Bamboo, un éditeur qui fait beaucoup de cinéma !

2 novembre 2009 8 commentaires
  • illustration de sa proximité avec le 7ème Art, les éditions Bamboo publient simultanément deux albums ayant pour toile de fond le cinéma. Un hasard ? Pas vraiment...

Depuis les origines, cinéma et bande dessinée ne cessent d’échanger leurs univers et les plus récentes adaptations cinématographiques ne font que confirmer les relations multiples existantes entre toiles et planches dessinées.
La proximité des deux médiums s’explique non seulement par les codes utilisés (plans, composition, cadre etc..) mais aussi par le recours à des procédés narratifs communs comme la prépondérance de l’action et de l’aventure ou la mise en avant des personnages…

Les passerelles sont encore plus évidentes depuis la profusion des adaptations à l’écran, mais là aussi, rien de nouveau sous le soleil puisqu’une des plus fameuses fictions cinématographiques fut tirée d’une bande dessinée. On sait aujourd’hui que le scénario de l’Arroseur arrosé tourné par les Frères Lumière en 1895, fut directement inspiré d’un gag dessiné par le caricaturiste Hermann Vogel publié en 1887.

Les dernières adaptations (plus ou moins couronnées de succès) montrent à quel point ces “va et vient“ entre toiles, étoiles et bulles sont loin d’être définitifs. Certains cinéastes comme Luc Besson ou Alain Resnais n’ont pas caché l’influence que pouvait avoir le Neuvième art sur leur travail.

Bamboo, un éditeur qui fait beaucoup de cinéma !À l’inverse, le passage de dessinateurs derrière la caméra tend à se développer. Certains en profitent pour revisiter leur propre univers (Bilal fut l’un des premiers), d’autres explorent d’autres domaines (on attend avec impatience le Gainsbourg de Joann Sfar pour l’année prochaine). Enfin, quelques-uns choisissent d’adapter eux-mêmes leur livre à l’écran (Riad Sattouf avec Retour au collège, par exemple.).

Conséquence de la proximité de son siège avec la ville des frères Lumière ?, Bamboo ne manque pas une occasion de montrer son intérêt pour le 7ème Art. Comme la plupart de ses concurrents, l’éditeur a recours, pour la promotion de ses albums, à des bandes annonces souvent attractives et plutôt bien faites. Dernièrement, l’éditeur vient de lancer un concours dont le thème est BD et cinéma (Si j’avais rencontré les frères Lumière….).

Associer l’univers graphique ou la thématique de certaines histoires aux couleurs du cinéma de genre reste une de ses marques de fabrique.
Ainsi, Sergent Mastock fait irrésistiblement penser au film MASH de Robert Altman, des séries comme Sam Lawry ou Oukase rappellent les grands succès d’espionnage des années 1970-80. Plus récemment, dans l’Héritage du Diable Gastine et Félix nous ont offert une version à la fois personnelle et méridionale du cultissime Indiana Jones. La série Sergent Mastock inspirée par l'univers du film MASH d'Altman.

La collection réaliste Grand Angle, ayant pour devise “la BD comme au cinéma“, celle -ci revendique tout particulièrement cette fusion. Le recours à un graphisme et des scénarios emprunts d’un réalisme formel, la reprise des principaux genres comme l’espionnage, l’histoire contemporaine ou le thriller ; le visuel de la collection, autant d’éléments qui contribuent de manière plus ou moins explicite à rapprocher le lecteur de l’ambiance des salles obscures !

Parmi les jeunes auteurs qui s’inscrivent pleinement dans cette démarche le cas de Jérôme Felix reste exemplaire, notamment ces jours-ci en nous proposant coup sur coup deux albums en prise directe avec le monde du cinoche.

Le rêve Holywoodien, version J.Félix

Hollywood Boulevard, dont le premier tome, Les clés du paradis, nous plonge dans les années 1930 à travers l’itinéraire tumultueux de deux personnages tentant leur chance à Hollywood est fortement inspiré de l’univers de Franck Capra. Billy Bob, jeune homme naïf et pourvu d’un strabisme plutôt disgracieux (anti-héros ?) écrit des histoires au fin fond de son Texas jusqu’au jour où il entreprend de rejoindre la Californie pour se faire embaucher comme scénariste. Sa route va croiser celle de Scarlett, une fille “qui passe son temps à se faire la belle“, aussi paumée que séduisante et dont le physique autorise toutes les audaces comme… celui de passer une audition avec succès, à peine arrivée dans les studios.

