"Ayako" T2 - de Osamu Tezuka - Éditions Delcourt

22 décembre 2003 0
  • Quand trinquent les enfants pour l'honneur des pères. Une estampe cruelle sur le Japon d'après-guerre et le cynisme des hommes.

Entre un Hergé et un Fleischer, Osamu Tezuka est celui qui a écrit les règles de la manga. Infatigable travailleur, il a produit une oeuvre extrêmement riche et passionnante.
Mais à côté de ses histoires pour enfants (Le Roi Lion, Astroboy) et contes philosophiques (Bouddha, Phénix), on trouve aussi des oeuvres plus réalistes, parfois avec un réel discours militant.

Cette série est à la fois un drame social et un drame historique : il relate le pouvoir énorme du père de famille et la domination absolue de l’homme sur la femme ; mais aussi la main-mise du vainqueur américain sur un empire japonais qu’il fallait humilier après la rude seconde Guerre Mondiale. Et au milieu de ça, des destins qui seront impitoyablement brisés pour sauvegarder un semblant de prestige.

Impitoyablement, ce livre d’une tendre couverture rose, raconte comment les destins sont broyés par une froide mécanique : l’orgueil. Derrière les jolis paysages façon estampe, l’histoire est glauque et sans concession.

Un soldat devra faire le jeu de ses vainqueurs pour sortir des camps de guerre et retrouver les siens. Le président des chemins de fer se voit imposer un licenciement sec d’une grande partie des employés du jour au lendemain. Le chef de clan est obligé d’avaler sa rancoeur pour garder des miettes de son domaine. Les femmes, par le poids des traditions et leur place effacée dans la société, n’ont pas d’autre choix que de subir sans protester tous les outrages.

Un syndicaliste trop activiste sera assassiné. Mais l’un des complices de ce meurtre ne sait trop dans quel rang se placer car sa victime est l’amant de sa soeur. Son père abuse de sa belle-fille, usant de son droit de cuissage seigneural.

Pour que chacun garde son honneur, la pauvre Ayako, trop jeune pour comprendre les évènemenents dont elle fut témoin, est déclarée morte et emmurée vivante par sa famille. Seul son frère est prêt à braver tous les interdits pour la sortir de cette réserve. Mais 20 ans après, le peut-elle encore ?...

Indirectement, c’est l’histoire d’une autorité répressive que les coups de force ne peuvent que conforter. Une tragédie, dans le sens qu’un drame ne peut qu’empirer.

(par Xavier Mouton-Dubosc)

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