Comics

Avec "Polar" et "Sukeban Turbo", Victor Santos s’installe fermement chez Glénat

Dessinateur espagnol, Victor Santos publie essentiellement pour le monde du comics depuis une dizaine d'années. Et le voilà qui noue un partenariat de plus en plus privilégié avec un éditeur français, Glénat, comme le montre la publication en ce début d'année de deux nouveautés: le deuxième tome de "Polar" et le premier de "Sukeban Turbo".
1er février 2017 Aurélien Pigeat Commenter

Dessinateur plusieurs fois récompensé en Espagne, Victor Santos travaille sur des scénarios de grands noms du comics, comme Brian Azzarello avec qui il réalisa Sale Fric. Et parallèlement à cette carrière américaine, il signe également lui-même des scénarios pour des confrères espagnols.

Son graphisme avait accompagné le lancement de Glénat Comics, qui avait publié deux de ses titres : Furious, écrit par Bryan J.L. Glass, et Black Market, sur un scénario de Frank J. Barbière. Puis il y avait eu le projet qu’il considère lui-même comme son plus personnel, dans la mesure où il l’assume entièrement : Polar.

Avec "Polar" et "Sukeban Turbo", Victor Santos s'installe fermement chez Glénat
Couverture du tome 2 de "Polar"

Pour ce début 2017, deux sorties, qui témoignent de l’ancrage de l’auteur chez l’éditeur grenoblois.

Tout d’abord le deuxième tome de Polar. On y retrouve le format à l’italienne, cette recherche graphique qui décompose le mouvement, joue des aplats et des éclats et travaille la couleur à la manière d’un Frank Miller. Cette fois, notre héros, Black Kaiser, laisse la vedette à une jeune femme qui a soif de vengeance et dont le retour parmi les vivants va s’apparenter à un véritable carnage.

Clichés du genre - le polar hardboiled- y ont bien sûr la part belle, surtout avec un personnage féminin de femme fatale comme protagoniste majeur. Mais cela s’effectue au service de l’efficacité du récit qui vire rapidement en une forme de Kill Bill - la formation de Christy ou encore son cache-œil apparaissent comme des allusions directes au film de Quentin Tanrantino -, l’humour, les références et la distance en moins toutefois. La lecture demeure très plaisante et l’on a droit à certaines compositions de toutes beauté. Victor Santos se hasarde même dans des tonalités nouvelles en matière de couleurs dans une nouvelle dédiée au passé de Black Kaiser.

Le passé de Black Kaiser, paradoxalement en couleur !
© Victor Santos

Il y a ensuite Sukeban Turbo qui a la particularité d’être un projet mené avec le scénariste français Sylvain Runberg (Orbital, Cases Blanches, Mic Mac Adam, Millenium ou encore Le Chant des Runes, entre autres). C’est en effet fort du lien qu’il avait noué avec Victor Santos qu’Olivier Jalaber, directeur éditorial du label Glénat Comics, lui a proposé de produire une nouvelle série en France pour ensuite l’exporter aux États-Unis. De son côté, Sylvain Runberg avait cette idée d’implanter les sukeban japonaises dans un contexte new-yorkais, idée qui ne pouvait que plaire à Victor Santos, qui puise ses inspirations culturelles dans le cinéma non seulement américain mais aussi japonais.

Mais qu’est-ce que les "sukeban" ? Des adolescentes japonaises rebelles, organisées en bandes violentes, qui bouleversèrent la société du Japon dans les années 1960. Un phénomène aussi inquiétant que fascinant pour leurs contemporains, qui se déploya notamment à travers de multiples représentations cinématographiques. Le volume lui consacre d’ailleurs un excellent dossier (en plus d’interviews des auteurs et d’éléments sur l’élaboration des planches et la recherche autours des personnages).

Sukeban Turbo imagine ce que donnerait ce modèle transposé de nos jours, à New-York, à travers une bande de jeunes filles, tombées par hasards sur de vieux films à la gloire de ces délinquantes. Shelby et ses copines s’identifient aux sukeban jusqu’à revendiquer leur nom et sèment le chaos dans leur environnement.

Virée nocturne typique des sukeban !
© Glénat

À partir de là, l’intrigue se déploie dans plusieurs directions : le trafic de drogue et la guerre de gangs dans lesquels nos héroïnes sont impliquées, le destin du leader d’un boys band, cousin de Shelby, et donc l’histoire familiale de celle-ci et le milieu dans lequel elle évolue.

Sur le papier, Sukeban Turbo a donc de quoi séduire. Et le travail de Victor Santos, bien qu’un peu raide et flashy, se révèle intéressant, notamment par son utilisation de l’aquarelle. C’est du côté de l’intrigue et de la construction des personnages qu’on émettra des réserves.

La violence dont fait preuve l’héroïne, Shelby, ne trouve pour le moment ni explication, ni justification, ce qui rend très difficile d’éprouver la moindre empathie pour le personnage. Ni grandeur, ni mal-être, juste une envie de se faire de l’argent et de se passer les nerfs sur tous ceux qui croisent sa route. Car Shelby n’a rien non plus d’une anti-héroïne aux transgressions jubilatoires, tels John Constantine (Hellblazer) ou Jesse Custer (Preacher). De même, la descente aux enfers de son alter ego de cousin apparaît assez abracadabrantesque et peine à convaincre.

On attendra donc de voir ce qui, dans le prochain volume, pourra donner une perspective au récit et un sens au destin de nos héros, mais pour l’heure on demeure assez circonspect quant aux intentions de cette histoire.

Où l’on fait connaissance avec nos héroïnes... en train de racketter une de leurs camarades
© Glénat

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782344012079


De Victor Santos, sur ActuaBD :
Furious T1
Black Market
Polar T1

Quelques interviews de Sylvain Runberg : avril 2006, avril 2010, janvier 2015, février 2016

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