Comment le jeune paysan et l’apprentie starlette vont-ils tracer leur chemin dans les aléas pas toujours reluisants de la magie hollywoodienne ? C’est tout le suspense de cette intrigue attachante. L’intérêt du scénario de Félix réside dans la description lucide et sans concession d’un univers où les rapports humains sont souvent tendus, cyniques et cupides, bien éloignés paradoxalement du style glamour du graphisme d’Ingrid Liman.
La jeune dessinatrice signe là un premier album au style épuré, nourri de références “arts déco “ soulignant une belle maitrise des couleurs et des ambiances. Ses planches imprégnées d’une lumière très personnelle, tendent vers le sépia et contribuent à évoquer par le dessin "ce qui n’est pas palpable“.

Mort et entêté par Félix et Gunt.

Avec Mort et entêté, Jérôme Félix nous entraine dans un autre film, plus proche de l’univers de Tarantino ou des frères Coen. Dans un Los Angeles très actuel, le prétendu assassinat de l’escroc Joe Banano va provoquer la rencontre improbable d’une poignée de personnages particulièrement typés et dont les quiproquos et les poursuites vont servir d’arrière-plan à une intrigue plutôt mince au départ mais qui s’avèrera trépidante et truculente grâce à des dialogues percutants et croustillants et une mise en image séduisante et efficace.

Los angelès, comme si vous y étiez ?

D’Anna la stagiaire journaliste enrobée mais à la sexualité aux conséquences... particulières, au tueur implacable atteint de bégaiement ; de la sexy Barbie qui cherche à se débarrasser de son mari infidèle à l’apprenti tueur à gage Buster paumé et dérisoire… c’est toute une galerie de portraits particulièrement savoureuse qui nous est proposée au cours d’un récit déjanté et délirant, très américain !

Jérôme Félix excelle ici dans l’art du portrait associé et nous entraîne dans un récit haletant mené à cent à l’heure, truffé de personnages hauts en couleurs. Des couleurs particulièrement soignées et en parfaite harmonie avec le style nerveux et vif de Gunt qui, à travers ce premier album, fait lui aussi une entrée très réussie.

Ce premier récit d’une série intitulée « Deuxième chance » apparait comme très prometteur !

Deux albums qui célèbrent avec brio le mariage (déjà largement consommé, il est vrai) du ciné et de la BD mais qui confirme aussi l’arrivée de vrais talents.

La BD comme au cinéma ? Une affaire qui tourne !

Pour aller plus loin sur les rapports BD et ciné :

un article sur le blog de Laureline Karaboudjan

et un autre de Didier Pasamonik sur mundo-bd

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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8 Messages :
  • Bamboo, un éditeur qui fait beaucoup de cinéma !
    2 novembre 2009 23:45, par Moynot

    La proximité des deux médiums s’explique non seulement par les codes utilisés (plans, composition, cadre etc..)

    Sans vouloir paraitre user d’arguties (mais si, un peu quand même) plan, composition, cadre, il s’agit de trois mots pour désigner une même chose. La seule relation qu’on puisse faire entre cinéma et bande dessinée, c’est d’être un art duel, faisant appel à l’écriture et à l’image. Et encore, en y réfléchissant, le rapport n’est pas beaucoup plus évident qu’avec la chanson, autre art duel. L’image fixe et l’image animée n’ont pas beaucoup plus à voir que la musique et l’image fixe. Et dans tous les cas, l’écriture se plie aux possibilités du médium. C’est-à-dire, si tout va bien.

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    • Répondu le 3 novembre 2009 à  19:47 :

      Sans vouloir paraitre user d’arguties (mais si, un peu quand même) plan, composition, cadre, il s’agit de trois mots pour désigner une même chose.

      Pour être précis, pas exactement. Parce que le dessin, ce n’est pas de la photo. Le cadre n’est pas fixe. La BD c’est d’abord des des dessins qui se suivent disposés dans le même espace, la page. Donc, cela induit que le plan ne se cadre pas de la même façon au cinéma et en BD. La composition n’est pas le cadre. Une page peut-être composée de plusieurs cadres. Une BD peut-être composée de plusieurs dessins sans cadre, à fond perdu, qui s’entremêlent...
      Ensuite, il y a une nuance entre cadre et cadrage.
      Donc, si ces trois mots existent, c’est qu’ils ont une raison d’être. Sinon, on n’en garderait qu’un.
      Il y a plus de lien entre le cinéma, le dessin animé, la photo et la BD qu’entre la musique et la BD. Ce lien, c’est l’image. Ce truc en deux dimensions qu’on décode avec les yeux...
      Mais bon, je dis ça comme ça, sans argutie...

