travail se compose de courts textes pour l’essentiel consacrés, comme son titre l’indique, à des réflexions sur le monde du travail. Le ton est souvent badin ou étonné, parfois un peu plus grave et désespéré, mais l’ensemble est d’une drôlerie lucide sur notre société libérale. Une artiste y a-t-elle sa place ? Évidemment non semble répondre Aurélie William Levaux, d’autant que ses œuvres n’ont pas vocation à servir des valeurs ou à devenir des supports pédagogiques - biais qui, aux yeux du marché, rendent acceptables ou du moins rentables certains travaux. Ce n’est pas pour autant qu’il faut cesser de créer. D’abord parce que ce n’est pas plus absurde que d’effectuer ce travail présenté comme utile par les institutions politiques et économiques. Ensuite car l’artiste, à tout le moins AWL, comme elle signe parfois, n’a pas vraiment le choix : elle doit s’exprimer pour conserver sa santé mentale.

Créer est à la fois d’une urgence prosaïque et d’une importance quasiment transcendantale pour l’artiste. Non pas qu’elle accorde une valeur démesurée à ses propres vertus créatrices. Elle est d’ailleurs éternellement insatisfaite de ce qu’elle fait et préfère souvent s’arrêter brutalement pour ne pas finir par tout détruire. Les quelques corrections et repentirs qui apparaissent délibérément dans Le Jour de travail le montrent : il n’y a que peu d’écart entre le bouillonnement du cerveau et le geste de la main. Mais elle doit littéralement se débarrasser des idées, qu’il s’agisse de vastes réflexions ou de pauvres scories, qui encombrent son intellect et troublent ses affects.

Bataille (pas l’auteur) © Aurélie William Levaux / Éditions Cambourakis 2019

Nous retrouvons la même nécessité dans Bataille (pas l’auteur), premier roman en solo d’Aurélie William Levaux [2] Constitué de très courts récits - de deux à quatre pages - écrits comme toujours à la première personne, Bataille... rejoint et approfondit la veine déjà creusée dans La Vie intelligente et effleurée également dans Le Jour de travail.

Comme dans des carnets, l’autrice relate ses joies et ses peines, ses révoltes et ses doutes, ses rencontres et ses oublis, ses espoirs et ses douleurs. De la difficulté à vivre en société, qui donne parfois envie d’hurler, à l’impossibilité de communiquer franchement avec ses contemporains, qui conduit à recourir à un humour malicieux, Aurélie William Levaux livre des réflexions et des sentiments extrêmement personnels, qu’il est pourtant difficile de ne pas partager. Mais si l’ironie lui sert souvent de protection, elle ne cède jamais à la facilité du pessimisme acharné. C’est qu’elle veut vivre, et non se repaître de la noirceur du monde ! Contrairement à un Houellebecq par exemple, elle ne souhaite pas faire commerce de la déréliction, et ainsi contribuer à l’accentuer, mais simplement faire entendre la singularité de sa voie pour soulager son esprit et, peut-être, inspirer un peu quelques-uns de ses congénères humains.

Ce qui lui permet de réussir, c’est son écriture. Comme auparavant dans ses dessins sur papier ou sur tissu, elle y mêle la finesse à la brutalité. Son style direct nous donne l’impression de l’écouter voire de l’entendre chuchoter à notre oreille. Se crée alors une intimité ou une amitié comme nous pouvons en vivre parfois : sans se connaître vraiment ni avoir passé beaucoup de temps ensemble, deux êtres entrent en communion d’esprit, sans avoir besoin de se l’exprimer directement. Et se comprennent sans avoir besoin de s’expliquer.

