Avec Wolverine, Panini se lance dans la création transatlantique

21 octobre 2006 0
  • Paninicomics lance sa nouvelle collection Transatlantique qui propose l'adaptation de personnages Marvel par des auteurs français. Wolverine est le premier à tenter l'aventure.

C’est dans l’ambiance latino du bar « Flavela Chic » que l’équipe de Paninicomics a organisé sa conférence de presse pour le lancement du nouveau titre de leur nouvelle collection « Transatlantique ». Au milieu d’un décor tropical censé rappeler les bars modestes du pays de la Samba, Sébastien Dallain (directeur éditorial de Panini France) et Marco M. Lupoi (Directeur éditorial européen) nous présentent donc leur petite nouveauté en présence de ses deux auteurs. L’endroit est bien sûr choisi pour rappeler l’ambiance de la bande dessinée ouvrant cette collection : Wolverine Saudade. On y retrouve notre héros griffu plongé dans les quartiers populaires du Brésil et leur violence.

Des auteurs français

Ce qui rend cet album si particulier, ce sont ses auteurs ou plutôt leur nationalité : les deux Français Jean David Morvan et Philippe Buchet, qui ont injecté leurs influences bien européennes dans cet album.
Les papas de Nävis, l’héroïne de la série de SF Sillage chez Delcourt, ont donc choisi Wolverine pour lancer la collection « Transatlantique ». Cette dernière pourrait se résumer ainsi : elle rassemble les super-héros de Marvel revus et corrigés par des auteurs européens [1].

Avec Wolverine, Panini se lance dans la création transatlantique
Marco M. Lupoï, responsable européen du projet.
Photo : D. Pasamonik.

Créant la surprise (les auteurs sont loin d’être des créateurs de seconde zone), l’album a été réalisé entièrement par Paninicomics pour le compte de Marvel Comics.
L’objectif est de pouvoir proposer une approche différente de l’univers Marvel connu et de retrouver des ambiances spécifiques à l’Europe dans l’ordinaire des super-héros.
Les premières pages de la bande dessinée ne trompent pas, on est bien dans la manière de faire franco-belge, dans le style, le rythme, la mouvance graphique ou tout simplement le format. La seule différence est que le héros nous semble furieusement familier, mais comme lancé dans un autre univers.

Un mix de cultures narratives et d’univers graphiques très différents

Morvan avoue tout de même qu’il s’est forcé à insérer moins de cases par planches en passant de 10 à 7 afin de plus coller au "style comics". Philippe Buchet, quant à lui, affirme : « j’ai travaillé en oubliant les standards comics et une éventuelle publication américaine et me suis rapproché de mes manières de faire sur Sillage. J’ai donc essayé de rendre Wolverine un peu sexy » Wolverine : Saudade - Croquis
Quand on leur demande pourquoi avoir choisi Wolverine, il en ressort, outre qu’il reste depuis l’enfance leur préféré des X-men (comme pour une grande partie d’entre nous), que c’est surtout ses points communs avec leur personnage fétiche Nävis qui les a le plus attirés.

Pour Philippe Buchet : « ils se ressemblent dans leur conception de la justice et surtout de l’injustice, il ressemble énormément à Nävis... en plus poilu peut-être. » Jean David Morvan insiste lui sur leurs failles et sur le fait que « les erreurs qu’ils commettent dans leurs choix les rendent plus humains et proche de nous ».

Le choix du Brésil comme lieu narratif repose sur l’envie des auteurs de confronter leur héros à un modèle de société différent de celui des États-Unis, beaucoup plus violent et où la vie a bien moins de valeur. Il leur fallait par ailleurs développer une aventure qui soit antérieure et indépendante aux dernières nouveautés survenues aux personnages Marvel depuis la saga « Civil War », puisque l’avenir des personnages reste décidé par l’équipe rédactionnelle de Marvel uniquement - et les informations ne transpirent pas aussi facilement que ça.

Les années 1980 (c’est l’époque à laquelle se déroule le récit) et des vacances aux Brésil entre deux missions planétaires semblaient une solution adéquate.
Il semble tout de même que l’aventure ait réjoui nos Frenchies qui ont pris soin de laisser la porte ouverte à toute proposition à venir : « si on a la possibilité d’en faire d’autres, on en fera d’autres ».

Wolverine Saudade

Saudade est un mot typiquement brésilien, intraduisible en français. Cela fait référence à la nostalgie des choses que l’on n’a pas vécues. « Le spleen d’une vie à côté de laquelle on est passé », dit Jean David Morvan.

Morvan & Buchet s’inspirent de la dure réalité des quartiers populaires brésiliens pour plonger Logan, alias Wolverine, le mutant au squelette d’adamantium et à la griffe facile, dans une virée sauvage dont il ne sortira pas indemne. Entre des gamins des rues trop jeunes pour faire la loi, des bandes organisées surarmées, un redoutable guérisseur et une étrange divinité locale, la vie est un bien précieux qu’il est difficile de préserver.

C’est donc à l’occasion de vacances (apparemment aussi rares pour les super-héros que pour nous) au Brésil que Logan va s’attirer les mauvaises grâces d’une bande de fous de la gâchette en prenant la défense des enfants qu’ils poursuivent et dont ils entendent bien se débarrasser. Parmi ces derniers, un jeune mutant va intéresser notre héros. Le protéger de la convoitise inquiétante du gourou local et chef de gang va donc faire partie de son emploi du temps estival, entre baignade et découpage de bras.


Wolverine : Saudade

Fiers du succès de Sillage, les deux auteurs s’attaquent aujourd’hui à une icône des comics.
En adaptant le personnage, ils restent fidèles à leur style et aux codes de la bande dessinée franco-belge et réussissent à proposer un récit agréable aussi bien visuellement que narrativement.
Le caractère tout comme les pouvoirs du personnage sont bien respectés et l’idée de le confronter à une violence quotidienne brute apporte à la série un angle intéressant : au lieu d’être en marge par sa férocité, il se retrouve face à des gens qui le dépassent. Cela lui permet d’un côté, de s’en donner à cœur joie dans l’art de la découpe, et de l’autre, de faire ressortir son humanité.

On peut regretter la durée un peu trop courte du récit qui aurait beaucoup gagné à développer la relation de Logan avec l’enfant, son aspect mythologique, et en s’attardant plus longuement sur le méchant.

Il n’en reste pas moins réjouissant de suivre cette expérience brutale et touchante. En plus de nous apporter son style, cette version française a d’ailleurs failli nous dévoiler l’anatomie complète du mutant (c’était sans compter certaines voix américaines un peu frileuses préférant de loin l’ombre à la lumière).

Il ne nous reste plus qu’à attendre la suite de cette collection qui proposera prochainement un récit réunissant Captain America et Daredevil face à un fantôme du passé, une version alternative des jeunes X-Men et les début du plus grand magicien de l’univers Marvel, le Dr Strange.

La suite est encore incertaine même si selon Marco M. Lupoi, le directeur éditorial européen de Paninicomics, il est déjà question avec Marvel (puisque DC refuse encore l’idée) de poursuivre la collection avec d’autres auteurs européens sur des personnages comme Spider-Man, Hulk ou encore Iron Man.

Ça laisse rêveur.

(par Mathieu Drouot)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album sur Internet.

[1On pourra se rappeler la publication dans le magazine Nova en 1980 d’une histoire du Surfeur d’Argent, réalisée par Marcel Navarro et Jean-Yves Mitton, sans oublier le travail de Moebius sur le même personnage, sur un scénario de Stan Lee. NDLR

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