Bamboo - Grand Angle : des albums à échelle humaine.

10 mai 2016 5 commentaires
  • Trois albums récents viennent illustrer les nouveaux territoires explorés par le label Grand Angle créé il y a plus de dix ans par les éditions Bamboo.

Après les récits d’aventures survitaminées (Thomas Silane), les récits de guerre (Ambulance 13) ou la vague sentimentale gentiment mélo ( Une Nuit à Rome, Où sont passés les beaux jours ?...) ou encore le récit historique (Le Train des orphelins), l’éditeur a choisi de nous proposer des récits plus intimistes où la dimension humaine prend le pas sur le spectaculaire et le suspens haletant. De beaux récits qui rendent compte de voyages au cœur de l’intime et du sensible à travers trois histoires bien différentes mais qui ne peuvent laisser le lecteur intact.

Bamboo - Grand Angle : des albums à échelle humaine.
© Cyril Bonnin - Éditions Bamboo 2016

The Time before repose sur un le postulat classique de la Science-Fiction. Pour le remercier de l’avoir sauvé d’une agression par des malfrats, un vieux New-yorkais confie à Walter, jeune photographe, un curieux bijou. Celui ci possède le pouvoir de transporter son propriétaire dans le passé.

Ainsi, en touchant le talisman, a-t-on la possibilité de revenir en arrière pour modifier à loisir le cours de son existence et lui redonner la direction qu’il souhaite. Qui n’a pas rêvé d’un tel pouvoir, revenir sur certains événements et corriger les méfaits du destin ? Ce rêve devient réalité pour Walter. Il ne va évidemment pas se priver d’utiliser les ressources de son étrange pendentif pour servir ses ambitions sentimentales ou professionnelles. Mais rien n’est simple ! Le moindre de ses choix pour infléchir le cours des choses aura des répercussions insoupçonnées, et souvent plus néfastes qu’il ne s’y attendait.

En recyclant un procédé traditionnel de la littérature SF, Cyril Bonnin réussit à faire du neuf avec du vieux ! Le paradoxe temporel, thème ô combien classique, déjà popularisé par René Barjavel dans son roman Le Voyageur imprudent a nourri de nombreux ouvrages ou plus récemment de films à succès !

Montage efficace, souplesse et fluidité du trait pour une narration très maîtrisée chez Cyril Bonin.
© Cyril Bonnin - Éditions Bamboo 2016

En plus d’un parti-pris graphique très personnel, l’auteur se révèle un formidable raconteur d’histoires. Son trait fin, souple et vivant, reconstitue de manière crédible l’atmosphère de l’Amérique de la fin des années cinquante avec délicatesse tout en jetant un pont entre le surnaturel et une approche sensible de la condition humaine.
Très vite, le récit se concentre sur les obsessions du jeune homme : la recherche de la perfection, notamment dans le rapport aux autres, et l’espoir un peu naïf de réussir sa vie à tout prix ; le fantastique n’est alors qu’un prétexte pour aborder simultanément tous ces thèmes. En cela l’album de l’auteur de Fog (Casterman) se révèle une vraie réussite.

"Le Carrefour"de Gregory Charlet et Arnaud Floc’h -Ed. Bamboo.

Le Carrefour emprunte une autre voie pour aborder les tourments de l’âme humaine. L’histoire s’inscrit dans un quotidien banal surfant autant sur la mélancolie que le tragique. Chargé d’enquêter pour une société d’assurance, Élias Baumer se rend dans un village connu pour son carrefour particulièrement accidentogène et meurtrier. En ce printemps 1968, la France vit une parenthèse étrange, le pays est paralysé par des grèves, on manque d’essence, la vie semble ralentie, figée dans une ambiance immobile.

L’enquête d’Elias prend l’aspect d’un voyage intérieur imprégné de silences et de non-dits. Alors qu’il semble captivé par l’histoire de ce carrefour chargé d’émotions et de vies brisées, il cherche à renouer les fils d’une vieille histoire tragique impliquant la mort de deux jeunes femmes. C’est aussi dans ce village sur lequel pèse une atmosphère lourde et immobile qu’il va retrouver Marianne, sa fille, avec qui il entretient des rapports difficiles. On devine peu à peu que la vie de ces deux-là a basculé à cause d’un verre de trop, peut-être non loin de ce fameux Carrefour de l’étoile rouge. Ce lieu situé à la croisée d’une mystérieuse affaire, de problèmes familiaux et de lourds secrets va non seulement être le théâtre d’affrontements entre le père et sa fille mais aussi le lieu de leurs retrouvailles.