Les trois ouvrages publiés par Aurélie William Levaux en ce début 2019 forment donc comme un arc. Ils témoignent d’une transition entre les arts graphiques et l’écriture, sans que cela soit irrévocable. Nous imaginons mal l’autrice se cantonner définitivement à une façon de faire. Mais elle l’écrit elle-même, les mots sont pour l’instant ce qui lui permet le plus aisément de s’exprimer, ou en tout cas avec le moins d’insatisfaction. Ils s’inscrivent enfin dans une continuité, celle de la recherche du meilleur moyen de rendre concrets une pensée et une sensibilité en instabilité permanente, et dans l’expression singulière d’une personnalité, dont l’art et la vie sont apparemment indissociables.

Original de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Original de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Original de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Original de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Vie intelligente" (Atrabile, 2019) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)
Originaux de "La Poutre de mon œil" (Le-Monte-en-l’air, 2016) © Aurélie William Levaux (photo. : F. Hojlo)

(par Frédéric HOJLO)

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- La Vie intelligente - Par Aurélie William Levaux - Éditions Atrabile - 15 x 22,5 cm - 152 pages couleurs - couverture souple, broché - parution le 8 février 2019.

- Bataille (pas l’auteur) - Par Aurélie William Levaux - Éditions Cambourakis - 14 x 20 cm - 206 pages en noir et blanc - couverture souple avec rabats - parution le 1er mai 2019.

- Le Jour de travail - Par Aurélie William Levaux - Éditions Le-Monte-en-l’air - 11 x 16 cm - 128 pages en noir & blanc - couverture souple avec rabats - parution le 10 mai 2019.

Consulter le site de l’autrice & lire un entretien sur du9.org (par Annabelle Dupret, décembre 2017).

Écouter quelques textes lus par leur autrice & en lire d’autres.

Lire également sur ActuaBD :
- Prédictions – Par Aurélie William Levaux & Isabelle Pralong – Atrabile
- "La Vie intelligente" (Atrabile) : Aurélie William Levaux bousculée mais apaisée

[1Cette expostion, où ont été prises les photographies ci-dessus, s’est déroulée du 26 avril au 22 juin dans le cadre d’une carte blanche accordée à la maison d’édition suisse Atrabile.

[2Elle avait déjà publié un livre chez Cambourakis, co-écrit cependant avec son frère Christophe Levaux, en 2018 : Le Tas de pierre.

 
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17 Messages :
  • les éditions 30 personnes ( un micro éditeur qui tire à 30 exemplaires chacun de ses titres), publient : "souvenir d’une sous-tasse" de Patricia Vegan. Patricia possède une sous tasse que lui a donné sa grand mère qui a connu les horreurs de mai 68. Dans un moment de confusion Patricia Brise la sous-tasse, commence alors une lutte entre ce lien brisé, le capitalisme et un gilet jaune fantôme. (30 pages, 65 euros)
    Dans la collection "BD sans public" ne loupez pas le merveilleux "aujourd’hui sera peut-être demain", une énigme policière autour d’un cure dent abandonné près d’une barquette de petits pois surgelés. L’auteur Nico Coucouliagis est Grec et aveugle, le résultat est époustouflifiant (20 pages, 76e uros) . Et enfin je vous recommande le dernier numéro gratuit "d’Eczéma métallique", le collectif de Montauban, avec des interviews de Claire Cuissard, Mokmok, Henri Henri, Flatchoum et Geneviève Vinaigre, avec un dossier spécial : Gyproc et encre de chine 40 ans de rivalité.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 23 juin à  20:35 :

      Pensez à vous hydrater régulièrement. Il faut chaud.

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      • Répondu par simon brauman le 23 juin à  22:14 :

        J’oubliais aussi le superbe "Didier Reynders est-il soluble dans le marxisme ?" de Maxime Dupied aux éditions héritage et pilon.

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    • Répondu par Le Monte-en-l’air le 26 juin à  02:27 :

      T’inquiète, on a prévu une collection pour débiles légers en co-édition avec la Revue dessinée : tu devrais y trouver ton compte.

