B.P.R.D. - T2 : L’Esprit de Venise & autres histoires - Collectif - Delcourt

16 juillet 2005 0 commentaire
  • Les comics dérivés de {Hellboy} ont depuis quelques années pris leur envol: en témoigne ce deuxième volume d'histoires du B.P.R.D., prélude à une série continue de grande qualité.

Le Bureau de Recherche et de Défense sur le Paranormal est un organisme dont a longtemps fait partie le diable rouge créé par Mike Mignola. Y travaillent plusieurs personnages récurrents, simples humains ou créatures fantastiques, introduits au fil des comics mettant en scène Hellboy. Dans L’Esprit de Venise et autres histoires, ils font face à diverses menaces (évidemment) surnaturelles qu’ils réussissent très bien à contrôler sans l’aide de Hellboy.

Mike Mignola lui-même participe au scénario de la première histoire éponyme, avec Miles Gunther et Michael Avon Oeming (dessinateur du Powers scénarisé par Brian Michael Bendis, trois volumes traduits chez Sémic). Les quatre principaux membres du B.P.R.D. sont réunis : Liz Sherman la pyrokinésiste, Abe Sapiens, l’homme-poisson au passé mystérieux, Johann l’ectoplasme médium contenu dans une combinaison, et enfin Roger l’homuncule. Les égoûts de la cité lacustre vomissent leurs eaux sans raison apparente : les agents du B.P.R.D. vont devoir sauver l’esprit de Venise, Cloacina (déesse des égoûts de Rome, dont le nom a la même racine que le "cloaque" français), emprisonné par un très vieux vampire qui veut l’utiliser comme sacrifice. On voit là le mélange cher à Mignola entre mythologie classique et fantastique contemporain. Oeming, secondé aux couleurs par Dave Stewart, réalise un joli travail, à la fois proche de celui de Mignola, dans la narration et l’utilisation des ombres, et spécifique à son trait à la stylisation naturellement plus proche de celle d’un Bruce Timm.

La deuxième histoire est écrite par Brian Augustyn (scénariste du Batman : Appelez-moi Jack jadis dessiné par Mike Mignola, mais aussi plus récemment de la série Crimson) et dessinée par Guy Davis (Le Marquis, Les Zombies qui ont dévoré le monde). Eaux Sombres amène Liz, Abe et Roger dans un petit village de la Nouvelle Angleterre où sont découverts au fond d’un étang récemment drainé les corps de trois jeunes femmes, parfaitement préservés et datant du XVIIe siècle. Celles-ci avaient été accusées de sorcellerie...
Dans cette histoire apparaît le thème de l’innocent qui ne peut trouver le repos tant que les torts qui lui ont été causés n’ont pas été réparés. Pas très orginal, mais très bien mis en scène par Davis, Dave Stewart faisant lui aussi une fois de plus montre de son talent de coloriste : alors que les couleurs de la précédente histoire étaient en aplats monochromatiques dans les bruns-rouges (proches donc des couleurs des Hellboy de Mignola), celles-ci sont toutes en textures d’une grande richesse.

Train de nuit, écrit par Geoff Johns (scénariste de comics de super-héros très apprécié par les amateurs et co-créateur de Olympus) et Scott Kolins et dessiné par Kolins (qui a entre autres collaboré avec Johns sur la série Flash), est une histoire assez anecdotique, mettant en scène le personnage de Lobster Johnson, créé dans l’anthologie Hellboy : Histoires bizarres, Liz et Roger rencontrant un train fantôme dont les passagers en ont après un vieil homme pas si innocent que ça. Kolins réalise un travail très dynamique, qui relève le niveau du scénario de Johns.

Deux autres artistes de comics de super-héros sont aux commandes de l’histoire suivante, Il y a quelque chose sous mon lit. Le scénariste Joe Harris et le dessinateur Adam Pollina, qui ont déjà travaillé ensemble sur quelques comics des mutants de Marvel, proposent une sympathique histoire jouant sur les bons vieux monstres sous le lit des enfants. Pollina semble autant à l’aise pour dessiner des enfants (ce qui est loin d’être le cas de nombre de dessinateurs) que des monstres.

Enfin, Mike Mignola écrit la dernière histoire, Le Train-train du bureau, créée spécialement pour ce volume. Il travaille ici avec Cameron Stewart, un artiste aux styles variés (il a travaillé dans un style cartoon sur la série Catwoman et sur la mini-série de Grant Morrison Seaguy de façon un peu moins stylisée). Le B.P.R.D. se rend en Moldavie, où sont apparus des zombies sous la coupe d’un héros local du XVe. Mignola nous sert ici une de ses histoires où l’humour noir prend le pas sur le sérieux de la situation, et Stewart semble lui aussi bien s’amuser, ce qui ne l’empêche pas de fournir de belles planches où il ne cherche pas à faire du Mignola.

Si l’on peut reprocher à la plupart des histoires de ce volume d’être finalement assez mineures, on doit reconnaître qu’elles sont illustrées avec une diversité de styles qui rend ce volume tout à fait divertissant.
Il est d’ailleurs très dommage que ni la couverture ni la quatrième de couverture n’indiquent que d’autres artistes que le créateur de Hellboy ont travaillé sur cet album.

Ce volume devrait ouvrir l’appétit des lecteurs qui apprécient l’univers mis en place depuis plusieurs années par Mike Mignola. Le suivant réserve bien des surprises : le format des aventures du B.P.R.D. va radicalement changer, avec le lancement d’une grande histoire continue divisée en mini-séries, dessinées par un Guy Davis et mises en couleurs par un Dave Stewart tous deux au meilleur de leur forme. Abe Sapiens va en apprendre plus sur ses origines, et le monde va se trouver confronté à l’apparition d’hommes-grenouilles assez terrifiants. Espérons que Delcourt ne nous fera pas trop attendre !

(par François Peneaud)

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