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  • Bamboo, un éditeur qui fait beaucoup de cinéma !
    3 novembre 2009 00:53, par Alex

    On a beau se battre les côtes de nos nageoires d’amphibiens, le mariage incestueux bd et cinéma me laisse sur la plage. Entre le découpage économique et d’une pauvreté efficace et affligeante des mangas et les interprétations gothiques alambiquées de la bd américaine il me semble que les bases du découpage sont perdues. Nous sommes, à mon avis, dans une période de maniérisme. On a toujours pas de "Ingmar Bergman" en bd...alors mollo sur les comparaisons. Le cinéma est à 1000 années lumières en avant de la bd...

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    • Répondu par Sergio Salma le 3 novembre 2009 à  09:57 :

      Pas d’accord Alex. Ou plutôt pas d’accord sur une des 2 dernières phrases de votre post lapidaire. Nous sommes en effet dans une période de maniérisme. mais autant dans le cinéma que dans la bande dessinée. C’est une vision de toute façon restrictive puisque il faut être un peu aveugle ou distrait pour ne pas se rendre compte de l’extrême richesse des deux médias. je connais mieux la bande dessinée que le cinéma et il m’apparaît évident comme à vous qu’effectivement le rapprochement tant désiré des 2 médias est une idiotie.

      Si on parle bien de séquences, de mouvements, de plans , ce vocabulaire commun ne prouve absolument rien . Pour le minimum OK mais alors les récits illustrés, les clips vidéo , les dessins de presse, la peinture peuvent être aussi narratifs. Sans compter les installations mélangeant le tout allègrement.

      Soyons sérieux.

      Pas d’accord avec vous, Alex en revanche quand vous semblez établir une hiérarchie . Qu’est-ce qui vous fait penser que le cinéma est en "avance" ? Et pourquoi donc aller rechercher un équivalent à Ingmar Bergman ? Outre le fait qu’il est toujours hasardeux de vouloir trouver un homologue ou un équivalent dans un autre média , un autre art(mais où se cachent le Gainsbourg de la sculpture, le Dante du dessin animé ou le Woody Allen de la gravure ?), d’autant que les géants sont légion . Ce que Bergman a apporté au cinéma, Franquin ou Hergé l’ont apporté à la bande dessinée( européenne) ; pas flagrant au premier coup d’oeil à cause de l’aspect beaucoup plus austère et donc sérieux du premier qui le cautionne d’emblée auprès des érudits de votre trempe.

      On retombe ainsi dans les fameux écueils et autres malentendus qui entourent les activités artistiques ; vous décidez de garder du cinéma le meilleur et vous balayez le populaire vulgaire qui envahit selon vous la bande dessinée. Transformers, GI Joe, American Pie . Je n’inclus pas dans cette triste liste de plus gros succès encore et parmi lesquels il se trouve des mix entre créations BD et cinéma. On est loin de Bergman et d’Elia Kazan. La maniérisme que vous décelez dans la bande dessinée est une engeance dans le cinéma et par capillarité à la télévision où personne, jamais personne ne relève ce maniérisme effroyable qui plane sur toutes les séries télé aussi réussies soient-elles. La même façon de filmer, toujours au télé-objectif, le montage, la musique, tous les effets sont utilisés aux mêmes moments dans les meilleurs séries aux millions d’accrocs. S’il est absolument naturel que ces séries sont faites pour fonctionner(et elles fonctionnent superbement) il faut quand même être honnêtes et se rendre compte que les ficelles sont aussi grosses que pour la plus basique des séries de bande dessinée. Il n’y a pas d’intelligence supérieure officiant dans un créneau et le plus petit commun dénominateur dans l’autre.

      Le cinéma a évolué ces dernières 30 années( je n’étais pas là pour ressentir les précédentes maturations ou évolutions) .On vient d’un cinéma subversif et cinglant principalement destiné aux trentenaires à un cinoche pop corn principalement destinés aux ados. ça tombe bien pour les entrées puisque les anciens ados d’il y a 15 ou 20 ans se complaisent dans cet état régressif ; ce qui permet à ces ex-ados devenus parents de diffuser leur amour d’un cinéma festif et rigolo. On se rue par milliers pour voir du spectacle, du fun, du con ; ça vide la tête et on n’est pas là pour se casser les méninges. La technologie permettant en plus un spectacle décent, on en a pour son argent.