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  • Aurélie William Levaux, du roman graphique... au roman !
    23 juin 23:14, par Laurent Colonnier

    Aurélie William Levaux fait partie de ces artistes impossibles à classer, dont l’œuvre est difficile à qualifier et à commenter.

    Moi je pourrais très facilement qualifier et commenter son "œuvre", mais, une fois de plus, ça ne passerait pas la censure du site...

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 24 juin à  14:23 :

      Vous confondez modération d’un forum et censure institutionnelle.

      Mais rien de vous empêche de développer, de façon courtoise et argumentée, vos points de vue.

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    • Répondu par Le Monte-en-l’air le 26 juin à  02:28 :

      Wouaw ! On rate un apport fondamental à la critique, pour sûr !

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  • Cet article rejoint plusieurs échos très positifs que j’ai reçus à propos du travail d’Aurélie William Leveaux et me donne envie de m’y intéresser de plus près. Merci Frédéric

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 24 juin à  14:53 :

      Merci Lise. Si son travail n’a pas l’heur de plaire aux tenants d’une bande dessinée et d’une littérature confinées au classicisme (qui confine parfois à la vieillerie), il est d’une richesse qu’il faut prendre le temps d’appréhender.

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      • Répondu le 25 juin à  07:23 :

        Hojlo ou la condescendance du bobo.

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      • Répondu par simonbrauman le 25 juin à  22:02 :

        C’est tout de même étrange, je fais un post volontairement second degrés, un rien sarcastique et tout de suite on se fait incendier, même l’humour est interdit. Directement on est réac et on aime Buck Danny.
        L’avant garde d’aujourd’hui est le classicisme de demain.

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        • Répondu par Frédéric HOJLO le 25 juin à  22:12 :

          L’humour ce refuge si pratique, cet atout si facile à sortir de sa manche. Mais admettons, car vous faites quelques bons mots.

          Passons plutôt au plus intéressant, votre dernière phrase. Les avant-gardes ont-elles forcément à devenir des classicismes ? La question, si elle fait un peu sujet de bac philo, n’en est pas moins pertinente, en bande dessinée comme ailleurs. Pensons aux impressionnistes par exemple. Et en BD, des exemples ? A creuser, il y a matière !

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          • Répondu par simon brauman le 26 juin à  06:23 :

            Si l’humour était facile Gad Elmaleh écrirait ses textes lui-même. Si l’humour était si pratique le New-York Times garderait une rubrique dessin de presse. Et si l’humour était pratique et facile, youtube ne se demanderait pas s’il faut supprimer le sketch de Pierre Desproges qui commence par : " on me dit que des juifs se sont glissés dans la salle...Vous pouvez rester...". Mais bon soit. Il y à quelques années vous aviez relayé un canular : 3 auteurs, fremok/ 5eme couche, avaient créés de toutes pièces une auteure de BD du nom de Judith Forest et réalisés un album dont le titre est "1h25". J’avais trouvé ça hilarant et ça allait plus loin que "l’humour facile et pratique" en prouvant qu’il était simple de faire dans le genre autobiographique, simple de faire prendre des vessies pour des lanternes.

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            • Répondu par Frédéric HOJLO le 26 juin à  07:18 :

              Je voulais dire qu’il est facile de se revendiquer de l’humour a posteriori. Enfin admettons, même si je trouve le vôtre trop appuyé pour être amical.

              Peu importe, nous n’allons pas nous quereller comme des chiffonniers pour ça. En revanche, savez-vous que La 5e Couche a sorti l’an passé une édition intégrale et commentée des bandes dessinées de Judith Forest ? Je vous la recommande, elle devrait vous intéresser. On y revient sur la mystification qui avait en effet marqué les esprits à l’époque.

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      • Répondu par X le 26 juin à  08:55 :

        Bazooka sévissait au milieu des années 70 et ça commence sérieusement à dater.
        L’Association sévissait au début des années 90 et ça commence sérieusement à dater aussi.
        Et c’est pareil pour tout un tas de trucs de bourgeois de différentes tailles qui se déguisent en Peau-d’Âne pour se la jouer rebelles. Rebelles mais jamais révolutionnaires.

