BANG ! à la rencontre de Taniguchi et des Peanuts

31 juillet 2003 2 commentaires
  • Pour son numéro 3, l'éclectique et luxueuse revue consacrée à l'image sous toutes ses déclinaisons graphiques, nous offre une interview d'un des plus grands auteurs de mangas contemporains... et une plongée sur les cinquante années d'une des plus grandes success-stories de l'histoire de la bande dessinée américaine. Avec BD rares à l'appui.

Si, malgré tout ce que nous avons déjà pu vous montrer comme réussites dans le domaine du manga, vous n’avez toujours pas décidé de franchir le pas et d’en lire enfin, l’interview de Taniguchi, qui entame ce troisième opus de la revue co-éditée par Beaux-Arts Magazine et Casterman sous la direction de Benoît Peeters et de Fabrice Bousteau, sera peut-être le déclic. Car cet auteur démontre que le manga peut être à l’opposé de l’image sulfureuse que la presse occidentale en a donné. Il nous offre, dans "L’ Homme qui marche", "Le journal de mon père", "Quartier lointain", des récits délicats, tendres, subtils et nostalgiques, où priment les émotions et unepsychologie approfondie des personnages, que l’on déguste avec respect. Ses quelques livres édités par Casterman valent vraiment le détour, et l’excellent entretien de Julien Bastide nous permet d’en apprendre un peu plus sur sa carrière et sur sa manière d’envisager la bande dessinée. Le magazine publie, pour la première fois, un récit en couleurs de "L’Homme qui marche".

Autre vedette, le très regretté Charles MonroeSchulz et l’histoire de la success story de ses "Peanuts", entamée en 1950 et terminée en l’an 2000, avec la mort de l’auteur le jour même de la parution de son dernier gag. Bang ! en profite pour publier quelques-uns des tout premiers gags des Peanuts. Dommage qu’il n’ait pu publier les prémices de cette saga, la série "Li’l Folks", que Schulz publia avant les fameuses mésaventures de Charlie Brown.

Ce copieux numéro de presque 150 pages propose également diverses trouvailles qui devraient passionner les amateurs exigeants, comme un récit étrange mais graphiquement époustouflant de Stefano Ricci, "Identikit", d’après Valerio Evangelisti ; un récit complet muet de Nadia Raviscioni autour de la relation physique au sein d’un couple, pour accompagner un dossier sur la représentation de la sexualité dans la bande dessinée, qu’illustre également un récit délirant de Crumb et Kominsky ; une BD reportage de Davodeau autour des rencontres du G-Monde à Angers ; quelques croquis de Baudoin réalisés lors d’un voyage à La Havane... entre autres excellents choix éditoriaux.

On reste plus sceptique devant les graphismes de la soit-disant BD culte "La Balançoire de Plasma" et devant le prix de la revue (19,5 Euros), très élevé, même pour une revue de ce (haut) niveau.

(par Patrick Albray)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
2 Messages :
  • Bang est un journal excellent (cher, mais vraiment bien fichu).
    Concernant le dossier sur Taniguchi, on regrettera tout de même que les rédacteurs aient le très mauvais goût de mettre Manga au féminin. C’est exaspérant et me semble révéler leur complète méconnaissance du sujet.

    "Une manga originale", "un des maîtres de la manga".

    Il n’ont pas dû en lire beaucoup, des mangas.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Jean-Philippe Martin le 11 août 2003 à  21:43 :

      Moi aussi je suis agacé, surtout quand ce travestissement vient à affecter mes propres textes. Mais en réalité je pense que la revue Bang ! veut marquer la différence entre la BD japonaise d’auteur (féminin) et la Bd japonaise grand public, mainstream et blockbusters(masculin), à l’instar de Frédéric Boilet qui à ma connaissance est le premier à avoir distingué un féminin et un masculin. Rappelons que toutes les définitions du mot (celle donnée par Groensteen par exemple) signalent que le genre est indifférent. Chez nous le masculin semble s’être imposé à l’usage.

      Répondre à ce message