      C’est à peu de choses près ce que pensent aussi 7 ou 8 acheteurs de bande dessinée sur 10. Les médias sont donc tributaires de cette envie pressante du loisir pour le loisir( parc d’attractions, jeux de société, réseaux sociaux...). pourquoi voudriez-vous, Alex, que la bande échappe à ce mouvement ?

      A contre-courant (et ce dans toutes les disciplines) il y a des artistes qui nous ravissent . Ils apportent leur vision, leur personnalité et leur talent . Ce qui fera d’autant plus apparaître leur singularité. Beaucoup se contentent du mainstream parce qu’il est en soi une source de plaisir aussi. Vous recherchez sans doute autre chose.

      Prenez les sorties de cette année 2009. Plaçons sur une table les ouvrages remarquables( pour ma part, j’en ai une cinquantaine que je considère comme formidables, novateurs tout en restant accessibles au plus grand nombre), le grand prix de cette année à Angoulême est de classe internationale, les auteurs majeurs en activité sont en grand nombre et pourtant vous ne déplorez que la partie , dirons-nous, la plus fonctionnelle. Sans vous inquiéter de la même proportion d’oeuvres littéralement régressives qui envahissent les écrans. Il y aurait de toute façon de grands débats à nourrir car je n’avance pas que les films dits sérieux ou aux ambitions affichées sont tous imparables et incontestables ; je vois autant de pauvreté parfois chez des cinéastes au discours éclairé que chez ceux qu’on classe péjorativement dans la catégorie faiseurs. Il faut rester attentif. Combien de bricoleurs de sentiments pour un Jacques Audiard ?

      Pour ma part, j’ai établi un seul rapprochement (plus ou moins discutable) entre bande dessinée et cinéma. Leur acte de naissance. A quelques mois près était déposé le brevet du cinématographe par les frères Lumière et aux Etats-Unis étaient publiées les premières planches de Outcault mettant en scène un personnage et où apparaît la première bulle. Bien sûr il y a eu précédemment d’immenses avancées et les pères et les grand-pères de la bande dessinée se nomment Töpffer, Okusai, Christophe et bien d ’autres anonymes disséminés sur plusieurs continents . Mais 1895 est un aboutissement pour les deux médias.

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      • Répondu le 3 novembre 2009 à  13:23 :

        BD pa tou K.k.
        Ciné un peu pipi Dfois.
        Mé y a bon BD .
        BD pa= CINé

        Toi y en a compris ?

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        • Répondu le 3 novembre 2009 à  18:40 :

          C pabo 2 smoké

          salma blabla oké toi y en a rézon , c tro long
          Mé ya fôte a Hokusai tss

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      • Répondu par Alex le 4 novembre 2009 à  21:59 :

        Bien entendu, je "pêche au gros"... Me sens un peu coupable des fois de généraliser ainsi.

        Excusez le procédé Mr Salma. Je tiens aussi bien entendu la bd pour un art catalysateur. Pour cela je ne souffre aucune comparaison avec un genre extèrieur. Où est le Victor Hugo de la BD, le Balzac... et le Bergman, le Tati ?

        Bien entendu c’est idiot. La BD n’a rien a envier ni a copier puisque son registre est ailleurs !
        Essayez de raconter une "blague" de Gaston Lagaffe pour faire rire vos convives par exemple...
        Effectivement, comme vous, je n’oserais le rapprochement entre bd et cinéma que dans une perspective socio-technologique.

        L’espace, et le temps, nous manque pour débattre plus avant de l’évolution des techniques et leurs influences sur les arts. Encore que je fasse partie de cette "école" qui retrace l’apparition de la bd sur les parois de Lascaux.

        C’était de ma part une réaction face à la crétinisation : de quel cinéma parlons-nous (L’arroseur arrosé ?) et quelles BD met-on en vis-à-vis ? Toujours le même travers pour la BD, une recherche de reconnaissance qui doit passer par d’autres genres. Pardon, mais voici un débat intéressant.

        (Et Mr Salma, merci pour vos interventions. Un véritable plaisir de lecture, j’espère ne pas trop abuser de votre patience)

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        • Répondu par Oncle Francois le 5 novembre 2009 à  22:37 :

          Rassurez vous, mon cher neveu, c’est toujours un plaisir que de vous lire !°)

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