Avec le Prix Diagonale Le Soir, les Belges s’offrent la distinction BD la mieux dotée d’Europe

25 janvier 2013 17 commentaires
  • Le quotidien Le Soir s’associe au Prix Diagonale et à la Fondation Raymond Leblanc pour créer le Prix Diagonale Le Soir. L’objectif de cette ambitieuse association est de créer en Belgique une récompense exceptionnelle, la mieux dotée d’Europe.

Partant du constat que les prix BD étaient plutôt mal aimés en Belgique, trois acteurs majeurs du paysage belge ont décidé de s’allier pour pallier ce manque. Il s’agit du quotidien de référence Le Soir, du Prix Diagonale (décerné depuis cinq ans par la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve) et de la Fondation Raymond Leblanc (à l’initiative d’un concours annuel de jeunes talents).

Réunies sous la bannière du Prix Diagonale Le Soir, les trois institutions entendent créer une académie de référence pour récompenser la bande dessinée populaire.

Afin de mener cette politique d’envergure, les trois intervenants ont réuni leur force et leur savoir-faire pour proposer ce qui constituera la distinction la mieux dotée d’Europe : 20.000 € en « prize money » et 100.000 € en investissement médiatique.

Quatre trophées seront décernés annuellement : un Grand Prix récompensant l’ensemble d’un œuvre ; le Meilleur Album ; la Meilleure Série et le Prix Raymond Leblanc de la jeune création décerné, comme son nom l’indique, à un jeune talent.

Avec le Prix Diagonale Le Soir, les Belges s'offrent la distinction BD la mieux dotée d'Europe le Grand Prix, décerné à un auteur pour l’ensemble de son œuvre, s’accompagne d’un chèque de 2.000 euros et du droit de siéger au jury l’année suivante.

- le Prix du meilleur album s’accompagne d’un chèque de 2.000 euros et une campagne de promotion d’une valeur de 25.000 euros

- le Prix de la meilleure série s’accompagne d’un chèque de 2.000 euros et une campagne de promotion d’une valeur de 25.000 euros

- le Prix Raymond Leblanc de la jeune création est matérialisé par une bourse à la création de 10.000 euros, un contrat d’édition aux Éditions du Lombard assorti de 10.000 euros d’avance sur droits, une prépublication de l’album dans « Le Soir » et une campagne de promotion d’une valeur de 25.000 euros

Thierry Tinlot, ex-rédacteur en chef de Spirou et de Fluide Glacial, est en charge des « opérations spéciales » du grand quotidien bruxellois. Il nous parle de ce projet : « Avec mon collègue Daniel Couvreur (l’un des principaux journalistes BD en Belgique), nous nous sommes rendus compte que la Belgique n’offrait quasi rien en terme de prix BD. Rien d’aussi percutant que les prix d’Angoulême, France Info, RTL et consorts. Le Soir a donc décidé d’occuper le terrain de manière spectaculaire, en rassemblant autour de la table deux opérateurs qui sont connus chez nous : le Prix Diagonale, mis sur pied par Jean Dufaux il y a cinq ans avec le concours de la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, composé d’un jury prestigieux (Van Hamme, Dany, Hermann, Cauvin, Servais, Maryse et Jean-François Charles…). Et par ailleurs la Fondation Raymond Leblanc, le créateur des Éditions du Lombard. On leur a proposé de développer ces activités respectives, en rajoutant de la visibilité. Nous avons créé ensemble le Prix Diagonale Le Soir ».

Daniel Couvreur et Thierry Tinlot, du journal Le Soir
© Dominique Rodenbach

Pour le quotidien, c’est une manière d’exprimer à nouveau son attachement à la bande dessinée qui occupe une place de choix dans le rédactionnel des pages culture. En outre, la BD fait régulièrement l’objet de tirage spéciaux proposés aux lecteurs (récemment Blueberry ou des versions commentées d’albums de Tintin). Par ailleurs, Le Soir possède une expérience importante dans les prix littéraires puisqu’il octroie depuis 1938 le Prix Victor Rossel, récompensant un auteur belge de romans ou de nouvelles. En s’investissant dans le Prix Diagonale Le Soir, le journal compte renforcer son rôle de prescripteur généraliste.

