Avec Benoît Barale, la bande dessinée pour brillamment rater sa vie

9 janvier 2019 1 commentaire
  • Faire de la bande dessinée n'est pas vraiment une sinécure. Au point de "rater sa vie", comme l'affirme la mère de Benoît Barale ? Il n'a certes gagné ni fortune ni célébrité, mais est resté fidèle à sa passion. Ce qu'il nous raconte, justement, en bande dessinée.

Benoît Barale, qui a longtemps signé BSK, a toujours aimé la bande dessinée, en lire et en faire. Elle a été pour lui une passion et un refuge dès son enfance, un passe-temps et un espoir pendant l’adolescence, un crève-cœur et un amour à l’âge adulte.

Il a écrit et dessiné une douzaine d’ouvrages chez Groinge, PLG et Jarjille. Il a multiplié les pages dans divers fanzines (Âne d’aujourd’hui...) et revues (Comix Club, Jade...). Il a participé à des dizaines de festival, de Carros à Angoulême. Mais ses livres n’ont eu que peu d’échos dans la presse et sont presque absents des librairies. Il est presque inutile de le préciser : la bande dessinée ne lui permet pas de gagner de quoi vivre. Mais il préfère enchaîner les emplois précaires et les fonctions administratives que de se lancer dans un métier qui l’empêcherait de continuer à dessiner.

Ce choix n’est pas une évidence. Des centaines, peut-être des milliers de dessinateurs ont dû se poser une question qui relève du dilemme : comment vivre sa passion sans trahir ses idéaux ? Benoît Barale assume son choix depuis bien des années. Peut-être depuis le début de la parution de son Journal de Benoît dans les années 1990 ? Toujours est-il que le jour où sa mère lui déclare directement qu’elle considère qu’il a raté sa vie à cause de la bande dessinée, l’interrogation prend une nouvelle forme. Et le pousse finalement à s’atteler à une forme d’autobiographie nouvelle pour lui.

Avec Benoît Barale, la bande dessinée pour brillamment rater sa vie
La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie © Benoît Barale / PLG éditions 2018

C’est cette autobiographie très particulière que Benoît Barale nous donne à lire dans La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie, paru chez PLG fin 2018. Il y revient sur ses liens très forts avec la bande dessinée, ce qui l’a poussé à ne jamais poser ses crayons et à dessiner sans répit, malgré les déceptions, les faibles ventes et le manque de visibilité. De l’enfance à la veille de publier son nouveau livre, il se montre en dessinateur sinon génial, du moins opiniâtre, fidèle à ses éditeurs, prêt à se remettre en question et surtout définitivement amoureux de la bande dessinée.

La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie est, en quelques sortes, une « méta-bande dessinée » : c’est une bande dessinée de réflexion sur un auteur et son art. Benoît Barale retrace en effet ses débuts, évoque les livres qu’il a dessinés, met en images les rencontres qui ont déterminé son parcours. Tout cela pourrait paraître ennuyeux ou ne concerner qu’un petit nombre de personnes - ses amis, d’autres auteurs, ses lecteurs les plus fidèles.

Et pourtant : ses choix narratifs, son écriture et son regard donnent tout son sel à son récit. Plutôt que de suivre une trame banalement linéaire, il n’hésite pas à jouer sur les correspondances, les échos et les liens qui ont parsemé sa vie de dessinateur. Le ton employé, simple et franc, ne feint pas l’objectivité et est souvent drôle. Nombre de remarques sont la preuve d’un réel recul sur sa pratique et nous en apprennent sur le petit monde de la bande dessinée.

La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie © Benoît Barale / PLG éditions 2018

Benoît Barale explique ses choix mais prend aussi le temps d’analyser son travail. En insérant dans son livre des extraits de ses bandes dessinées plus anciennes, il permet de mieux comprendre comment un auteur évolue tout en cassant un rythme qui aurait pu être monotone. Il dévoile également sa façon de travailler, qu’il s’agisse des ouvrages inspirés de sa propre vie ou ceux de pure fiction. Le lecteur peut même parfois avoir l’impression de découvrir la bande dessinée en train de se faire !

Le dessin de Benoît Barale est souple et expressif. En peu de traits, il parvient à suggérer une émotion. Par un minuscule changement, il montre l’étonnement ou la déception. Il est aussi capable d’allier des personnages aux « gros nez » avec des décors d’une grande précision. Sa composition classique - un gaufrier de six cases carrées - est rompue de temps à autre. Il maîtrise parfaitement un graphisme qui refuse les effets de manche et reflète, finalement, sa personnalité. Ce qui, comme il le montre bien dans sa bande dessinée, ne s’est pas fait en un jour.

A-t-il donc raté sa vie, cet auteur trop peu connu ? Laissons au lecteur le plaisir de découvrir ce que Benoît Barale conclut, et faisons preuve d’humilité, car comme il l’écrit lui-même, « si l’art est difficile, la critique n’est pas forcément aussi aisée qu’on le croit ! ».

La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie © Benoît Barale / PLG éditions 2018

(par Frédéric HOJLO)

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La Bande dessinée ou comment j’ai raté ma vie - Par Benoît Barale - PLG éditions - 24e volume de la collection Mémoire Vive - 16 x 24 cm - 256 pages en noir & blanc - couverture souple avec rabats - parution le 6 décembre 2018.

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