"Le Carrefour"de Gregory Charlet et Arnaud Floc’h -Ed. Bamboo.
© Floch & Charlet - Éditions Bamboo 2016

Par petites touches, Arnaud Floc’h nous entraîne dans un récit d’une grande sensibilité où l’intime le dispute au fait divers. Une lente plongée au cœur des sentiments, des silences, de la mémoire et des souvenirs refoulés. Prenant le parti de l’émotion contenue, du temps qui passe et de la contemplation, la narration est magnifiquement servie par le graphisme sobre et élégant de Gregory Charlet.

Avec le carrefour Charlet et Floc’h réussissent à évoquer le silence et les non-dits de manière sensible et captivante.
© Floch & Charlet - Éditions Bamboo 2016

La mise en couleurs fait la part belle à la douceur des lumières, à l’immobilité des paysages tout en restituant un climat plombé par le poids de traumatismes enfouis au plus profond de chacun. Cet album témoigne avec justesse d’un savoir-faire exemplaire dans la manière de traiter ces thèmes avec subtilités et un réalisme profondément touchant.

"L’Adoption" de Zidrou et Arno Monin. Ed. Bamboo. Parution début juin 2016.

A paraître début juin, L’Adoption de Zidrou et Arno Monin décrit la rencontre entre une petite fille et son grand-père adoptif. Cette chronique prévue en deux volumes décrit avec tendresse l’intégration progressive d’une jeune péruvienne adoptée par un couple de quadragénaires Alain et Lynette. Très vite, la petite Qinaya fait la joie de toute la famille sauf de… Gabriel , le père d’Alain qui voit dans l’arrivée de l’enfant une perturbation dans le quotidien de la retraite qu’il mène avec sa femme Maryse.

Chamboulé dans ses habitudes, le vieil homme, sorte de lointain cousin des héros des Vieux fourneaux, a bien du mal à cacher sa mauvaise humeur, son refus de changer ses habitudes de grand-père sportif et dynamique ! On va donc assister peu à peu à l’apprivoisement de l’un et de l’autre. Là encore, le récit procède par petites touches subtiles jusqu’à un coup de théâtre inattendu qui relance habilement l’histoire en prévision du second tome !.

Une subtilité qu’on retrouve dans les tons colorés de la mise en images réalisées par Arno Monin. Révélé avec l’Envolée Sauvage paru chez le même éditeur, le dessinateur nantais confirme ici une grande maîtrise graphique dans l’appropriation d’histoires sensibles et à dimension humaine. Deuxième collaboration avec Zidrou, après le remarqué Merci publié dans la même collection, cet album révèle une grande maturité dont le dessin tendre et lumineux s’accorde parfaitement avec l’intelligence de la narration.

Ambiances en demi-teintes pour un sujet plein d’émotions traité sans pathos.
© Zidrou & Monin- Éditions Bamboo 2016

Voici trois beaux albums, forts soignés (on notera la qualité apportée à la maquette qui valorise parfaitement le travail des auteurs) plaçant l’humain au centre avec beaucoup de sensibilité et de chaleur. Une initiative qui, par les temps qui courent, apparait particulièrement bienvenue.

(par Patrice Gentilhomme)

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5 Messages :
  • Montage efficace, souplesse et fluidité du trait pour une narration très maîtrisée chez Cyril Bonin.

    Ca ressemble surtout à un story-board d’agence de pub.

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    • Répondu par kyle william le 10 mai 2016 à  22:35 :

      C’est tellement idiot comme réflexion. Le degré zéro de la critique. La prochaine fois, postez seulement "Nul", ça suffira. Aucune argumentation, simplement le plaisir d’être méchant anonymement avec un auteur débutant. Citez au moins une série ou un graphisme qui vous plaît qu’on puisse comprendre votre réaction et quelles connaissances du dessin et de la BD elle révèle. Prenez un risque, quoi, quand vous postez un truc. C’est censé être un lieu de débat, pas de défoulement.

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      • Répondu le 11 mai 2016 à  12:12 :

        Débutant, débutant... Cyril Bonin a quand même une quinzaine d’albums à son actif chez Dupuis, Dargaud, Casterman et Futuropolis : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyril_Bonin

        Ceci dit, vous avez entièrement raison : parler lapidairement de "storyboard pour une agence de pub" à propos d’une demi-planche extraite d’un album est particulièrement stupide.

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  • Bonjour, Monin a été révélé par "l’envolée sauvage" puis "l’enfant maudit".
    Cdt

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    • Répondu par Patrice Gentilhomme le 11 mai 2016 à  07:39 :

      Vous avez raison, c’est corrigé. Merci de votre vigilance.

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