Le scénariste Jean Dufaux
© L. Boileau

Pour le scénariste Jean Dufaux, instigateur du Prix Diagonale, c’est un accomplissement : « C’est une vieille ambition que de mettre sur pied un moment de reconnaissance avec un certain retentissement. Cela avait été d’abord possible grâce au collège des Bourgmestre et Échevins d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Ces gens, dont le métier n’était pas la bande dessinée, ont bien compris son importance culturelle et patrimoniale. Notre ligne est claire depuis le départ : nous avons souhaité mettre sur pied un jury de premier plan, avec un fort ancrage belge, et remettre peu de prix, afin de rester très lisible. »

Le scénariste se félicite de l’implication du journal Le Soir qui va permettre de redimensionner les récompenses : « Nous prenons une nouvelle dimension. Avec quatre prix très précis, nous nous donnons la possibilité de faire un tour très complet du paysage actuel de la bande dessinée belge. C’est une association heureuse et qui arrive au bon moment. À la fin de l’année 2012, le magazine Lire a consacré un dossier à 50 auteurs de BD essentiels. Parmi eux, il n’y avait qu’un seul belge encore en vie : François Schuiten. Avec les Prix Diagonales Le Soir, nous voulons faire mentir l’idée sous-jacente qu’un bon auteur belge est un auteur mort ! Sans, pour autant, nous interdire de récompenser un Suisse ou un Français... »

Pour Paulette Smets, fondatrice, avec Natacha Leblanc, de la Fondation Raymond Leblanc, ces prix redimensionnés vont permettre d’encourager l’émergence de jeunes talents : « Depuis que la Fondation existe, nous nous efforçons de perpétuer l’esprit de découverte qui a guidé Raymond Leblanc. Quand il a fondé le Journal Tintin, il a permis à des dizaines d’auteurs de créer des bandes dessinées mémorables. Les temps sont durs pour tout le monde, et particulièrement pour les jeunes auteurs. Jusqu’ici, notre prix récompensait des histoires courtes. Notre association au Prix Diagonale Le Soir va permettre de passer au long format. C’est important dans le contexte actuel et cela entre dans la vocation de notre Fondation : promouvoir les nouveaux talents. »

L’entreprenant Raymond Leblanc avait remis en selle Hergé après la Seconde Guerre mondiale
© Fondation Raymond Leblanc

Les premiers Prix Diagonale Le Soir seront décernés en mai 2013 lors d’une cérémonie joyeuse à Louvain-la-Neuve. Ces distinctions seront accompagnées par une campagne de promotion en librairie (mise en exergue, rencontres avec les lauréats,...) . Une initiative à réelle ambition populaire qui risque de remuer le Landerneau de la bande dessinée franco-belge à grands coups de projecteurs médiatiques.

(par Morgan Di Salvia)

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Les sites des trois opérateurs des Prix Diagonale Le Soir

Le Soir
La Fondation Raymond Leblanc
Les Prix Diagonale

 
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17 Messages :
  • D’emblée, on peut se poser des questions sur la légitimité des futurs lauréats, quand on voit qu’un éditeur (Le Lombard) et qu’un auteur (Jean Dufaux) sont à ce point impliqués dans l’attribution des prix. Cela risque de sentir le copinage et les conflits d’intérêt à tous les étages...

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  • Bravo ! Il est temps de guider clairement le public vers des albums tous publics de qualité. Ce n’est qu’ainsi que la BD franco-belge renouvellera son lectorat.

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    • Répondu le 25 janvier 2013 à  10:23 :

      Mais Pincemi, mettez-vous dans la tête que les mômes s’en cognent du franco-belge à la papa...

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      • Répondu par Oncle Francois le 25 janvier 2013 à  12:02 :

        Heu, désolé, je ne suis pas l’auteur du message que vous m’attribuez. Quant à la BD franco-belge, je ne sais pas si elle a impérativement besoin de renouveller son lectorat, il me semble que les grandes séries et les auteurs reconnus s’en sortent fort bien.

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        • Répondu le 25 janvier 2013 à  21:57 :

          Alors je vous présente mes excuses..je pensais que l’expression "albums tous publics de qualité " était sous copyright vous appartenant...

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  • "Van Hamme, Dany, Hermann, Cauvin, Servais, Maryse et Jean-François Charles, Dufaux…"

    C’est le jury prestige 2013 ou 73 ?

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    • Répondu le 25 janvier 2013 à  10:33 :

      Mais non, ce sont les copains de Jean Dufaux. ;-)

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      • Répondu par ozanam le 25 janvier 2013 à  12:17 :