        Exemple : "Papa est un con de banquier. J’ai trop le seum ! Je vais faire artiste et pondre des crottouilles qui ne se vendront pas pour faire chier la société et lui montrer à quel point elle est toute caca. Hou que je suis tellement rebelle et que j’ai tellement besoin de m’exprimer et qu’il faut que le monde le sache que mon nombril est un énorme cratère plus vaste que celui de l’Etna ! Et… et si je me casse trop la gueule, je ne tomberai pas dans le ruisseau comme Gavroche, j’utiliserai mon filet de sécurité : l’argent de papa, ce con de banquier. Hou comme je suis un gros rebelle de la life ! Hou comme à moi la douleur fait mal !

        Les codes de la bande dessinée alternative sont les mêmes depuis plus de 40 ans. Et le fond et la forme. On n’est ni dans l’avant-garde, ni dans le neuf mais dans la répétition de conventions ad vitam æternam : la posture. Celle de l’ado attardé qui se la joue rebelle, rock, punk, hipster et plus si affinités, celle de l’éternel étudiant incapable de passer le cap et qui préfère s’enfermer dans un système faussement hermétique et bien fumeux pour masquer son absence d’originalité.

        La bande dessinée alternative est un truc de vieux et même de vieux cons. Elle est aussi confinée dans la vieillerie que la littérature confinée dans le classicisme dont vous semblez vous moquer avec condescendance.
        Il n’est pas question d’alternative dans vos articles mais de souligner une frontière. Frontière qui n’est plus à tracer mais seulement à repeindre. Ne pas se mélanger et former un groupe. La bande de copains contre la famille. La bande de copains qui se substitue à la famille. C’est une manière de penser adolescente. L’adolescence éternelle. La BD alternative ne peut pas éternellement être là où on l’attend avec toujours les mêmes discours, les mêmes formes et les mêmes effets. Pourtant, elle est là, reste là, enfermée dans ses propres paradoxes. Elle n’est qu’une catégorie parmi d’autres avec ses consanguinités aussi.

        La contre-culture est l’expression d’une jeunesse. : on va tout casser pour prendre la place des vieux. Marinetti l’explique très bien dans son Manifeste du Futurisme. Marinetti prévoit aussi qu’il deviendra à son tour un vieux con. Marinetti a été tellement arriviste qu’il est devenu un très vieux con précocement. Ce que produit de mieux la contre-culture devient culture. Ce qui est vraiment moderne finit par triompher avant d’être absorbé et devenir classique. En art aussi, le capitalisme triomphe toujours.

        Ce que fait Aurélie William Levaux n’est pas novateur mais convenu. Elle ne provoque rien puisque ses images ressemblent à des centaines de milliers d’autres. Les mêmes thématiques, les mêmes choix graphiques, les mêmes maladresses qui se revendiquent comme style.

        La Bande Dessinée Alternative confine à la vieillerie aussi. On n’en sort pas. Jamais… sauf si l’artiste refuse d’appartenir à un groupe. L’artiste ne peut-être que seul, ne doit être que seul. Refuser l’étiquette alternative comme les autres. Ne pas chercher à plaire à un groupe pour se donner l’impression d’exister. Ne pas chercher à publier chez un éditeur indépendant pour se donner l’impression d’exister. Ne pas se mettre dans un atelier pour se donner l’impression d’exister. Ne pas chercher à influencer ou se laisser influencer pour se donner l’impression d’exister. C’est sa solitude profonde qui le situe à la fois comme moderne et classique. Prenez George Orwell qui va s’installer sur une île pour penser et écrire librement. Prenez Shakespeare, un autre William qu’Aurélie, on ne peut pas faire plus contre-culture et culture à la fois !

        X

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