        Bon, c’est toujours pareil. Je ne râle pas pendant deux trois trucs très cons que je lis en commentaire, et d’un coup, faut que ça sorte.
        donc, j’ai rien dit contre les mots injurieux à l’encontre de benoît Mouchart dont je souhaite à tout le monde la même "inculture".
        J’ai rien dit aux saloperies sur Cosey que notre bon Larcenet voyait en président...
        Et là, voilà que c’est reparti pour un tour. Donc, il y aurait conflit d’intérêt ?
        J’ai pas l’impression pourtant que Dufaux puisse concourir pour le prix Raymond Leblanc. et même pour les autres prix d’ailleurs. A-t-il encore besoin d’une reconnaissance quelconque ? Pareil pour Le Lombard. J’ai l’impression qu’ils ne participent justement qu’à l’élection du prix "jeune auteur"... et pas du reste...
        c’est comme les autres membres du jury... Plus que des "copains" de Dufaux, j’y vois des gens qui par la longévité de leur carrière s’autorisent à ne pas concourir. Et par leurs expérience, ils s’autorisent aussi à donner leur avis...
        D’ailleurs, c’est quoi cette vanne sur l’age du jury ?
        Il serait bon qu’en bande dessiné on commence à honorer et respecter les auteurs qui ont donné toute leur vie à ce métier. Souvent pour nous faire rêver.
        Avez-vous oublié vos plaisirs de lecture de jeunesse ? Avez-vous oublié le souffle nouveau à la lecture de Kate (Jonathan) ?
        Et puis, si ça avait été une brochette de jeunes auteurs, qu’aurait-on entendu ?
        Franchement, je me réjouis que ce prix existe. je me réjouis que nos "vénérables" auteurs aient encore la niaque et l’envie de donner de leur temps pour la BD...
        Plutôt que de savoir s’il y a conflit d’intérêt, ce qui me fait peur, c’est que l’on oublie nos auteurs. Qu’on les pousse vers la sortie sans comprendre qu’ils sont les fondations sur lesquels nous reposons. il n’y a qu’en BD que le patrimoine disparaît aussi vite (bon OK, c’est une autre conversation).
        Bref, merci pour ce prix, merci aux membres du jury et vive la BD. Point barre.

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    • Répondu le 25 janvier 2013 à  11:58 :

      Malgré le respect que l’on doit à ces grands noms de la BD, c’est clair que ça sent la naphtaline - Cauvin et Van Hamme n’ayant pas caché le mépris qu’ils avaient pour toute une nouvelle génération d’auteurs. C’est plus un certain esprit de la BD à sauvegarder que des auteurs belges à récompenser.

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      • Répondu par ozanam le 25 janvier 2013 à  21:52 :

        encore une fois, j’aime beaucoup les gens qui se cachent et parlent de respect !
        donc, j’imagine, monsieur (ou madame) l’anonyme que vous dites en rentrant chez votre grand père : "ça sent la naphtaline" !?
        Pour avoir parler avec Raoul Cauvin, ce que vous dites est mal renseigné. J’ai trouvé quelqu’un d’ouvert et curieux... de même, je doute fort que Van Hamme soit juste un "sale vieux con".
        Et si je perds mon temps à parler ici, c’est justement pour garder cet "esprit BD". celui qui a fait qu’étant môme j’ai eu envie de faire ce métier.
        Là, il s’agit d’une bonne initiative. En plus, pour une fois, les auteurs ne vont pas avoir un trophée d’un goût certain à mettre sur leur cheminée mais un peu d’argent. C’est plutôt pas mal, non ?

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      • Répondu par Matthieu V le 25 janvier 2013 à  23:31 :

        Houla, que de procès d’intention ! Dites, avant de décider du gout des autres, il faudrait peut-être voir qui ils élisent et comment ce prix évolue, non ?

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  • Si on décrypte un peu cet article, on comprend que le but est de rendre un peu de lustre au "belge" de franco-belge. Dans le fonctionnement, on sent un certain mimétisme avec le grand prix d’angoulême, avec tous les risques que cela implique (copinage, difficulté de sortir de sa génération...). Sans compter le risque de cacophonie avec Angoulême.
    Mais on me répondra, avec raison, que pas mal d’auteurs belges ont été snobés par Angoulême et que leur rendre hommage ne serait que justice. Reste qu’il faudrait que ce prix ait un rayonnement au delà des frontières de la belgique pour qu’il ait un véritable impact.
    En tout cas, ce prix semble vouloir se donner les moyens de son ambition, et c’est déjà très bien.
    et pour commencer, primer Yslaire ne serait pas un mauvais point de départ.

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  • En outre, la BD fait régulièrement l’objet de tirage spéciaux proposés aux lecteurs (récemment Blueberry ou des versions commentées d’albums de Tintin).

    Justement, la version commentée des 7 boules de cristal est introuvable sur la Boutique du Soir http://boutique.lesoir.be/bd.html
    à moins que je ne sais pas chercher, si on peut m’aider.

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  • Il est triste de voir qu’il faut faire appel à des médias plus engagé dans le profil d’une action que sur les apports culturels de celle-ci. Si la volonté de donner leurs changes à une nouvelles génération de jeunes créateurs de Bd doit se faire. Elle doit surtout passe par les éditeurs et la promotion via d’avantage de festival du 9ème Art en Belgique .De nombreux créateurs franco-belge sont aujourd’hui plus appréciés sur le web et à l’étrange qu’en Belgique. Si une réelle motivation doit etre entrepriser pour obtenir le nouveau souffle de la Bd belge.Elle doit se réaliser â travers des rencontres entre les différents protagonistes autour de grande manifestation et même si c est déjà organise ailleurs faire mieux en Belgique. Ceux-là permettrait au pubique de prendre part au choix et de l’autre de donner une réelle motivation d’investir sur les talents franco-belge du 9ème Art .

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